Politique

OPINION – “L’homme déconcerté d’Europe”

- Non content de soutenir les terroristes du YPG en Syrie et de s’opposer à l’opération turque « Source de Paix », voilà que le locataire du palais de l’Elysée prend pour cible l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Nur Asena GÜLSOY,Tuncay Çakmak   | 02.12.2019
OPINION – “L’homme déconcerté d’Europe”

Ankara

AA - Istanbul - Akin Ozcer

Le président français, Emmanuel Macron, avait provoqué l’indignation en Turquie, en baptisant l’organisation terroriste YPG (branche syrienne du PKK) de « Kurdes de Syrie ». 

Non content de soutenir les terroristes du YPG en Syrie et de s’opposer à l’opération turque « Source de Paix », voilà que le locataire du palais de l’Elysée prend pour cible l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Le 7 novembre dernier, dans un entretien accordé au journal britannique « The Economist », Macron a déclaré que l’OTAN est « en état de mort cérébrale ». Principal symptôme confirmant son diagnostic, le fait que la Turquie ait mené une opération en Syrie, où, sans avoir consulté ses alliés de l’OTAN, la France déploie, de « manière symbolique », des soldats des forces spéciales sous couvert de lutte contre Daech.

« Source de Paix », faut-il le rappeler, avait été implicitement validée par les Etats-Unis suite à la signature de l’Accord d’Ankara, auquel les deux alliés sont arrivés après que le Président Erdogan ait, à maintes reprises, exposé ces préoccupations au sujet des développements sur la frontière syrienne, mettant en garde l’Occident, et particulièrement les Etats-Unis. La France de Macron, elle, se contentait de faire pression sur le Pentagone pour faire reculer le président Trump sur sa décision de retirer les soldats américains de Syrie.

Le précédent président français, François Hollande, avait la même approche concernant la Syrie et le YPG. Lors de l’opération turque « Rameau d’Olivier » à Afrin en Syrie, le prédécesseur de Macron, prenant pour cible la Turquie, avait qualifié le groupe terroriste de « nos propres alliés ».

Cette approche de la France concernant la Syrie n’est donc pas nouvelle et propre à Macron. Ce territoire qui formait avec le Liban l’entité que l’on appelait à l’époque « le Levant », était sous mandat français entre 1920 et 1946.

C’est la démonstration d’un attachement à un passé colonial qui se manifeste par une hostilité envers la Turquie, qui rappelle celle affichée lors de la chute de l’Empire Ottoman.

Aussi attractif qu’il soit pour l’Etat profond français, le plan « fou » des Etats-Unis pour le Moyen-Orient, ne devrait pas encourager le Chef d’un Etat en possession de tous ses moyens intellectuels, à prendre pour cible, à travers une politique séculaire d’animosité absurde, un de ses alliés au sein de l’OTAN, surtout après que cette politique ait pratiquement entièrement échoué suite à l’opération « Source de Paix ».

Cependant, Emmanuel Macron, cherche à poursuivre sa politique hostile contre la Turquie, au risque de dévoiler toutes ses cartes, à travers l’OTAN, organisation au sein de laquelle la France n’a pas véritablement de poids, elle qui pendant de longues années avait suspendu sa participation militaire à l’alliance. Il ne sera pas aisé pour la France de faire adopter ses intérêts et priorités dans cette structure dirigée par les Etats-Unis, qui compte 29 membres et qui prend ses décisions à l’unanimité.

La sortie de Macron sur « la mort cérébrale de l’OTAN » a, pour cette raison, été très mal accueillie par les Etats-Unis, ainsi que par l’Allemagne, son principal allié au sein de l’UE.

- « Wake-up call »

A l’issue de son entretien avec le Secrétaire Général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, Macron a assumé ses propos, affirmant qu’ « il fallait peut-être un ‘wake-up call’ [signal d’alarme] » aux alliés, pour qu’ils se focalisent sur les « objectifs stratégiques communs ».

Macron a estimé que lors des deux derniers sommets de l’OTAN, les sujets primordiaux comme « la paix en Europe, les relations avec la Russie, le problème turc, et l’identification des ennemis » n’ont pas pu être traités. La question de l’apport financier des pays membres, soulevée par le président américain Donald Trump, avait en effet accaparé les débats.

Il n’en demeure pas moins que le fait que Macron ait présenté la Turquie comme un « problème » à résoudre au sein de l'OTAN, dénote une approche hautaine dont il pense pouvoir jouer, au vu de son rôle de leader au sein de l'UE. Cette attitude a été perçue par Ankara comme un acte d’hostilité irrationnelle.

Depuis un certain temps, le Président turc Erdogan dénonce de manière très virulente la politique de Macron, qui se sert de l’OTAN pour poursuivre sa politique hostile à l'encontre de la Turquie, et qui de surcroît, soutient ouvertement l’organisation terroristes YPG, branche syrienne du PKK, qui menace depuis 35 ans la sécurité de la Turquie.

