AA / ANKARA
Le ministre des Affaires étrangères de la Türkiye, Hakan Fidan, a déclaré que le sommet de l’OTAN prévu à Ankara constituera une « opportunité historique » de réaffirmer l’unité de l’Alliance, soulignant la nécessité de préserver les liens transatlantiques et de renforcer la dimension européenne de l’OTAN.
S’exprimant à l’Académie diplomatique de Vienne, mercredi, lors de sa visite officielle en Autriche, il a affirmé que le maintien des relations transatlantiques reste une nécessité stratégique pour la Türkiye, ajoutant que la construction d’une OTAN plus efficace et davantage centrée sur l’Europe sera au cœur des discussions du sommet.
Il a toutefois averti que, si les capacités militaires mondiales deviennent plus rapides et plus précises, la réflexion stratégique n’évolue pas au même rythme, conduisant parfois à l’usage de la force sans objectifs politiques clairement définis.
Évoquant les conflits en cours, notamment au Moyen-Orient, Hakan Fidan a estimé que les diplomates doivent jouer un rôle accru dans la gestion de crises marquées par des objectifs politiques incohérents.
Mettant en avant l’action diplomatique de la Türkiye, Hakan Fidan a indiqué que le pays a étendu son réseau mondial de 163 représentations en 2002 à 264 aujourd’hui, devenant ainsi le troisième plus vaste réseau diplomatique au monde. Cette présence renforcée soutient, selon lui, le rôle croissant d’Ankara comme médiateur dans les conflits régionaux et internationaux.
Évoquant la guerre entre la Russie et l’Ukraine, le ministre a rappelé que la Türkiye s’emploie depuis le début à mettre fin au conflit, avertissant qu’un prolongement des combats accroît le risque d’escalade au-delà du théâtre actuel. Il a souligné que cette guerre, désormais dans sa cinquième année, tend à se banaliser dans certains cercles, une évolution qu’il juge préoccupante pour la stabilité régionale et la sécurité mondiale.
Hakan Fidan a également rappelé que la Türkiye a accueilli à plusieurs reprises des pourparlers entre Moscou et Kiev, et qu’elle reste disposée à faciliter de nouvelles négociations jusqu’à l’obtention d’une paix juste et durable.
Sur la sécurité européenne, Hakan Fidan a estimé que l’architecture qui émergera après la guerre Russie-Ukraine déterminera si l’Europe restera sécurisée à long terme, avertissant que le système d’après-guerre est soumis à de fortes tensions.
Rappelant que la Türkiye est membre de l’OTAN depuis plus de 70 ans, il a qualifié le prochain sommet d’Ankara d’« opportunité historique » pour réaffirmer l’unité de l’Alliance, soulignant que le maintien des liens transatlantiques constitue une nécessité stratégique pour Ankara. Il a ajouté que les efforts visant à construire une OTAN plus efficace et davantage centrée sur l’Europe seront au cœur des discussions.
Hakan Fidan a également insisté sur le fait que l’Europe ne se limite pas à l’Union européenne, appelant à une meilleure coordination entre les initiatives de défense et de sécurité de l’UE et les alliés de l’OTAN, y compris les États non membres de l’UE. Il a enfin critiqué ce qu’il a décrit comme une « instrumentalisation » de la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE.
Abordant les priorités de politique étrangère, Hakan Fidan a indiqué que la Türkiye cherche à renforcer ses relations avec l’Asie du Sud-Est, rappelant sa demande pour devenir partenaire de dialogue de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).
Il a ajouté qu’Ankara souhaite structurer cette coopération à travers des accords, des partenariats stratégiques et des mécanismes multilatéraux.
Concernant l’Union européenne, le ministre a affirmé que l’objectif d’adhésion de la Türkiye reste inchangé, tout en soulignant des obstacles structurels au sein de l’UE, notamment des mécanismes de décision permettant à certains États membres de bloquer les avancées.
