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La Méditerranée se rappelle de Barbaros…

Lassaad Ben Ahmed   | 27.09.2021
La Méditerranée se rappelle de Barbaros…

Tunisia

AA / Tunis

Son nom est inscrit sur les bateaux-pirates d'excursions touristiques à Djerba, comme à Sousse ou Hammamet, une statuette commémorative lui a été érigée à Antalya en Turquie, mais ses combats et ses exploits en mer Méditerranée restent gravés dans l’histoire médiévale de ce qui constituait le carrefour et berceau des civilisations.

Khair-Eddine Barberousse ou Barbaros Hızır Hayreddin Paşa en turc (1466-1546), originaire d’une famille nombreuse grecque, mais qui est parvenu à rentrer dans l’histoire, d’abord en prenant la mer pour gagner sa vie et sortir de la précarité, ensuite en conquérant de larges étendues de l’Afrique du nord notamment en Algérie et en Tunisie (1), à même d'établir une alliance stratégique avec Constantinople, ce qui lui a valu un mausolée au cœur d’Istanbul dans le quartier de Besiktas.

Au passage, il a bien occupé le poste de beylerbey (gouverneur d’Alger) de la régence d’Alger, ensuite le titre de Ghazi (conquérant), sous le règne de Soliman le magnifique, puis sultan de Tunis pour une courte durée, sans compter la résonnance de son nom à travers les ports de la Méditerranée occidentale, des décennies durant.

C’est lui qui a tenu tête au roi espagnol Charles Quint, puis Philippe II au cours de la première moitié du 16e siècle (2).

C’est également lui qui a repoussé une offensive navale du Pape Paul III, menée par l’amiral génois Andrea Doria, pour permettre aux Ottomans de remporter une victoire historique à Préveza, dans le golfe Ambracique, un certain 28 septembre 1538. C'est également lui qui a aidé les Ottomans à étendre leur pouvoir sur la partie occidentale de la Mare Nostrum.

Retour sur un vrai « parcours de combattant ».

Origines

Membre d’une fratrie de 4 marins, Khair-Eddine est né en 1466 à Lesbos, une île grecque située à l’est de la mer Egée, mais plus proche des côtes turques que d’Athènes.

D’une mère chrétienne grecque, Katarina, et d’un père turc Yacup converti à l’islam, Khair-Eddine devait prendre la mer avec ses frères, suite au décès de leur père pour gagner leur vie.

C’est son frère aîné Arudj (Oruç en turc) qui a mis les voiles le premier, en allant chercher l’aventure, entre autres, avant de se faire prisonnier suite à une attaque menée par l’Ordre des Hospitaliers, une organisation issue des Croisades et dont le dernier rempart était l’île de Rhodes, prise par les Ottomans en 1522 (3).

Après deux pénibles années passées en tant qu’esclave, Arudj parvint à s'échapper grâce à l'aide de son frère Khair-Eddine.

Ils s'installèrent sur l’île de Girbé (Djerba), située sur les côtes du sud-est tunisien (dites barbaresques à l’époque, pour désigner les côtes septentrionales du continent africain. Elle sont situées entre l'Égypte et le Maroc ), où ils rejoignirent les rangs des pirates et menèrent des raids assez rentables contre les navires commerciaux chrétiens, notamment espagnols.

Ce fut alors le début d’un combat chronique et houleux entre les Barberousse et les Espagnols, notamment après la prise de la régence d’Alger et de Tunis.

Les deux autres frères Barberousse ne sont pas aussi connus qu'Arudj et Khair-Eddine. Ilyas est mort lors de la même attaque menée par l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Rhodes, suite à laquelle Arudj s'est fait prisonnier. Alors qu'Ishak, resta pendant de longues années à Lesbos pour gérer les affaires de la famille.

Ils avaient aussi deux demi-sœurs de leur mère Katarina, avant son mariage avec Yacup.


De corsaires à la régence d’Alger

Après s’être installé sur l’île de Girbé (Djerba) dès 1502, Arudj avait besoin d’une base plus adaptée à ses ambitions. Il mit alors le cap sur La Goulette, où il ne tarda pas à y faire sa base arrière, moyennant un deal avec le sultan Moulay Abou Abdallah Mohamed de la dynastie des Hafsides.

Ce dernier, mordu lui aussi du pouvoir et d’expansion, avait besoin de protéger ses côtes et ses navires commerciaux, en contrepartie du cinquième (légal et conforme à la chariâ islamique) des prises d’Arudj. A l’époque, Tunis, décrite comme un paradis par les historiens, était aussi prospère que les villes de la rive nord de la Méditerranée.