Erdogan estime que la priorité de l’OTAN doit être de combattre le terrorisme. Face à cela, le président turc a déclaré, en réponse à Macron : « fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale ». Le Quai d’Orsay a immédiatement convoqué l’ambassadeur de Turquie à Paris, estimant que les propos d’Erdogan sont insultants et qu’ils n’ont pas leur place dans les relations France-Turquie.

Ce qui est déplacé, ce serait plutôt le comportement de Macron qui a, à plusieurs reprises, reçu des représentants de l’organisation terroriste YPG à l’Elysée. Par ailleurs, l’approche ouvertement hostile à la Turquie des principaux médias français, dure depuis plusieurs années. Tout cela a porté un coup très dur aux rapports entre la Turquie et la France, relation qui sera très difficile à restaurer.

Ces événements ont conduit les relations turco-françaises à la situation antérieure au 20 octobre 1921.

L’état actuel des relations bilatérales sera-t-il une « sonnette d’alarme » pour la France ? Il est évident que la persistance de l’Elysée à soutenir le YPG et les putschistes du 15 juillet 2016, ne permet pas d'être optimisme.

- Les pays alliés de l'OTAN et les objectifs stratégiques de la France

Emmanuel Macron fait plus que se confronter à un allié de l'OTAN. Prétendant ignorer le lien entre le YPG et le PKK, il refuse d'assumer ses responsabilités en vertu des articles 5 et 6 du Traité de l'Atlantique Nord, à l'égard de la Turquie.

Le président français en arrive même à parrainer cette organisation terroriste, n’ayant par ailleurs aucune gêne à appeler les alliés de l'OTAN à contribuer davantage à la lutte antiterroriste au Sahel, où il déploie déjà 4 500 soldats.

La mort de plusieurs soldats français au Burkina Faso et au Mali, est derrière cet appel. Or, la région du Sahel qui s'étale du littoral atlantique à l'ouest, jusqu'à l'océan Indien à l'est, inclut les anciens pays colonisés par la France, à savoir une grande partie de l'Algérie, du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad.

Inviter les alliés de l'OTAN à servir les intérêts de la France dans ces territoires qui furent d'anciennes colonies doit être le fruit du « génie » de Macron.

Les médias insistent sur le Sahel, mais Macron a évoqué la région du "Levant" dans ses propos : « les Alliés devront discuter ensemble de la lutte contre le terrorisme au Sahel et au Levant ». Le Levant est la région qui englobe aujourd'hui le Liban et la Syrie, région sous mandat français entre 1920 et 1946.

Si l'on tient compte du soutien qu'accorde la France au YPG, le bienfondé de la question adressé par le Président Erdogan, "Qu'as-tu à faire en Syrie ?", est indiscutable. N'oublions pas que la France est l'un des principaux pays de l'Union européenne (UE), protagoniste dans les tensions autour des gisements d'hydrocarbures en Méditerranée orientale, qui visent à emprisonner la Turquie à l'intérieur de ses eaux territoriales.

D’une manière légitime, le Président Erdogan demande donc à Macron, qui piétine les droits internationaux de la Turquie et s'oppose à ses travaux de forage, de s’expliquer sur ses intérêts dans cette région.

- L'homme déconcerté

La position qu'a adoptée la France montre qu'elle est informée de tous les plans établis par les États-Unis sur le Moyen-Orient, et qu'elle agit dans l'espoir de ranimer son passé colonialiste dans la foulée. Cette volonté est peut être compréhensible pour la France, mais ce qui est tout à fait incongru et surprenant, c’est que Macron, qualifié au premier tour des présidentielles avec 24,01% des voix, victoire obtenue en partie grâce à l'affaire du Penelopegate, se retrouvant dans l'incapacité de réaliser ses propres désirs, dévoile les sombres plans de l'État profond français.

Force est d’admettre que la mise en œuvre des plans français en Méditerranée et au Levant, sous l’égide des États-Unis, est désormais impossible. Mais il y a fort à parier qu’Emmanuel Macron n’en restera pas là et profitera du Sommet de Londres pour afficher sa mégalomanie.

Il va sans dire que le successeur de François Hollande ne pourra pas satisfaire ses volontés au sein de l'OTAN et détériorera gravement les relations turco-françaises. Et cela, certainement pas à cause de sa mégalomanie, comme le soulignent les médias d’extrême droite de son pays, mais pour avoir affiché les rêves de l'État profond français, qui sont diamétralement opposés aux intérêts nationaux de la Turquie.

Cette analyse reflète l’opinion de son auteur qui pas nécessairement la ligne éditoriale de l'Agence Anadolu.

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