Bilal Müftüoğlu
14 Octobre 2015•Mise à jour: 14 Octobre 2015
AA - Paris - Bilal Muftuoglu
La justice française a reconnu pour la première fois en Europe le "sexe neutre" d'une personne intersexuée, reconnue jusqu'à maintenant comme un homme et portant un prénom masculin.
Le tribunal de grande instance de Tours a ordonné d'apposer la mention "sexe : neutre" sur l'état civil d'une personne, âgée de 64 ans, et née, selon son médecin, avec un "vagin rudimentaire" et un "micropénis". Dans sa requête, révélée par le quotidien 20 Minutes, cet individu a affirmé que "ses organes génitaux ne correspondent pas à la norme habituelle de l’anatomie masculine ou féminine", et qu'il ne se sent "ni homme ni femme".
"Le sexe qui [lui] a été assigné à sa naissance apparaît comme une pure fiction", a justifié le tribunal dans son jugement, demandant la modification de l'acte de naissance de ce Tourangeux. La décision n'implique pas la reconnaissance d'un "troisième sexe", a nuancé le tribunal, comme c'est le cas en Allemagne, mais de reconnaître "l’impossibilité de rattacher l’intéressé à tel ou tel sexe".
"Les Européens sont encore très peu sensibilisés au vécu douloureux des personnes intersexes et aux violations des droits de l’homme auxquelles ces personnes doivent faire face", avait regretté Nils Muiznieks, commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, dans sa déclaration en mai dernier.
Appelant à reconnaître le statut "intersexué", Muiznieks avait exhorté les pays européens à mettre fin aux "interventions médicales et chirurgicales non nécessaires effectuées sur les personnes intersexes sans leur consentement", et à "respecter le droit de ces personnes à ne pas subir de traitements visant à leur assigner un sexe".