Les deux frères menèrent des batailles à répétition en mer comme sur les côtes contre les chrétiens qui, à leur tour, ne se privaient pas d'occuper des territoires barbaresques, non sans amasser butins et fortunes, et non sans ambition de reprendre les villes algériennes occupées par des Génois et des Espagnols.

Ce fut d’abord le cas de la ville de Gigel, récupérée des Génois en 1514 à la suite d’un appel au soutien émis par des Kabyles autochtones. Gigel servira, ensuite, de base arrière pour bannir les forces espagnoles de la rive sud de la Méditerranée.

A cette occasion, Khair-Eddine fit des centaines d'esclaves et s’empara d’un butin immense qu’il distribua à tous ceux qui avaient pris part à cette victoire, sans distinction entre les Turcs et les Maures.

Ce sera le début d'une arrivée durable des Ottomans en Afrique du nord avant qu’Alger ne devienne carrément une province ottomane (Sanjaq) au terme de 4 ans de lutte contre l’occupant espagnol (1516-1519). Pendant cette période, les frères Barberousse prennent Alger (1516) et libèrent toutes les villes côtières de l’Algérie, ainsi que l’arrière-pays.

Khair-Eddine est proclamé sultan d’Alger fin 1519, succédant à son frère Arudj, tué lors d’un combat contre les Espagnols à El Malah (4), dans le nord-ouest de l’Algérie (1518).

Confronté à la menace permanente des Espagnols, Khair-Eddine Barberousse était convaincu de la nécessité d’établir une alliance stratégique avec une grande puissance, les Ottomans, surtout avec la perte de certaines positions et le retournement de l’alliance avec les Hafsides de Tunis, devenus, entre-temps alliés de Charles Quint, roi d'Espagne.

Pour les Ottomans, Alger constituait un point stratégique pour régner sur la méditerranée occidentale. L’alliance fut concrétisée en 1521 sous Soliman le magnifique.

En 1534 Khair-Eddine Barberousse envahit Tunis et installe une forte garnison à Kairouan, avec l’intention de conquérir la Sicile, la Sardaigne, la Corse, selon un plan qu’il avait proposé au préalable à Soliman le magnifique.

Mais il n’a pas tardé à être délogé de Tunis, un an plus tard, par Charles Quint, venu reprendre la ville à la tête d’une imposante force de 250 navires de guerre et de 25 mille hommes.

Les Espagnols rétablirent, alors, le roi hafside Muhammad Al Hassan et un trait d’alliance est signé.

Khair-Eddine et ses hommes furent assiégés à la Kasbah avant de parvenir à fuir, mais cela ne changea guère les rapports de force dans la région, car Barberousse parvint à regagner Alger et les Ottomans finirent par reprendre Tunis en 1574 sous le sultan Selim II, contre le roi d’Espagne Philippe II.


La bataille de Préveza

Comme tout guerrier, Khair-Eddine a remporté beaucoup de batailles, mais essuyé plusieurs défaites.

La bataille de Préveza était décisive dans la guerre vénéto-ottomane remportée par Soliman le magnifique (1537-1540). Khair-Eddine Barberousse, alors commandant des forces navales ottomanes devait repousser une offensive de la Sainte Ligue (5).

C’est une force rassemblée par le Pape Paul III. Elle regroupait l’Eglise catholique et ses alliés, les forces de Charles Quint, celles de la République de Venise, celles de la République de Gênes et l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Les forces de Berberousse, en sous-nombre certes, étaient ancrées au Golfe ambracique au nord-ouest de la Grèce et dont Préveza était un passage obligé pour y accéder.

Mais Barberousse avait l’avantage du terrain en position défensive.

La Bataille fut remportée par Barberousse, obligeant l’ennemi à signer un traité de paix humiliant et donnant la suprématie au forces ottomanes en Méditerranée pendant au moins trois décennies(6), soit jusqu’à la bataille de Lépante (1571), bien après la mort de Barberousse en 1546.




Notes :

1- J.M. VENTURE DE PARADIS, traduction de manuscrits arabes, "FONDATION DE LA RÉGENCE D’ALGER, HISTOIRE DES BARBEROUSSE" Chronique arabe du XVIe siècle sur un manuscrit de la Bibliothèque royale (374 pages).

2- Jean-Louis Belanchemi, "Nous les frères Barberousse, Corsaires et rois d'Alger", Fayard 1984 (430 pages).

3- JUAN PABLO SÁNCHEZ, "Barberousse, le redoutable corsaire qui régnait en maître sur la Méditerranée", (https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2019/10/barberousse-le-redoutable-corsaire-qui-regnait-en-maitre-sur-la-mediterranee)

4- https://fr.wikipedia.org/wiki/Khayr_ad-Din_Barberousse

5- https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Pr%C3%A9veza

6- https://boowiki.info/art/guerre-en-1538/bataille-de-preveza.html




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