La France « ne participera à aucune ouverture de force du détroit d’Ormuz », affirme Macron

- Lors d’une conférence de presse largement dominée par la situation régionale, Macron a présenté la position française comme « strictement défensive », disant qu’elle vise à protéger les ressortissants et les intérêts français

AA / Istanbul / Wafae El Baghouani

Le président français Emmanuel Macron a affirmé jeudi soir, à l’issue du Conseil européen, que la France ne participera à « aucune ouverture de force du détroit d’Ormuz » dans le contexte actuel des opérations militaires et des bombardements en cours au Moyen-Orient.

Lors d’une conférence de presse largement dominée par la situation régionale, le chef de l’État a présenté la position française comme « strictement défensive », disant qu’elle vise à protéger les ressortissants et les intérêts français, à soutenir les alliés régionaux, à préserver la liberté de navigation et la sécurité maritime, tout en œuvrant à la désescalade.

Moratoire sur les infrastructures civiles

Emmanuel Macron a indiqué avoir appelé, après des échanges avec l’émir du Qatar puis avec le président américain Donald Trump, à la mise en œuvre « sans délai d’un moratoire sur les frappes ciblant les infrastructures civiles, en particulier énergétiques et hydrauliques ».

Selon lui, « les populations civiles, leurs besoins essentiels, ainsi que la sécurité des approvisionnements énergétiques, doivent être préservés de toute escalade ». Il a également exprimé le souhait que « les armes se taisent » afin de permettre une trêve « dans les heures à venir », à l’occasion des célébrations religieuses de l’Aïd et de Norouz.

Pas d’ouverture de force à Ormuz

Sur la question du détroit d’Ormuz, Emmanuel Macron a déclaré que la France était prête, « une fois que la situation serait plus calme », à prendre part avec d’autres nations à un « système d’escorte de navires » dans le détroit.

Il a toutefois insisté sur le fait qu’une telle mission n’aurait « pas vocation à être une action de vive force » et qu’elle devrait faire l’objet d’échanges ainsi que d’une « déconfliction avec l’Iran », en y associant les acteurs du secteur maritime, notamment les transporteurs et les assureurs.

« En revanche, nous ne participerons à aucune ouverture de force du détroit dans le contexte des opérations de guerre et des bombardements en cours », a-t-il martelé.

Une piste onusienne à l’étude

Interrogé sur une possible initiative au Conseil de sécurité des Nations unies concernant Ormuz, le président français a affirmé que Paris menait actuellement des consultations exploratoires avec les principaux partenaires, en particulier les membres permanents du Conseil de sécurité, afin de tester l’opportunité d’un « cadre onusien ».

Il a précisé avoir informé le secrétaire général de l’ONU ainsi que ses homologues européens de cette démarche, tout en soulignant qu’elle n’en était qu’à un stade préliminaire et qu’elle ne dépendait pas de la seule France.

Impact économique et énergie

Emmanuel Macron a refusé de spéculer sur un éventuel risque de récession en Europe, mais a jugé que les frappes contre les capacités de production d’hydrocarbures étaient « mauvaises pour tout le monde », à la fois pour le Qatar et pour l’économie mondiale.

Il a rappelé que le G7 avait coordonné la semaine dernière une réponse commune permettant d’annoncer la libération de 400 millions de barils issus des réserves stratégiques.

Le président français a également plaidé pour des mesures d’urgence ciblées afin d’atténuer les effets de la hausse des prix de l’énergie, tout en affirmant que la réduction de la dépendance aux énergies fossiles et la décarbonation restaient, selon lui, la bonne stratégie à long terme.

Liban : soutien à la souveraineté et rejet d’un “plan français”

Au sujet du Liban, Emmanuel Macron a appelé à « la cessation immédiate des hostilités » et réaffirmé le soutien de Paris au peuple libanais, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du pays.

Il a par ailleurs démenti l’existence d’une proposition française conditionnant à terme une reconnaissance d’Israël par le Liban, assurant qu’il n’y avait « absolument pas de proposition française » mettant « dans la balance une reconnaissance quelle qu’elle soit ».

