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Le scandale Lafarge est révélateur de l'hypocrisie de l'Occident dans la lutte contre le terrorisme

- Le scandale Lafarge est un exemple clair du deux poids, deux mesures que la France applique en tant qu'État dans la lutte contre le terrorisme.

Alex Sinhan Bogmis   | 14.09.2021
Le scandale Lafarge est révélateur de l'hypocrisie de l'Occident dans la lutte contre le terrorisme

İstanbul

AA / Istanbul / Ahmet Arda Şensoy

La question du financement du terrorisme a de nouveau été soulevée en France avec la décision de la Cour de cassation d'annuler l'accusation de “complicité de crimes contre l'humanité” retenue contre le géant français du ciment, Lafarge.

L'enquête, lancée en 2017 en raison des liens économiques de Lafarge avec l'organisation terroriste Daech, était fondée sur le financement du terrorisme.

Comme le montrent les documents publiés par l'Agence Anadolu (AA), Lafarge a rémunéré Daech pour maintenir l'activité de son usine en Syrie, à la connaissance des services de renseignement français. Cela a ouvert la voie à des poursuites judiciaires contre l'entreprise pour "complicité de crimes contre l'humanité".

L'usine Lafarge, située à 50 km au sud-est d'Ayn al-Arab, dans le Nord de la Syrie, était non seulement une base militaire utilisée par les États-Unis comme centre de coordination avec les YPG, mais a également continué à servir de gage de coopération entre Lafarge et Daech alors que Daech dominait la région.

- Comme le montrent les documents rendus publics par l'AA, Lafarge a poursuivi ses activités pendant cette période avec la connaissance et l'approbation des services de renseignement français.

Cependant, il convient de noter que Lafarge n'est pas la seule entreprise qui tient à protéger des grands investissements, n'hésitant pas à travailler avec des organisations terroristes à cette fin. A l'image de Lafarge, force est de constater que l'Etat français soutient ces sales agissements d'une entreprise de son pays, en dépit des interdictions et sanctions officielles. Comme le montrent les documents rendus publics, Lafarge a poursuivi ses activités pendant cette période avec la connaissance et l'approbation des services de renseignement français.

- Le passé sale de Lafarge en Syrie

Contrairement à d'autres entreprises françaises, Lafarge, qui n'a pas arrêté ses activités en Syrie malgré la guerre civile déclenchée en 2011, a maintenu active son usine en forçant les travailleurs locaux à venir travailler dans un environnement de guerre civile. L'usine, qui se trouve à 50 km d'Ayn al-Arab, a poursuivi ses activités en 2014 malgré les affrontements entre les YPG et Daech dans la ville et ses environs, et a tenté de transformer l'environnement de guerre civile en opportunité en maintenant actives ses relations avec les deux organisations terroristes, avant et après les évènements.

Fait intéressant, Lafarge a payé environ 20 mille euros par mois pour le fonctionnement de son usine entre 2013 et 2014, et achetait du pétrole pour l'utiliser dans l'installation à cette organisation terroriste, qui détenait les ressources pétrolières de la Syrie à l'époque. En outre, on sait également que les premiers acquéreurs des produits fabriqués étaient des organisations terroristes à l'instar de Daech et YPG.

Christian Herrault, l'un des plus hauts responsables de Lafarge à l'époque, s'est défendu, affirmant que l'Etat islamique n'était pas une menace terroriste à l'intérieur du pays, et qu'il s'agissait essentiellement d'un problème de la Syrie. En fait, c'est un exemple important de l'Occident qui reflète sa compréhension déformée du terrorisme.

- Macron souhaitait effectuer une visite dans la région de Sinjar en Irak, mais cela ne s'est pas fait en raison des réactions de la Turquie. Comme on le sait, Sinjar est une enclave critique qui assure la transition Irak-Syrie et la connexion entre les YPG et Qandil.

Lafarge, avant la relation avec Daech qui est au centre de la plainte, entretenait des relations étroites avec les YPG qui ont contrôlé la région. Le fait que l'ancien Président français, François Hollande et l'actuel Président, Emmanuel Macron entretiennent des relations étroites avec les YPG, et même que ces deux dirigeants aient accueilli les soi-disant porte-parole de l'organisation terroriste YPG en France, révèle cette sale relation.

Dans la continuité des efforts dans le même sens, Macron, qui a assisté à la conférence de Coopération et de partenariat de Bagdad tenue en Irak ces dernières semaines, s'est ensuite rendu à Mossoul et à Kirkouk pour montrer qu'il tentait d'accroître son efficacité dans la région. Son agenda prévoyait aussi qu'il se rende dans la région de Sinjar, mais cela ne s'est pas fait en raison des réactions de la Turquie. Comme on le sait, Sinjar est une enclave critique qui assure la transition Irak-Syrie et la connexion entre les YPG et Qandil.

Firas Tlass, qui a joué un rôle dans l'acquisition de l'usine par Lafarge en 2010 et a ensuite rejoint le Conseil d'administration de sa division Syrie, est également une figure clé dans la compréhension de ces relations. Membre de la famille sunnite des Tlass, dont les racines remontent à la période ottomane et à la domination du Mandat français, il était un homme d'affaires de premier plan en Syrie en tant que fils de Mustafa Tlass, ministre syrien de la Défense jusqu'en 2004. Les liens de sa famille avec la France et le pouvoir local ont servi de pont entre ces organisations terroristes et Lafarge dans le contexte de la guerre civile.

