AA/Paris (France)/ Hajer M’tiri
Je me trouvais dans le dernier wagon d’un métro de la capitale française, Paris, assise sur l’un de ces sièges rabattables proche de la porte. Plusieurs autres personnes se trouvaient également dans le wagon, bien qu’il ne fût pas bondé.
Deux stations avant ma destination élue, un homme corpulent est monté dans le wagon. Il faisait environ 1.90 mètres, avait un ventre proéminent et des cheveux bruns et n’était pas rasé.
Il m’a fixé du regard. En tant que femme musulmane, portant le foulard, qui marche dans les rues et qui prend les transports en commun à Paris, je fais souvent face aux regards fixes des passants.
J’entends parfois des commentaires et des murmures.
Je suis une jeune reporter, récemment assignée à Paris, mais je m’y suis rapidement habituée.
Pourtant, je n’étais pas préparée à ce qui allait se passer.
« P…. de musulmane » a grogné l’homme. Puis le silence. Personne n’a dit le moindre mort. J’étais terrifiée.
Sans penser, j’ai pris mes sacs et je me suis déplacée vers une autre partie du wagon. Je pouvais entendre les battements de mon cœur, pas seulement provoqués par la peur, mais également par la colère de ne pouvoir répondre de quelque manière que ce fut.
J’étais une femme menue. L’homme était immense. Et de par la manière avec laquelle il m’avait abordé, j’étais certaine que si j’avais répondu, je ne serais pas en train d’écrire ces lignes aujourd’hui.
J’ai pris mon portable et j’ai appelé un ami pour tenter de me calmer. L’homme a continué à me fixer avec un regard menaçant.
Le métro s’est remis en marche. Les minutes semblait être des heures.
Mon arrêt est finalement arrivé. Je me suis précipité vers la porte, puis je me suis retourné et j’ai utilisé mon téléphone pour prendre l’homme en photo.
Il a rapidement couvert son visage, puis m’a fait un doigt d’honneur et a commencé à me crier dessus.
« Allez-vous f…. f…. musulmans » a-t-il crié.
D’une certaine manière, mon courage est revenu et j’ai retrouvé la voix.
« Brûle en enfer, raciste » ais-je crié.
Il alors essayé de m’attraper. J’ai sauté sur le quai et, heureusement, les portes du wagon se sont refermées, avec lui à l’intérieur, et moi à l’extérieur.
J’ai éclaté en sanglots.
Ce n’est pas un incident isolé. En France, 691 actes islamophobes ont été enregistrés, en 2013, par l’organisation française de défense de droits de l’Homme, Collectif Contre l'Islamophobie en France.
Et 640 de ces actes ont visé des personnes et non pas des institutions.
L’augmentation générale de ces actes, comparée à l’année précédente, est de 47%. Les choses empirent, elles ne s’améliorent pas.
"Collectif Contre l'Islamophobie en France" a expliqué que l’année 2013 a été marquée par une hausse des actes violents et que les agressions sont de plus en plus physiques.
« Durant les seuls huit derniers mois de 2013, vingt-sept attaques physiques ont été enregistrées » a rapporté le Collectif.
Et les femmes, qui représentent 78% des victimes d’agression et de discrimination, sont les premières cibles de ces actes, a affirmé le groupe de défense des droits humains.
Lorsque je me suis calmée, et que j’ai eu le temps de réfléchir, j’ai réalisé que le plus effrayant n’était pas dans la situation dans laquelle je me suis retrouvée, n’était pas le comportement de l’homme, mais le "silence" des passagers.
Ils m’ont regardé de faire insultée, harcelée et menacée sans dire un mot.
Un rayon de lumière a cependant réussi à traverser ce jour sombre.
Alors que je pleurais et tremblais, tandis que le métro s’en allait, une femme âgée française s’est approchée de moi et m’a tenue la main.
« Ne pleure pas ma chérie, ne pleure pas » a-elle-dit « il est juste malade. Il est sexiste. Tu es une femme et en plus tu es musulmane. Il est jaloux. Sois forte et ne pleure pas. »
Et c’est ce que je vais faire, être forte. Je vais garder la tête haute, car malgré tout, de merveilleuses aventures m’attendent encore ici dans la ville des lumières.