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Manche : Pourquoi les migrants tentent-ils à tout prix de passer au Royaume-Uni ?

- Le naufrage d'une embarcation dans la Manche, fin novembre dernier, a relancé le débat sur cette traversée à haut risque, pas toujours sous les projecteurs, mais de plus en plus meurtrière.

Fatma Bendhaou   | 01.12.2021
Manche : Pourquoi les migrants tentent-ils à tout prix de passer au Royaume-Uni ?

France


AA/Paris/Fatih KARAKAYA

Le 24 novembre dernier, le naufrage d'une embarcation dans la Manche a entraîné la mort par noyade de 27 personnes qui tentaient de rallier le Royaume-Uni depuis la France. Alors que nous sommes habitués à voir ce genre de drames le plus souvent en Méditerranée, la nouvelle tragédie a relancé le débat sur cette traversée à haut risque, pas toujours sous les projecteurs, mais de plus en plus meurtrière.

Comme le rappellent plusieurs associations de défense des droits des migrants, « la mort de ces 27 personnes vient allonger la liste de celles qui sont décédées sur terre ou en mer - plus de 400 depuis 1999 - alors qu’elles cherchaient à franchir cette frontière ».

Pourquoi ces migrants tentent-ils absolument de passer de l'autre côté de la Manche alors qu’ils sont déjà sur un sol européen que d’autres réfugiés n’arrivent jamais à atteindre ? Telle est la question.


- Le Royaume-Uni, l’Eldorado des migrants ?

Selon les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur français, « en 2020, 81 531 premières demandes (mineurs compris) et 11 733 demandes de renouvellements ont été enregistrées en Guichets uniques de demande d’asile (GUDA), soit 38,4 % en deçà de 2019 ».

Suite à ces demandes, « le nombre de personnes s’étant vu octroyer en France une protection s’élève à 24 181 en 2020 après 36 275 en 2019 (- 33,3 %) ». Ainsi, toujours selon le ministère, « le taux d’admission final au statut (hors mineurs accompagnants), après prise en compte des décisions de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), baisse en 2020 (34,4% contre 38,0% en 2019).

Par contre, selon le gouvernement britannique, plus de 25 700 migrants ont traversé la Manche en 2021, contre moins de 8 500 en 2020. A priori, des chiffres nettement inférieurs à ceux de la France. Certes, le nombre de personnes désirant passer de l'autre côté de la Manche ne se limite pas aux 25 700 qui ont réussi la traversée. Un grand nombre de migrants sont refoulés et d'autres décèdent pendant le périple. Mais dire que tous les migrants veulent partir vers le Royaume-Uni est exagéré, voire faux.

D’ailleurs, la situation des réfugiés dans ce pays est bien moins onéreuse que celle de ses voisins les plus proches. Ainsi, la Grande-Bretagne se classe 17ème sur 28 pays européens en termes de demandes d’asile.

De ce fait, il est faux de dire qu’il est plus facile pour un migrant d’obtenir le fameux sésame pour pouvoir s’installer sur l’île.


- Alors pourquoi certains risquent leur vie pour passer la Manche ?

Tout d’abord, il y a la facilité de la langue. La plupart des migrants proviennent d'anciennes colonies britanniques, tels que le Soudan, L'Irak, la Somalie ou le Pakistan et sont nombreux à parler anglais. Ils préfèrent, donc, le Royaume-Uni pour ne pas être dépaysé.

Ensuite, il y a l’effet de communauté. Les migrants qui veulent se rendre au Royaume-Uni ont déjà des membres de leurs familles et des connaissances là-bas qui peuvent les prendre en charge.

Mais la grande différence avec la France, c’est qu’un migrant peut facilement trouver un emploi sur place, d’une part le chômage étant moins élevé (5% contre 8% pour la France) et d’autre part étant moins contrôlé.

En effet, à l’inverse de la France, les britanniques, menant une politique très libérale, ne font pas une priorité de la chasse aux migrants travailleurs. Ainsi, ceux qui trouvent un travail pourront continuer à travailler sans avoir peur même s’il est illégal de travailler dans le noir. Evidemment cela ne concerne pas les travailleurs qualifiés mais ceux qui doivent fair de petits boulots pour un salaire très en dessous du marché.

En outre, chaque migrant qui dépose une demande d’asile est pris en charge par les autorités qui doivent lui verser 50 € par semaine et l'héberger.

Mais en réalité et surtout après le Brexit, le Royaume-Uni a décidé de durcir ses lois en matière d’accueil des migrants. En effet, un projet de loi controversé prévoit ainsi de durcir les sanctions : la peine maximale encourue par les passeurs passerait de quatorze ans actuellement à la prison à vie. La réforme prévoit également de traiter différemment les demandeurs d’asile selon la manière avec laquelle ils sont arrivés dans le pays : légalement ou illégalement.

Enfin selon des chiffres officiels, au Royaume-Uni, les délais d'attente pour les dossiers de demande d'asile ont atteint des records ces dernières années. Ainsi, courant 2020, sur près de 43 000 demandes d'asile (légal et illégal) en attente dans le pays, quelque 17 000 personnes patientaient depuis au moins un an.

En conclusion, la Grande-Bretagne n’est pas le paradis pour les migrants. Mais, le sentiment d’être mieux accueillis, moins poursuivis, avec moins de risques d'être refoulés vers la Grèce ou l’Italie leur donne envie d’aller le plus loin possible pour espérer un monde meilleur.

Comme le rappellent des associations de défense des droits des migrants dans une tribune signée le 1er décembre, « ceux sont des êtres humains en quête d’une vie meilleure et, pour la plupart, dans des situations justifiant une protection internationale car leur vie est en danger dans leur propre pays ».



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