Mounir Bennour
31 Décembre 2020•Mise à jour: 31 Décembre 2020
AA / Rome
Le ministère italien des Affaires étrangères a refusé la décision du parquet égyptien de clore l'enquête sur le meurtre du chercheur italien Giulio Regeni survenu en 2016. Il s'est engagé à découvrir la vérité et à résoudre l'affaire par les voies diplomatiques internationales.
Le ministère italien a déclaré mercredi dans un communiqué, rapporté par l'agence locale "AKI", que "les allégations du parquet égyptien concernant la mort tragique de Regeni sont inacceptables".
Les Affaires étrangères italiennes ont déclaré dans le communiqué : "Nous espérons que le Caire partagera avec nous des informations sur l'affaire et coopérera avec le bureau du procureur général de Rome afin de faire éclater la vérité".
Rome a également renouvelé sa "pleine confiance dans les juges italiens", s'engageant à "découvrir la vérité et à résoudre l'affaire par les voies diplomatiques internationales, y compris le recours à l'Union européenne".
Le site d'information « Italy24news » a cité ce jeudi Riccardo Nuri, le porte-parole d'Amnistie Internationale en Italie, qui a fait savoir que "la déclaration du parquet égyptien est inacceptable, et nous espérons que le gouvernement italien prendra position à ce sujet".
De son côté, le député du Parlement européen, Pierfrancesco Majorino, estime que les récentes déclarations du procureur général égyptien sur l’affaire Regeni ne sont rien d’autre qu’un "acte hostile et inacceptable contre l’Italie et le bureau du procureur de Rome, ainsi qu’une insulte au Parlement européen", selon le même site Internet.
Dans ce contexte, le député italien Erasmo Palazzotto, chef de la commission parlementaire chargée d'enquêter sur le meurtre de Regeni, a décrit la déclaration égyptienne susmentionnée comme "une autre tentative honteuse de désinformation, appelant le gouvernement italien à demander des éclaircissements à ce sujet", selon « Italy24news ».
Ces réactions se placent dans le cadre de la réponse italienne à l’annonce du parquet égyptien, dans un communiqué, qu'une poursuite pénale ne sera pas instruite dans le cas du meurtre de Regeni au Caire, avec l'exclusion des accusations portées sur 5 membres du personnel policier dans cette affaire.
Un communiqué du parquet égyptien a déclaré : "Il est inutile d'ouvrir une procédure pénale dans l'affaire du meurtre, de la détention et de la torture de Giulio Regeni pour le moment, du fait que l'on ignore l'identité de l'auteur, que les autorités chargées de l'enquête tentent de la déterminer".
La décision égyptienne est tombée un mois après que le procureur italien ait annoncé qu'il suspectait cinq membres du personnel policier égyptien, dont un officier des renseignements généraux, dans l'affaire de la disparition et du meurtre de Regeni.
Regeni, un Italien de 26 ans, est étudiant diplômé de l'Université de Cambridge. Il menait des recherches au Caire pour obtenir un doctorat, puis il a disparu pendant neuf jours, après quoi, son corps a été retrouvé avec des signes de torture en février 2016.
Le 30 novembre, le « Procureur de la République à Rome » a annoncé que cinq membres des services de sécurité égyptiens étaient soupçonnés d'avoir tué l'étudiant italien.
Le parquet égyptien, avait manifesté sa réserve dans un communiqué de l'époque, quant aux soupçons portés sur le personnel policier et a plutôt évoqué un "gang criminel" usant de faux documents de sécurité à des fins de vols et braquages.
Après la découverte du corps de Regeni, les relations entre Le Caire et Rome subi une escalade de tension, plus particulièrement à la suite des accusations émises par les médias italiens contre les services de sécurité égyptiens quant à leur implication dans les actes de tortures et de meurtre. De son côté, le Caire a nié des accusations à plusieurs reprises.
*Traduit de l'arabe par Mounir Bennour.