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France : de l’instauration du code noir à l’abolition de l’esclavage, des siècles de barbarie

Ekip   | 10.05.2022
France : de l’instauration du code noir à l’abolition de l’esclavage, des siècles de barbarie

France

AA / Nice / Feïza Ben Mohamed

Ce mardi 10 mai marque en France la « journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition » en vertu de la loi Taubira, adoptée en 2001.

Ce texte législatif éminemment important, voté sous Jacques Chirac, reconnaît notamment dans son article 1er, « que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité ».

Si aujourd’hui, partout en France, des cérémonies sont organisées par les autorités pour commémorer la fin de l’esclavage, le devoir de mémoire reste nécessaire afin de transmettre aux jeunes générations les éléments historiques qui ont conduit à cette barbarie, et c'est ce qui a permis à la France d’y mettre fin.

- Esclavage et traite négrière: des siècles de violences

L’esclavage, pratiqué des siècles durant par de nombreuses sociétés, pouvait revêtir deux aspects: domestique et commerciale.

Ceux qui se livraient donc à de telles pratiques réduisaient ainsi d’autres êtres humains en esclavage en en faisant des domestiques, mais également par un usage commercial qui leur permettait de créer des richesses marchandes destinées à s’enrichir.

La traite négrière, elle, revêt un tout autre aspect. Il s’agit de « l’enlèvement et le commerce des Noirs d’Afrique, suivi de leur déportation vers des destinations où ces hommes, femmes et enfants sont réduits en esclavage » comme le souligne le mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes, sur son portail en ligne.

Cette même source rappelle qu’il existe trois types de traites négrières: la traite intérieure africaine qui « a fourni des domestiques, porteurs, ouvriers agricoles », la traite musulmane qui s’est opérée du VIIème au XXème siècle « à destination de la péninsule arabique et la traite transsaharienne à destination de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient », et la traite atlantique organisée par les Européens à destination notamment de l’Amérique.

Si le nombre de victimes de la traite intérieure africaine n’est pas établi avec certitude, la traite musulmane et la traite atlantique auraient fait jusqu’à 12 millions de victimes chacune.

- En France, le code noir, trace indélébile d’un racisme à son paroxysme

En juin 2020, la France a été le théâtre de nombreuses manifestations contre les violences policières. Les militants qui dénoncent ces pratiques, pointent régulièrement le fait que ces violences, visent historiquement les populations non-blanches et donc issues de l’immigration.

Dans leurs revendications, nombre d’entre eux ont réclamé le retrait de plusieurs statues représentant des personnalités politiques françaises avec dans leur viseur la statue de Colbert, qui jouxte l’Assemblée Nationale.

Et pour cause, Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, est l’auteur du « code noir », promulgué en 1685, et qui fait notamment des esclaves, « des êtres meubles », via son article 44.

« L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lys sur une épaule ; s'il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule ; et, la troisième fois, il sera puni de mort » établit même l’article 38 de ce code qui légitime noir sur blanc, le châtiment corporel des esclaves.

- 1848 : l’abolition de l’esclavage

« La première abolition de l'esclavage par la France date du 4 février 1794. Pour la première fois dans l'histoire, fut proclamée par la Convention nationale, l'abolition de l'esclavage, près de quatre ans après l'adoption par l'Assemblée de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen », mais celle-ci, « appliquée dans toutes les colonies françaises, sauf à l'île Bourbon et aux Mascareignes, fut révoquée en 1802 », note l’Assemblée Nationale, dans un article consacré aux événements.

Le décret d’abolition définitive, publié le 27 avril 1848 établit que « l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine ; [...] en détruisant le libre arbitre de l'homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir ; [...] il est une violation flagrante du dogme républicain : Liberté, Égalité, Fraternité ».

Le texte interdit formellement « tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres » et établit que « le sol de France affranchit tout esclave qui le touche ».

À noter que « le principal instigateur de cette mesure, Victor Schoelcher, est élu représentant du peuple à la Guadeloupe et à la Martinique ».

« Optant pour la Martinique, il fait ainsi entrer à l'Assemblée nationale constituante son colistier guadeloupéen Louisy Mathieu, un ancien esclave, ouvrier typographe dans une imprimerie de Pointe-à-Pitre, âgé de trente et un ans, ayant pour suppléant Henri Wallon », note également le Palais Bourbon sur son site internet.

- Mémoriel et gestes d’apaisement

Depuis l’instauration de la loi Taubira qui fait de l’esclavage un crime contre l’humanité, la date du 10 mai marque une journée de commémoration.

En 2021, le président Emmanuel Macron a été très critiqué pour la manière dont il a commémoré les événements.

Présent dans le jardin du Luxembourg pour la cérémonie officielle, le chef de l’Etat ne s’est pas exprimé sur le sujet.

« Un silence peut être solennel. Ceci étant, il est quand même édifiant que le président de la République n'a rien trouvé à dire sur plus de deux siècles de l'Histoire de la France » s’est étonnée Christiane Taubira, qui assistait à la commémoration et citée par France Télévisions.

Et l’ancienne garde des sceaux de noter: « il y a cinq jours, il faisait des gammes sur Napoléon Bonaparte. Donc, on a le droit d’avoir les fascinations qu’on veut, ceci étant, même quand on a le culte des héros, c’est une époque qui ne manque pas de figures héroïques ».

Pour autant, dans son discours du 10 mai 2019, il dénonçait « l'horreur de l'esclavage » avant de saluer « l'honneur de la résistance » contre la traite « et le bonheur enfin de l'émancipation ».

« C'est une histoire française. Une histoire universelle », avait-il déclaré avant de promettre « un monument au cœur de Paris, un musée au rayonnement renforcé » qui devrait voir le jour au jardin des tuileries.

Parallèlement à cette question de l’esclavage, il est important de noter qu’Emmanuel Macron a multiplié, ces trois dernières années, les gestes mémoriels notamment à destination de l’Algérie pour assumer son passé.

Il a néanmoins été très clair sur la questions des monuments et des statues de personnalités liées à l’esclavage.

Aucune d’entre elles ne sera « déboulonnée » et l’histoire de France « ne sera pas effacée ».

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