Ayvaz Çolakoğlu
21 Juillet 2026•Mise à jour: 21 Juillet 2026
Des experts des Nations unies ont alerté, mardi, sur les graves violations des droits humains attribuées au groupe armé M23 dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), dénonçant un « règne de la terreur » marqué par des actes de torture, notamment sexuelle, et des violences systématiques contre les civils.
Dans un communiqué, les experts ont exhorté les États et les Nations unies à soutenir la relance de l'accord de cessez-le-feu conclu en décembre 2025 entre le gouvernement congolais et le M23, un groupe armé que l'ONU qualifie de soutenu par le Rwanda.
Ils affirment que les viols, les viols collectifs, les agressions d'une extrême brutalité ainsi que les assassinats de civils constituent des pratiques récurrentes du M23. Tout en reconnaissant que ces crimes ne sont pas commis exclusivement par ce groupe, ils jugent le nombre de victimes « effarant » et appellent à y mettre un terme.
Les experts rappellent que, selon le secrétaire général de l'ONU, plus de 90 000 cas de violences sexuelles liées au conflit ont été enregistrés en RDC en 2025. Ils soulignent que ces violences touchent principalement les femmes et les filles et insistent sur la nécessité d'une prise en charge adaptée, tenant compte des questions de genre et centrée sur les survivantes.
Selon les informations recueillies, le M23 aurait instauré un système de contrôle dans les territoires sous son emprise, reposant sur des arrestations et détentions arbitraires, la torture, y compris sexuelle, le travail forcé et le recrutement armé forcé afin d'asseoir son autorité sur la population civile.
Les experts indiquent que les arrestations seraient motivées par des accusations de collaboration avec les Forces armées de la RDC (FARDC) ou les groupes Wazalendo, par le refus de participer à des travaux communautaires imposés ou encore par de simples soupçons d'activités criminelles. Ils font également état de cas d'enlèvements, d'incendies criminels et de chantage.
Les personnes arrêtées seraient détenues dans des centres non officiels, dans des conditions de surpopulation et d'insalubrité extrêmes, avec un accès très limité à la nourriture, à l'eau et aux soins médicaux. Elles y subiraient des violences physiques répétées, tandis que plusieurs décès en détention auraient été recensés. Dans de nombreux cas, leur libération dépendrait du paiement de sommes d'argent exigées à leurs proches.
Estimant que ces actes s'inscrivent dans un contexte de violences généralisées contre les civils, les experts demandent que les responsables soient traduits en justice et appellent toutes les parties au conflit à respecter le droit international des droits de l'homme et le droit international humanitaire.
Ils précisent enfin avoir engagé un dialogue avec le gouvernement de la RDC et transmis leurs préoccupations aux autorités rwandaises.
Le M23, mouvement rebelle créé en 2012 par d'anciens militaires congolais, a repris les armes fin 2021 avant de s'emparer de vastes territoires dans la province du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC.
Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir militairement le groupe armé afin d'exploiter les ressources minières de la région. Kigali dément ces accusations, malgré plusieurs rapports d'experts de l'ONU faisant état d'un soutien rwandais au M23. Le Rwanda affirme pour sa part que le groupe est un mouvement congolais et accuse les autorités congolaises de coopérer avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et les milices Wazalendo, qu'il considère comme une menace pour sa sécurité.
En décembre 2025, le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame ont signé un accord de paix et de coopération économique destiné à mettre fin au conflit dans l'est de la RDC. Cet accord est venu compléter un précédent accord de paix conclu en juin 2025 sous médiation américaine.