AA / Antalya
Dans le cadre du Forum de la Diplomatie d’Antalya (ADF), un panel intitulé « Lutte contre le terrorisme : se réapproprier la coopération internationale » a examiné les moyens de renforcer la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme et son financement.
Par ailleurs, ce panel s’est tenu dans le cadre de l’ADF 2026, organisé au Centre des congrès NEST, dans la région touristique de Belek, avec l'Agence Anadolu (AA) comme « partenaire mondial de communication ».
Animé par Martyn Warr, chef de l’unité de communication contre Daech au ministère britannique des Affaires étrangères, le panel a réuni notamment le ministre nigérian de la Défense Christopher Gwabin Musa, le ministre mozambicain de la Défense nationale Cristovao Artur Chume, la conseillère principale à l’International Crisis Group Dareen Khalifa, la secrétaire d’État adjointe finlandaise chargée de la politique étrangère et de sécurité Outi Holopainen, la responsable de l’OTAN Burcu San ainsi que la présidente de l’Organe international de contrôle des stupéfiants Sevil Atasoy.
De son côté, le ministre nigérian de la Défense, Musa, a souligné que le terrorisme constitue une menace non seulement pour son pays, mais également pour des États d’Afrique de l’Ouest comme le Mali et le Burkina Faso.
Il a également indiqué que Boko Haram demeure une organisation terroriste majeure au Nigeria, désormais étendue à l’échelle mondiale, insistant sur la nécessité d’inscrire la lutte contre ce phénomène à l’agenda d’une force multinationale.
En outre, Musa a précisé que les organisations terroristes recourent à des drones pour mener des attaques et utilisent des cryptomonnaies pour leurs transferts financiers, rendant leur traçabilité particulièrement difficile.
Il a par ailleurs établi un lien entre terrorisme et pauvreté, évoquant aussi les défis liés aux réseaux sociaux : « Il existe de nombreux problèmes liés aux médias sociaux, notamment TikTok. Malheureusement, nous devons en parler. Je pense que nous faisons face à certaines lacunes juridiques et à des difficultés. »
- « Le terrorisme est une menace mondiale »
Le ministre mozambicain de la Défense nationale, Chume, a indiqué que les menaces et les acteurs présents en Afrique affectent également son pays. Il a ajouté que, bien que la situation soit actuellement sous contrôle, « la guerre » se poursuit.
Il a en outre souligné la nécessité pour les pays africains de renforcer leurs capacités de défense, mettant en avant le besoin de financements spécifiques et de soutiens logistiques, tout en insistant sur l’importance de la coopération internationale pour son pays.
Dans ce contexte, Chume a déclaré : « On ne peut pas parler d’un terrorisme limité à l’Afrique. Le terrorisme est une menace mondiale. »
- « Le terrorisme est un problème transfrontalier »
La conseillère principale à l’International Crisis Group, Khalifa, a estimé que la Syrie constitue un exemple notable de réussite dans la lutte contre le terrorisme, tout en ajoutant : « Toutefois, il existe également de sérieux échecs en matière de stratégies de lutte. »
Elle a expliqué que dans les pays où le terrorisme représente « un problème très grave ou en expansion », une approche reposant uniquement sur la responsabilité régionale ne suffit pas à résoudre la situation : « Car il ne s’agit pas d’un problème régional, mais d’un phénomène qui dépasse les frontières. »
- La sécurité ne se limite pas à la défense militaire
Pour sa part, Holopainen a affirmé que le phénomène du terrorisme ne recule pas et que de nouvelles menaces émergent.
Elle a insisté sur l’importance des investissements dans la défense, rappelant que la Finlande a rejoint l'OTAN il y a trois ans afin de renforcer son niveau de sécurité.
Toutefois, elle a souligné que la sécurité ne se limite pas à la défense militaire, mettant en avant l’importance de l’éducation, de la culture numérique, de la justice sociale et de l’État de droit.
- L’approche globale de l’OTAN en matière de sécurité
De son côté, San a expliqué que l’OTAN adopte une approche « à 360 degrés » en matière de sécurité, sans se concentrer sur une seule zone ou un seul point.
Elle a également attiré l’attention sur les nombreux partenariats de l’Alliance en matière de développement des capacités, ajoutant : « Les groupes terroristes exploitent les vulnérabilités. Ils affaiblissent les capacités existantes de l’intérieur et forment leurs partisans. La culture numérique reste bien entendu un besoin moderne. »
San a en outre mis en garde contre les risques liés au cyberterrorisme, tout en soulignant l’importance du partage de renseignements dans la lutte antiterroriste.
- Un environnement sécuritaire mondial façonné par des menaces transfrontalières
La présidente de l’Organe international de contrôle des stupéfiants, Atasoy, a déclaré qu’il s’agit pour elle d’un privilège de s’exprimer dans ce forum prestigieux, à une époque où l’environnement sécuritaire mondial est de plus en plus façonné par des menaces agiles, décentralisées et transfrontalières.
Elle a indiqué que les drogues illicites sont devenues une « source de revenus essentielle » pour les organisations terroristes, ajoutant : « Aujourd’hui, le terrorisme ne s’organise pas uniquement à travers des réseaux, mais se finance également via des écosystèmes. »
Atasoy a précisé que ces écosystèmes sont étroitement liés aux réseaux criminels transnationaux, aux flux financiers illicites et aux infrastructures numériques.
- Les États définissent le terrorisme selon leurs intérêts
Enfin, le chercheur de la Fondation pour la recherche en politique, économie et société (SETA), Can Acun, a souligné en conclusion que l’ordre mondial actuel fondé sur des normes et des règles est confronté à de multiples défis, insistant sur l’importance de la lutte contre le terrorisme.
Il a également relevé que la coordination internationale devient de plus en plus difficile, concluant : « Les États définissent le terrorisme en fonction de leurs propres intérêts, et non, malheureusement, selon des principes ou des valeurs. »
* Traduit du turc par Adama Bamba