Ümit Dönmez
21 Février 2025•Mise à jour: 22 Février 2025
AA / Paris / Ümit Dönmez
François Bayrou a décrit ce vendredi un moment de rupture dans l’histoire contemporaine. « Tout bascule », a-t-il déclaré à la sortie du ministère du Travail, évoquant un contexte international où « les pires menaces deviennent possibles ».
Interrogé sur la possibilité d’une augmentation drastique des dépenses militaires françaises, le Premier ministre français a insisté sur la gravité de la situation : « On se croyait dans un univers en sécurité. Et tout d'un coup, on est dans un univers où les pires menaces deviennent possibles. » Il a souligné que cette prise de conscience n’était pas uniquement française, mais européenne : « Ce qui était inimaginable jusqu’à hier n’est plus inimaginable. »
L’un des enjeux majeurs, selon lui, réside dans la capacité des États européens à assumer une responsabilité longtemps déléguée aux États-Unis : « L’Europe se voyait protégée par les États-Unis pour toujours. Elle imaginait que l’alliance était fiable. Et aujourd’hui, il y a beaucoup d’interrogations, parce qu’on s’aperçoit tout d’un coup que ce qu’on croyait le plus sûr ne l’est plus. ».
Face à cette incertitude, Bayrou a estimé que la réponse ne pourra être que collective : « Ce n’est pas la France toute seule. Pour moi, c’est une question qui se pose à l’échelle européenne. ». Une réflexion inédite s’ouvre, selon lui, sur la manière dont l’Europe pourra faire face à ces nouvelles menaces. « Ça veut dire qu’on va avoir à se poser des questions inédites sur lesquelles, jusqu’à maintenant, jamais on n’avait réfléchi », a-t-il ajouté.
Ce basculement, qu’il qualifie de « terrifiant », place les gouvernements face à une responsabilité lourde. « Ça donne d'autant plus la responsabilité d'un gouvernement qui est à la charge d'un pays comme la France dans un moment aussi grave », a-t-il conclu.
Cette déclaration intervient dans un contexte où le président américain, Donald Trump, a récemment exprimé des positions controversées concernant l'OTAN et l'Ukraine. En décembre dernier, Trump a déclaré qu'il envisagerait le retrait des États-Unis de l'OTAN si les pays membres ne « payaient pas leurs factures ».
De plus, il a suggéré que les alliés européens augmentent leurs dépenses de défense à 5 % du PIB, bien au-delà de l'objectif actuel de 2 %.
Ces prises de position ont semé le doute quant à l'engagement des États-Unis envers la sécurité européenne, obligeant les nations du continent à reconsidérer leur propre posture défensive. L'approche bilatérale de Trump dans les négociations avec la Russie, notamment concernant l'Ukraine, a également suscité des inquiétudes quant à la stabilité et à l'unité de l'alliance transatlantique.
Cette déclaration du Premier ministre français intervient alors que le Président Emmanuel Macron multiplie les consultations politiques et diplomatiques sur le conflit russo-ukrainien. Plus tôt ce jeudi, Emmanuel Macron a réuni les chefs des partis politiques français à l’Élysée pour discuter des enjeux sécuritaires et des implications du conflit pour la France et l’Europe.
Dans un contexte international tendu, marqué par des débats sur l’engagement occidental en Ukraine, les récentes déclarations du Président américain Donald Trump ont semé l’inquiétude en Europe. Qualifiant le président ukrainien Volodymyr Zelensky de « dictateur », Trump a également suggéré que le soutien américain à l’Ukraine pourrait être revu à la baisse, ce qui a provoqué une réaction quasi unanime des dirigeants européens.
Face à ces préoccupations, Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer ont réaffirmé leur soutien à Kiev et appelé à des garanties de sécurité renforcées pour l’Europe. Selon des sources diplomatiques, les deux dirigeants se rendront à Washington la semaine prochaine pour des discussions avec Donald Trump, visant à clarifier la position des États-Unis et à coordonner les efforts internationaux pour une sortie de crise.