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Une avocate travaillant à l'ONU l'accuse de transmettre les noms des opposants aux autorités chinoises

- Emma Reilly pointe notamment du doigt les risques ainsi encourus par les activistes Ouïghours.

Bayram Altuğ,Tuncay Çakmak   | 14.01.2021
Une avocate travaillant à l'ONU l'accuse de transmettre les noms des opposants aux autorités chinoises

Geneve

AA / Genève

Une avocate des droits de l'homme qui travaille au Haut-Commissariat de l'ONU pour les Droits de l’Homme (HCDH) affirme qu'elle pourrait être licenciée après avoir accusé son employeur d'avoir partagé, avec des responsables chinois, les noms des opposants qui ont pris part à des activités de l'ONU, en particulier des militants ouïghours.

Emma Reilly avait affirmé dans une interview que le Bureau du HCDH fournissait en secret les noms des activistes et opposants chinois au Parti Communiste chinois.

Selon Reilly, les opposants chinois qui participent aux sessions annuelles (3 fois dans l’année) du Conseil des Droits de l’Homme sont transmis aux autorités chinoises via la Représentation permanente de Chine au Bureau des Nations Unies à Genève en Suisse.

L’Avocate continue d’exprimer ses accusations sur les réseaux sociaux. Tout récemment, elle a porté de nouvelles accusations envers l’ONU, son employeur.

"L’ONU enquête et prévoit de me renvoyer pour avoir dénoncé les gouvernements de certains pays qui donnaient les noms des ressortissants chinois à la Chine afin que celle-ci puisse cibler leurs familles", avait partagé Emma Reilly mardi sur Twitter.

Elle a également affirmé que "l’ONU n'a ‘jamais’ enquêté sur les responsables qui transmettent ces noms, et n’a pas arrêté de donner des noms."

Dans un autre partage, elle a invité les délégations de certains pays (Angleterre, Irlande, Allemagne, États-Unis, Pays-Bas, Suède, Norvège, Suisse et Canada) à enquêter sur ces agissements de l’ONU et à protéger les personnes dénoncées auprès des autorités chinoises.

Reilly a par ailleurs lancé un appel au Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, lui demandant "de ne pas enquêter sur elle mais sur ceux qui fournissent les noms des opposants à la Chine".

Mais Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, a déclaré mercredi que ses affirmations étaient liées à "une pratique passée" et que les affirmations de Reilly selon lesquelles cela se produisait encore sont "fausses".

"Les allégations de Reilly se rapportent à une pratique ancienne abandonnée, selon laquelle les noms des participants au Conseil des droits de l'homme étaient parfois confirmés aux États dans des circonstances limitées, en veillant à ce qu'aucune action du HCDH ne mette en danger les militants des droits de l'homme », a déclaré Colville.

"Nous n'avons connaissance d'aucune preuve que quelque action que ce soit du Bureau à cet égard ait causé un préjudice à un participant."

- Les activistes ouïghours essaient de faire entendre leur voix au Conseil des Droits de l’Homme :

Le 29 septembre, Abdulshukur Abdulreshit, un Ouïghour exilé en Suisse, a appelé le CDH à nommer un enquêteur spécial des Nations Unies pour sa région en Chine, le Xinjiang (Turkestan Oriental), où il a déclaré que sa famille était détenue en otage dans un camp de concentration.

"Il y a un génocide commis contre mon peuple", a-t-il déclaré, soutenu par le groupe suisse Justice pour les Ouïghours.

- La politique de la Chine contre les Ouïghours

La Chine contrôle le Turkestan oriental depuis 1949. C'est la patrie de la minorité turque musulmane ouïghour, que Pékin appelle "Xinjiang", ce qui signifie "nouvelles frontières".

Les statistiques officielles indiquent qu'il y a 30 millions de musulmans dans le pays, dont 23 millions sont des Ouïgours, tandis que des rapports non officiels confirment que le nombre de musulmans est proche de 100 millions.

En mars dernier, le Département d'État américain a publié son rapport annuel sur les droits de l'homme pour 2019, dans lequel il indique que la Chine détient des musulmans dans des centres de détention pour effacer leur identité religieuse et ethnique, et les oblige à travailler dans des conditions de travail forcé.

La Chine affirme cependant que ces centres, que la communauté internationale qualifie de "camps de concentration", sont des "centres de formation professionnelle" et visent à " débarrasser l'esprit de leurs détenus des idées extrémistes ".

* Traduit du turc par Tuncay Çakmak

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