Sanaa Ou Amir Ahamada
23 Juillet 2026•Mise à jour: 23 Juillet 2026
AA / Istanbul / Sanaa Amir
L'Allemagne et le Nigeria ont réaffirmé leur volonté de renforcer leurs relations commerciales et économiques à l'occasion de la visite officielle de deux jours du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à Abuja.
Ce déplacement s'inscrit dans la stratégie de Berlin visant à consolider sa présence économique en Afrique dans un contexte de recomposition des équilibres géopolitiques mondiaux, marqué notamment par le repli des États-Unis et l'influence croissante de la Chine et de la Russie sur le continent.
Au cours d'une rencontre avec son homologue nigériane, Bianca Odumegwu-Ojukwu, Johann Wadephul a appelé à « renforcer les échanges commerciaux et les investissements » entre les deux pays. La veille, le chef de la diplomatie allemande s'était rendu à Lagos, capitale économique du Nigeria, où il a rencontré des représentants du monde des affaires.
Le ministre allemand a estimé que « le potentiel du partenariat économique entre l'Allemagne et le Nigeria est loin d'être pleinement exploité », mettant particulièrement en avant les opportunités offertes par les technologies de l'information, l'écosystème des start-up, les matières premières critiques, les énergies renouvelables et l'industrie pharmaceutique.
Selon Johann Wadephul, les échanges commerciaux entre les deux pays ont progressé d'environ 10 % au cours de l'année écoulée, une évolution qu'il attribue notamment aux réformes économiques engagées par le président nigérian Bola Tinubu.
Le chef de la diplomatie allemande a salué plusieurs mesures mises en œuvre par Abuja, dont la libéralisation du taux de change du naira, la réforme du système fiscal et la suppression progressive des subventions aux carburants.
Ces réformes, largement saluées par les investisseurs internationaux, ont toutefois entraîné une forte inflation et une hausse du coût de la vie, suscitant des critiques au sein de la population nigériane.
Au-delà des questions économiques, les deux parties ont également abordé les enjeux sécuritaires. Johann Wadephul a salué le rôle du Nigeria dans la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme violent, rappelant que le pays fait face depuis 2009 à une insurrection jihadiste dans son nord-est. Il a également mis en garde contre les répercussions de l'instabilité persistante dans le Sahel, estimant qu'elle représente une menace pour l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest.
Le ministre allemand a réaffirmé l'engagement de Berlin à poursuivre sa coopération avec le Nigeria dans les domaines de la sécurité et de l'aide humanitaire, malgré les réductions successives du budget allemand consacré au développement.
Présente au sein de la délégation allemande, la députée écologiste Claudia Roth a souligné que l'Europe avait besoin de « nouveaux partenaires » face aux mutations de l'ordre international.
Elle a plaidé pour une relation avec les pays africains fondée sur le respect mutuel et l'écoute, affirmant que l'Allemagne entendait développer des partenariats « d'égal à égal » plutôt que d'adopter une approche paternaliste.
La responsable allemande a également rappelé l'importance du maintien de l'aide humanitaire en Afrique, citant notamment la Mauritanie, qui accueille des centaines de milliers de réfugiés maliens ayant fui l'insécurité dans le Sahel.
La visite au Nigeria constitue la deuxième étape de la tournée africaine de Johann Wadephul, après la Mauritanie. Le chef de la diplomatie allemande doit achever son déplacement en Afrique du Sud, où il poursuivra ses consultations sur les questions économiques, sécuritaires et de coopération avec les autorités sud-africaines.