Il a estimé que l’un des principaux problèmes des relations Türkiye-UE réside dans la montée des politiques identitaires en Europe, rappelant qu’avant 2007 le processus d’adhésion reposait surtout sur des critères techniques.
Selon lui, il était alors clairement établi que la candidature serait soutenue si les conditions étaient remplies, mais cette dynamique aurait changé après l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007.
Hakan Fidan a également suggéré que l’histoire européenne aurait pu évoluer différemment si la Türkiye avait rejoint l’UE dans les années 2000 ou 2010, estimant que le Brexit aurait pu être évité et que l’Union aurait été plus résiliente face aux défis récents.
Il a enfin affirmé que la Türkiye pourrait jouer un rôle clé dans l’ouverture de l’Europe vers d’autres régions, ajoutant que si l’UE a réussi comme structure supranationale, elle n’a jamais cherché à construire une identité « civilisationnelle » plus large, où la Türkiye pourrait apporter une approche plus inclusive.
Le ministre a noté une reprise récente des relations Türkiye-UE, tout en soulignant l’absence de volonté politique forte en Europe pour soutenir ouvertement l’adhésion de la Türkiye, même si elle remplit les critères nécessaires.
S’exprimant sur le Moyen-Orient, Hakan Fidan a averti que les politiques expansionnistes d’Israël sont devenues une menace pour la sécurité mondiale, estimant que l’instabilité régionale dépasse désormais largement ses frontières à travers les perturbations des marchés de l’énergie, l’alimentation volontaire de conflits et le risque de flux migratoires massifs vers l’Europe.
Il a affirmé que les approches fondées sur une domination extérieure de la région ont conduit à des années d’instabilité, soulignant que « l’appropriation régionale » reste indispensable pour parvenir à une paix durable.
Évoquant la Syrie comme exemple de stabilité relative, le ministre a indiqué que le pays se concentre désormais sur sa reconstruction et sur les besoins de sa population.
Il a également mis en avant l’urgence renouvelée des projets de connectivité, après les tensions dans le détroit d’Hormuz, citant notamment les liaisons ferroviaires, les pipelines et les corridors commerciaux reliant le Golfe aux marchés internationaux via la Türkiye, l’Irak et la Syrie.
Concernant les relations entre les États-Unis et l’Iran, Hakan Fidan a estimé que les négociations ont atteint une phase critique, précisant que la Türkiye n’est pas un simple observateur mais un acteur impliqué. Il a indiqué qu’Ankara entretient des canaux parallèles avec Washington et Téhéran tout en soutenant activement les efforts de médiation, avertissant qu’une prolongation du cessez-le-feu ne doit pas être tenue pour acquise.
Il a ajouté que la complexité des enjeux régionaux de longue date rend improbable toute solution rapide, tout en réaffirmant que la Türkiye continuera de contribuer aux efforts visant à les résoudre.
Hakan Fidan a déclaré que le système international se trouve à un « tournant décisif », façonné par des dynamiques profondes et changeantes, soulignant que son avenir ne doit ni être laissé au hasard ni dicté par les acteurs les plus bruyants.
Il a insisté sur le fait que ce processus doit être guidé par des acteurs combinant vision stratégique et engagement dans le travail exigeant de la diplomatie, mettant en avant l’importance croissante de cette profession.
« Notre métier exige à la fois rigueur scientifique et finesse artistique », a-t-il affirmé, ajoutant que des institutions comme l’Académie diplomatique de Vienne jouent un rôle essentiel dans la formation de diplomates capables non seulement de comprendre le monde tel qu’il est, mais aussi de contribuer à le façonner.
Il a également souligné que la persuasion, plutôt que la coercition, constitue l’outil le plus puissant de la diplomatie, insistant sur la nécessité de privilégier la coopération au conflit et le dialogue à la division.
Hakan Fidan a enfin indiqué que cette approche reste au cœur de la politique étrangère de la Türkiye dans des régions comme le Moyen-Orient, l’Ukraine et l’espace euro-atlantique.
*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir
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