AA / Istanbul / Serap Dogansoy
L’économie française a renoué avec une croissance modérée au deuxième trimestre 2026, principalement soutenue par les exportations, tandis que la faiblesse persistante des investissements continue de peser sur les perspectives d’activité.
Le produit intérieur brut (PIB), qui mesure la richesse créée dans le pays, a progressé de 0,2 % entre avril et juin, après un recul de 0,1 % au premier trimestre, a annoncé jeudi l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
À la fin du premier semestre, l’« acquis de croissance » pour 2026 s’établit à 0,5 %. Cet indicateur correspond à la croissance annuelle qui serait obtenue si l’activité restait stable durant les deux derniers trimestres.
Le gouvernement français prévoit une progression du PIB de 0,7 % sur l’ensemble de l’année, après avoir abaissé début juillet sa précédente estimation de 0,9 %.
Interrogé jeudi sur France Inter après la publication des données de l’Insee, le ministre français de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a qualifié la croissance enregistrée au deuxième trimestre de « bonne nouvelle ».
« Ça prouve que face à des vents contraires, l’économie française a résisté », a-t-il déclaré.
Le ministre a notamment mis en avant le redressement de la consommation automobile.
« Quand vous regardez la composition de la croissance, la consommation des ménages, notamment d’automobiles, a rebondi. On a moins consommé d’essence, mais acheté plus de véhicules, notamment électriques », a-t-il souligné.
Roland Lescure a également défendu les mesures gouvernementales en faveur de l’électrification du parc automobile. « Ça fait des mois, des années qu’on aide les véhicules électriques en France, produits en France, en Europe. Aujourd’hui, on vend plus de véhicules électriques que jamais », a-t-il ajouté.
Le ministre a enfin estimé que les résultats du deuxième trimestre confortent l’objectif gouvernemental d’une croissance annuelle de 0,7 %. « Ça nous conforte dans cette prévision. Elle est parfaitement cohérente », a-t-il affirmé.
Le commerce extérieur a apporté 0,6 point à la croissance, après l’avoir réduite de 0,8 point au premier trimestre. Les exportations ont rebondi de 2,6 %, contre une progression de 0,8 % des importations.
Cette amélioration est principalement liée aux ventes à l’étranger de matériels de transport, en hausse de 20,1 %. Les exportations dans l’aéronautique et le naval ont notamment bondi de 33,6 %, après leur forte baisse du trimestre précédent. Les ventes de biens d’équipement et de services ont également progressé, tandis que les exportations agroalimentaires ont reculé.
La contribution du commerce extérieur a toutefois été compensée par la baisse des stocks des entreprises, qui a retiré 0,6 point à la croissance.
La consommation des ménages a progressé de 0,2 %, après une baisse de 0,3 % au premier trimestre. Cette reprise reste limitée et masque des évolutions contrastées.
Les dépenses consacrées aux biens ont légèrement diminué sur l’ensemble du trimestre, notamment dans l’alimentation et les produits pétroliers. Les températures élevées d’avril ont également réduit les besoins énergétiques, malgré l’augmentation de la consommation d’électricité pendant la canicule de juin.
Les achats de voitures ont, en revanche, augmenté. La consommation de services a également progressé, soutenue par les services aux ménages et le léger redressement de l’hébergement-restauration.
En juin, les dépenses en biens ont augmenté de 0,4 % sur un mois, mais seulement de 0,1 % sur un an.
La confiance des ménages a parallèlement progressé de deux points en juillet, à 86. Elle reste néanmoins nettement inférieure à sa moyenne de longue période, fixée à 100, signe d’une prudence persistante face aux perspectives économiques.
Le taux d’épargne atteignait encore 17,9 % du revenu disponible des ménages au premier trimestre. Les données sur le revenu, le pouvoir d’achat et l’épargne au deuxième trimestre seront publiées le 28 août.
L’investissement total, désigné dans les statistiques par le terme de « formation brute de capital fixe », a diminué de 0,3 % au deuxième trimestre, après un recul de 0,8 % au premier.
La baisse concerne principalement la construction, pénalisée par l’augmentation des coûts et la faiblesse du génie civil. Les investissements dans les biens d’équipement, les services aux entreprises et l’immobilier ont également diminué.
L’investissement des ménages, essentiellement lié au logement, a reculé de 0,6 %, tandis que celui des administrations publiques a baissé de 1 %. Celui des entreprises non financières a toutefois légèrement progressé de 0,1 %, soutenu notamment par l’information-communication et les matériels de transport.
L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) anticipe une hausse de 0,7 % de l’investissement des entreprises en 2026, principalement concentrée sur la fin de l’année, puis de 0,8 % en 2027. Les coûts de financement et les incertitudes économiques et géopolitiques continueraient toutefois de freiner cette reprise.
La production totale de biens et de services a progressé de 0,3 % au deuxième trimestre.
Les services marchands ont augmenté de 0,6 %, portés notamment par les transports, l’information-communication et les services aux entreprises.
La production manufacturière n’a progressé que de 0,1 %, malgré le dynamisme de l’aéronautique.
L’automobile a, à l’inverse, reculé pour le quatrième trimestre consécutif.
La construction et l’agriculture ont également enregistré une baisse de leur activité.
L’enquête menée début juillet par la Banque de France auprès d’environ 8 500 entreprises fait état d’une amélioration de l’activité en juin dans l’industrie, les services et le bâtiment.
Les technologies, la défense et l’aéronautique ont constitué les principaux soutiens à la production.
Les entreprises interrogées par la Banque de France anticipent néanmoins une progression plus modérée de l’activité en juillet. Celle-ci resterait faible dans le bâtiment, secteur confronté au recul de la construction de logements et de la demande publique.
Cette reprise intervient dans un contexte de finances publiques dégradées.
La dette française a atteint 117,6 % du PIB à la fin du premier trimestre, soit une hausse de 1,9 point en trois mois et de quatre points sur un an, d’après Eurostat.
La France présente le troisième ratio d’endettement le plus élevé de l’Union européenne, derrière la Grèce et l’Italie, alors que la moyenne de la zone euro s’établit à 88,9 %.
Le déficit public, qui correspond à l’écart entre les dépenses et les recettes des administrations, a représenté 5,1 % du PIB en 2025, contre 5,8 % en 2024. Il reste supérieur au plafond européen de 3 %.
Les recettes publiques ont progressé de 3,9 % en 2025, mais les recettes de TVA n’ont augmenté que de 0,5 %, dans un contexte de faible consommation.
Le gouvernement a par ailleurs identifié en juillet trois milliards d’euros de risques supplémentaires de dépassement des dépenses, dont deux milliards pour l’État et un milliard pour l’Assurance maladie.
Les principales institutions anticipent une croissance modérée en France.
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Fonds monétaire international (FMI) prévoient une progression de 0,7 % en 2026.
La Commission européenne table sur 0,8 %, tandis que la Banque de France évalue la croissance à environ 0,5 % dans ses projections de juin.
Les tensions géopolitiques, les prix de l’énergie, les coûts de financement et l’assainissement des finances publiques constituent les principaux risques.
Les commandes dans l’aéronautique et la défense pourraient continuer à soutenir les exportations, mais la solidité de la reprise dépendra également d’un redressement plus durable de la consommation et des investissements.
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