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Annulation de l’achat des sous-marins français par l’Australie : Vers une crise entre Paris et Washington ?

- La diplomatie française fustige « un coup dans le dos »

Fatma Bendhaou   | 17.09.2021
Annulation de l’achat des sous-marins français par l’Australie : Vers une crise entre Paris et Washington ?

France

AA/Nice/Feïza Ben Mohamed

Ce qui devait être « le contrat du siècle », à savoir la vente de 12 sous-marins à l’Australie, pour un montant évalué à 56 milliards d’euros, tourne au fiasco côté français.

Depuis l’annonce de son annulation, par le Premier ministre australien Scott Morrison au cours d’une visioconférence présidée depuis la Maison Blanche par Joe Biden, la France ne décolère pas.

Le Chef du gouvernement australien a, en effet, fait savoir que Canberra préfère conclure un nouveau contrat pour « une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire » avec les États-Unis et abandonner celui auquel elle s’était engagée avec la France.

Il n’en fallait pas moins pour que la diplomatie française fustige « un coup dans le dos ».

Interrogé ce jeudi matin par France Info, le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a estimé qu’il s’agissait d’une « décision unilatérale, brutale, imprévisible » qui « ressemble beaucoup à ce que faisait Mr Trump ».

« On apprend brutalement, par une déclaration du Président Biden, que le contrat qui était passé entre les Australiens et la France s'arrête, et que les États-Unis vont proposer aux Australiens une offre nucléaire dont on ne connaît pas le contenu », a poursuivi le ministre.

« Nous avions établi avec l'Australie une relation de confiance, cette confiance est trahie » a par ailleurs déclaré le patron du Quai d’Orsay, qui reconnaît ressentir « beaucoup d'amertume sur cette rupture ».

Il promet néanmoins que « ce n'est pas fini » et qu’il « va bien falloir des clarifications » car « des contrats » ont été signés et « il faut que les Australiens disent comment ils en sortent ».

Par le biais d’un communiqué commun, signé conjointement par Jean-Yves Le Drian et la ministre des armées Florence Parly, la France fustige « une décision contraire à la lettre et à l’esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l’Australie, fondée sur une relation de confiance politique comme sur le développement d’une base industrielle et technologique de défense de très haut niveau en Australie ».

Les deux ministres affirment que le « choix américain qui conduit à écarter un allié et un partenaire européen comme la France d’un partenariat structurant avec l’Australie, au moment où nous faisons face à des défis sans précédent dans la région Indopacifique, que ce soit sur nos valeurs ou sur le respect d’un multilatéralisme fondé sur la règle de droit, marque une absence de cohérence que la France ne peut que constater et regretter ».

-"Décision difficile à avaler"

Dans une analyse détaillée de la situation, le directeur adjoint de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), Jean-Pierre Maulny, estime que « cette décision est particulièrement brutale et difficile à avaler pour les Français qui en ont été écartés sans même avoir été prévenus ».

« Or nous sommes alliés des Américains et des Britanniques au sein de l’OTAN et nous avions conclu un partenariat stratégique avec l’Australie accompagnant ce contrat de sous-marins, accord qui a été rompu » poursuit le spécialiste français en géopolitique, dans une publication sur le site de l’IRIS.

Selon lui, cet épisode « montre une nouvelle fois, après l’épisode afghan, que lorsque les Américains considèrent que leurs intérêts de sécurité ne recouvrent pas exactement ceux des Européens », ils « agissent désormais seuls ».

Faisant échos aux déclarations de Jean-Yves Le Drian, qui accusait Joe Biden d’utiliser les mêmes méthodes que Donald Trump, Jean-Pierre Maulny assure que « l’unilatéralisme n’est plus le seul apanage des Républicains comme on pouvait le penser sous Georges Bush Jr ou sous Donald Trump » et que « cette méthode est devenue une des clés de l’action des États-Unis aujourd’hui ».

-Coup dur pour les atlantistes

Un avis partagé par le directeur de l’IRIS, Pascal Boniface, qui affirme à l'Agence Anadolu que « pour tous les atlantistes qui pensaient que le retour de Biden allait faire revenir les USA à une politique multilatérale et de coopération avec les alliés, c’est un peu dur ».

Les réactions d’indignation se sont multipliées tout au long de la journée, de la part notamment du Sénat comme de la part de Naval Group.

La commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat affirme que « les conséquences de cette décision seront nombreuses et graves », qu’il s’agisse de « l’image de la France, qui essuie un camouflet brutal qui témoigne de la considération que lui porte le Gouvernement australien actuel », ou encore « pour la cohésion entre alliés occidentaux ».

À noter que ce contrat tentaculaire avait été négocié par Jean-Yves Le Drian, entre 2014 et 2016, alors qu’il était ministre de La Défense sous le quinquennat de François Hollande.

Sa rupture, vécue comme un véritable coup de poignard par Paris, pourrait durablement affecter les relations entre la France et son allié américain avec qui il doit coopérer sur de nombreux autres dossiers notamment en matière de lutte contre le terrorisme.

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