Serap Dogansoy
22 Juillet 2026•Mise à jour: 22 Juillet 2026
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
La ministre française de la Transition écologique Monique Barbut a annoncé mercredi sa démission dans une lettre publiée sur son compte LinkedIn, estimant que les « conditions » de son maintien au gouvernement « n'étaient plus réunies » et qu'elle ne disposait « plus des moyens » de poursuivre son action en faveur de l'environnement.
Elle indique avoir informé le Premier ministre Sébastien Lecornu de sa décision mardi et précise qu'elle remet sa démission au président de la République Emmanuel Macron ce mercredi.
Une rupture sur le projet de loi agricole
Dans sa lettre, la ministre explique que sa décision fait suite au rétablissement au Sénat d'une disposition autorisant de nouveau l'acétamipride, un pesticide interdit en France depuis 2016, dans le cadre de l'examen du projet de loi agricole.
Elle affirme qu'un compromis avait été trouvé avec la ministre de l'Agriculture autour d'un texte conciliant les attentes du monde agricole et les objectifs environnementaux, avant que cet équilibre ne soit, selon elle, remis en cause lors du débat parlementaire.
La ministre indique avoir été assurée que la réintroduction de ce pesticide mettrait fin au parcours du texte, mais estime que le gouvernement a finalement empêché le débat sur la suppression de cette disposition. Elle qualifie ce revirement de « recul environnemental de trop », tant sur le fond que sur la méthode.
Elle rappelle que l'interdiction de l'acétamipride avait été décidée au nom du principe de précaution sur la base des avis scientifiques disponibles, notamment de l'Anses, et juge que les travaux publiés depuis continuent d'alimenter les interrogations sur ses effets pour la santé humaine et l'environnement.
« Les moyens » d'agir ne sont plus réunis
La ministre explique avoir accepté d'entrer au gouvernement avec l'objectif de faire progresser les politiques environnementales « sans effet d'annonce » et de limiter certains reculs.
Elle estime toutefois que les « forces » opposées à cette ambition sont désormais devenues « si puissantes » qu'elle ne peut plus mener à bien cette mission.
Au cours de ses neuf mois au gouvernement, elle dit avoir défendu la protection des forêts, de l'eau, de l'air, des sols et de la biodiversité.
Un bilan revendiqué
La ministre met en avant plusieurs mesures engagées durant son mandat, parmi lesquelles le renforcement de l'ambition climatique européenne, les travaux du G7 Environnement, la consolidation du Fonds vert à un milliard d'euros, l'interdiction des PFAS dans les textiles, l'adoption de la loi contre l'ultra fast fashion, le déploiement de l'affichage environnemental, la mobilisation des entreprises en faveur de la biodiversité et des sols, la trajectoire nationale d'adaptation au changement climatique, la poursuite de la stratégie nationale bas carbone, le plan d'électrification, le soutien aux forêts, y compris en Outre-mer, la stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat, l'interdiction de nouveaux projets d'exploitation d'hydrocarbures, la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, la protection de nouvelles espèces d'oiseaux et la création d'une direction générale de l'environnement.
Elle affirme que chacune de ces avancées a nécessité des arbitrages difficiles face à la priorité accordée, selon elle, aux urgences immédiates.
Contexte politique
La ministre estime que les concessions déjà accordées sur la protection du loup, la politique de l'eau ou encore les installations classées avaient déjà fragilisé l'équilibre recherché entre impératifs agricoles et environnementaux.
Elle considère que les conséquences du changement climatique continueront de s'imposer au-delà des décisions politiques et affirme vouloir poursuivre son engagement en dehors du gouvernement.
En conclusion, elle remercie le président de la République pour sa confiance ainsi que les agents de son ministère, les scientifiques, les agriculteurs, les élus locaux, les représentants de la société civile et l'ensemble des acteurs ayant participé à son action.