- Les forces locales syriennes seront également abandonnées par l'Occident

Un autre fait révélé par le scandale Lafarge est le double standard de l'Occident en matière de terrorisme. Lafarge, qui a financé l'organisation terroriste Daech avec la connaissance et l'approbation des services de renseignement français, entretenait la même relation sale avec les YPG, la branche syrienne de l'organisation terroriste PKK, dans les mêmes zones après Daech.

Les forces américaines, forcées de quitter la région après l'opération Source de Paix, ont en fait essayé de faire la même chose qu'en Afghanistan. Les États-Unis, qui ont détruit les documents trouvés à la base en quittant l'aéroport de Kaboul, ont décimé certains points critiques de l'installation avec des frappes aériennes après la fin du retrait. De la même manière, lorsque les États-Unis ont été contraints de se retirer de la région avec l'opération turque contre l'organisation terroriste YPG, ils ont brûlé des documents secrets dans la zone de la cimenterie Lafarge, qu'ils ont utilisée comme base, puis bombardé et détruit.

- À partir de ce moment, Lafarge, contrairement à l'ère de Daech, est devenu un partenaire civil en Syrie, travaillant consciemment à augmenter la capacité militaire de l'organisation terroriste YPG, plutôt qu'une entreprise étrangère qui met ses intérêts économiques en avant

Alors que les médias internationaux se sont concentrés sur les relations économiques de Lafarge avec Daech entre 2012 et 2014, le tableau doit être examiné de manière générale. Après l'ère de Daech, l'entreprise a poursuivi ses activités dans la région des YPG avec la coalition dirigée par les États-Unis, et a entretenu des relations directes avec les YPG à des fins de fortification jusqu'à l'opération Source la Paix. À partir de ce moment, Lafarge, contrairement à l'ère de Daech, est devenu un partenaire civil en Syrie, travaillant consciemment à augmenter la capacité militaire de l'organisation terroriste YPG, plutôt qu'une entreprise étrangère qui met ses intérêts économiques en avant.

Selon les médias, au cours des derniers mois, des accidents sont survenus sur certaines routes dans les zones contrôlées par les YPG à l'est de l'Euphrate, causés par des réseaux de tunnels établis par le groupe terroriste dans la région. Il a également été noté que les creuseurs de tunnels et les engins de chantier donnés aux YPG par la société Lafarge ont joué un rôle dans la construction de ces réseaux de tunnels. En d'autres termes, la menace terroriste des YPG dans le nord-est de la Syrie se poursuit malgré le succès de l'opération Source de Paix. Pendant et après les futures opérations, il est prévisible que ces réseaux de tunnels et la relation Lafarge-YPG seront à nouveau évoqués.

Le fait que la question ne soit réduite qu'au domaine privé de Lafarge et classée comme des erreurs singulières/anarchie, et non comme le résultat de la politique des États, est une preuve amère qu'il faudra encore de nombreuses années à l'Occident pour évaluer sincèrement les relations avec les organisations terroristes.

- Après les opérations Rameau d'Olivier et de Source de Paix, les fortifications, les tunnels en béton, les positions et tours de guet construits dans les zones contrôlées par les YPG témoignent de l'investissement de Lafarge auprès des YPG

Pour la Turquie, le fait qu'il n'y ait pas de différence entre les relations économiques de Lafarge avec Daech et son soutien militaire aux YPG est un autre reflet de la position correcte de la Turquie dans la guerre civile syrienne, contrairement à l'Occident. Cette usine a également été évoquée dans un discours du président Recep Tayyip Erdogan en 2019. Il affirmait alors que l'usine aidait les terroristes à construire un tunnel. Après les opérations Rameau d'Olivier et Source de Paix, les fortifications, les tunnels en béton et les positions et tours de guet construits dans les zones contrôlées par les YPG témoignent de l'investissement de Lafarge dans les YPG.

Rifat al-Assad, détenu en France l'année dernière, montre également l'approche de la France sur la question syrienne. Rifat al-Assad, surnommé le "Boucher de Hama", avait également construit un empire immobilier après la guerre civile, en utilisant des fonds de l'État syrien basés illégalement en France. Il est clair que le gouvernement français a utilisé le processus judiciaire engagé contre Rifat Assad, qu'elle a autorisé à poursuivre ses activités en France pendant des années, pour augmenter la pression sur le régime d'Assad, en complément de la politique des YPG.

- Ainsi, en France, rien n'a changé dans la politique syrienne de l'Occident, qui se fait en distinguant les organisations terroristes.

En bref, si la France maintient sa position anti-Assad dans la politique syrienne avec l'affaire Rifat Assad, elle est loin de pouvoir influencer les groupes d'opposition. Lafarge tente également d'éliminer un point de crise qui pourrait constituer une menace pour ses relations avec les YPG en limitant son cas uniquement à la période de Daech. Ainsi, en France, rien n'a changé dans la politique syrienne de l'Occident, qui se fait en distinguant les organisations terroristes.

En conclusion, bien que la France soit entrée dans l'agenda politique syrien avec Rifat al-Assad et l'affaire du Bataclan d'une part, et le scandale Lafarge d'autre part, on espère actuellement que ces trois questions conduisent à un large jugement, à une autocritique et à des changements politiques en France, dans les relations de l'UE et des États-Unis avec les groupes terroristes.

[ Ahmet Arda Sensoy mène des recherches sur la guerre civile syrienne et les questions de guerre hybride au bureau Syrie de l'Institut du Moyen-Orient de l'Université Sakarya (ORMER) ]

* Traduit du turc par Alex Sinhan Bogmis

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