Il a expliqué que la France menait un travail de soutien au gouvernement libanais pour l’aider à structurer une solution et à favoriser d’éventuelles discussions directes avec Israël, en coordination avec les États-Unis.

Dans ce cadre, Emmanuel Macron a estimé que l’opération militaire terrestre israélienne au Liban ainsi que les bombardements n’étaient « pas adaptées » et même « inacceptables » au regard du droit international comme des intérêts du Liban et de la sécurité durable d’Israël.

Gaza et Cisjordanie

Le président français a aussi évoqué la situation « dramatique » à Gaza, en présence du secrétaire général des Nations unies, appelant à la reprise « sans entrave » de l’acheminement de l’aide humanitaire.

Il a également indiqué que plusieurs dirigeants européens avaient condamné les démarches en cours du gouvernement israélien en Cisjordanie.

Ukraine : pas de “plan B”

Emmanuel Macron a assuré que la crise au Moyen-Orient ne détournait pas les Européens de leur soutien à l’Ukraine.

Il a insisté sur la nécessité de mettre en œuvre « sans délai » le prêt de 90 milliards d’euros décidé par le Conseil européen en décembre dernier, affirmant qu’« il n’y a pas de plan B » car « le plan A doit être honoré », au nom de la crédibilité même du Conseil européen.

Il a également accusé la Russie d’avoir systématiquement rejeté les initiatives diplomatiques lancées depuis 2025, estimant que Moscou disait « toujours non » aux propositions de cessez-le-feu et de paix.

Réagissant aux déclarations de responsables russes, le président français a dit ne pas vouloir « participer au folklore » en commentant des propos qu’il a qualifiés de « farfelus ».

Il a toutefois affirmé que le constat dressé par le ministre français des Affaires étrangères sur les alliés de la Russie relevait, selon lui, d’un « élément de fait », ajoutant qu’« il ne fait pas bon être protégé par la Russie ».

Compétitivité et “préférence européenne”

Au-delà des crises géopolitiques, Emmanuel Macron a indiqué que le Conseil européen avait adopté plusieurs orientations sur la compétitivité, avec un agenda allant jusqu’à fin 2026.

Selon lui, cette stratégie repose sur quatre axes : la simplification de la réglementation et l’approfondissement du marché intérieur, la diversification des partenariats internationaux, la protection de la production européenne dans les secteurs stratégiques, et le renforcement de l’investissement dans l’innovation.

Le chef de l’État a notamment défendu une « préférence européenne » et le « Made in Europe », évoquant de futures obligations de contenus européens dans des secteurs comme l’acier, l’aluminium, l’automobile, le ciment ou les technologies vertes, ainsi qu’un soutien accru à des segments jugés stratégiques comme le spatial, le cloud, l’intelligence artificielle et le quantique.

Numérique : mineurs et ingérences

Emmanuel Macron a enfin mis en avant deux initiatives françaises au niveau européen dans le domaine du numérique.

La première concerne la protection des mineurs sur les réseaux sociaux, avec une majorité numérique fixée à 15 ans dans le cadre d’une loi française qu’il espère voir entrer en vigueur au 1er septembre.

La seconde porte sur la lutte contre les ingérences étrangères et les manipulations de l’information sur les plateformes, avec pour objectifs un meilleur encadrement des systèmes algorithmiques, la suppression des faux comptes, la lutte contre les contenus inauthentiques et l’identification effective des contenus générés par intelligence artificielle.

L’escalade régionale s’est intensifiée depuis les frappes menées dans le cadre du conflit opposant Israël, les États-Unis et l’Iran, avec des répercussions sécuritaires et énergétiques dans l’ensemble du Moyen-Orient. Les inquiétudes se concentrent notamment sur les attaques visant les infrastructures énergétiques, sur les risques pesant sur la navigation maritime dans le détroit d’Ormuz — passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures — ainsi que sur leurs conséquences pour les marchés internationaux et la sécurité régionale.