Monde, Journal de l'Islamophobie

Les mosquées s’installent définitivement dans le paysage français

Fatma Bendhaou   | 02.12.2021
Les mosquées s’installent définitivement dans le paysage français

France


AA/Paris/Fatih KARAKAYA

« Islam de France » ou « Islam en France » les polémiques ne cessent de s’amplifier pour désigner la pratique de l’Islam et la place des musulmans en France.

En plus du qualificatif à donner à l'Islam, les mosquées cristallisent également la société française. Arguant que cette société est de racine judéo-chrétienne, pour certaines personnes, les mosquées ne font pas partie du paysage français.

Contrairement à ce que l’on peut croire la Grande mosquée de Paris n’est pas la première mosquée de France.


En effet, selon l’historien et arabisant Jean-Pierre Filiu, « une mosquée y est installée en 1916 et opèrera durant les trois années suivantes, sous l’autorité d’aumôniers musulmans de l’armée. Elle se trouve à l’hôpital, dédiée aux blessés de la Guerre, ouverte dès 1914 dans l’enceinte du « jardin colonial » de Nogent-sur-Marne, en bordure orientale du bois de Vincennes ».

Toujours selon l’historien, « le projet de La Grande mosquée de Paris a été lancé par le gouvernement français, en dérogation de la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, pour rendre hommage aux dizaines de milliers de soldats musulmans tombés durant le premier conflit mondial. C’est le maréchal Lyautey, ministre de la Guerre en 1916-17, qui en pose la première pierre en 1922. La Grande mosquée de Paris est inaugurée, quatre années plus tard, en présence du président de la République, Gaston Doumergue, et du sultan du Maroc, Moulay Youssef ».


- Combien de mosquées en France ?

A l’heure actuelle, il n’existe pas un registre officiel sur le nombre de mosquées en France. Néanmoins, les médias, se basant sur des chiffres de la Grande Mosquée de Paris et du ministère de l’Intérieur, estiment le nombre à environ 2400 à 2500 lieux de culte en France métropolitaine.

Ces chiffres incluent aussi bien les grandes mosquées que les salles de prière. D’ailleurs d’après le décompte du site « Trouves ta mosquée », seulement moins d’une centaine d’elles mesure plus de 1 000 m2 et une trentaine seulement sont coiffées d’un minaret.

Mais ces dernières années des projets de mosquée, dignes de ce nom, se multiplient en élevant le rang des musulmans de « l’Islam de cave » vers des vraies mosquées polyvalentes capables d’accueillir des milliers de personnes.

En effet, même si la construction de la Grande Mosquée de Paris fut un évènement historique pour les musulmans de France, par la suite les fidèles devaient se contenter des caves ou des appartements mis à disposition par des bailleurs sociaux.

Ainsi, la plus grande deuxième religion de France devait se contenter d’être invisible et de se faire discret.


- Réclamations des mosquées

Arrivée un peu plus tard dans l’Hexagone, la communauté turque de France a été la plus active en termes de construction de « vraies » mosquées. Installée essentiellement en région Ile de France, Rhône-Alpes et l’Est cette communauté a mis en place des associations cultuelles. C’était d’ailleurs le cas de la communauté turque de Strasbourg qui gérait une mosquée dans le quartier de l’Esplanade.

Comme l’explique, Eyup Sahin, président de la Confédération Islamique du Milli Görüş Région Grand Est (CIMG) au correspondant de l'Agence Anadolu, « les fidèles ont prié à la mosquée Fatih mise à disposition à l’époque par le maire Pierre Pflimlin ». Mais face au nombre grandissant de fidèles, « le lieu ne suffisait plus et des prières de rue étaient inévitables ».

Ainsi, pour protester contre la situation, les fidèles avaient organisé en 1992, une prière de rue devant l’Hôtel de ville.

« C’est alors la maire de l’époque, Madame Catherine Trautmann qui a autorisé en 1996 l’acquisition d’un hangar dans le quartier de la Meinau », explique encore le président qui cumule également le mandat du président de la mosquée Eyyub Sultan.


- Projet de nouvelle mosquée

Après plus de 20 ans de service, le hangar a été démoli pour laisser place à un nouveau projet de mosquée. Celle-ci sera d’ailleurs la plus grande d’Europe après celle de Cologne.

« Comme le nouveau bâtiment ne suffisait plus, nous avons eu besoin de construire cette nouvelle mosquée », note le président.

En effet, après des années d’images d’un bâtiment qui ressemble plus à une usine qu’un lieu de culte, la direction a démoli ce bâtiment pour poser la première pierre de construction en 2017.

« Ce nouvel édifice devrait pouvoir accueillir environ 2000 personnes et peut aller jusqu’à 5000 en cas d’utilisation de la cour extérieure », précise encore Eyup Sahin.

Le projet qui coûtera environ « 32 millions d’euros intégrera également une association humanitaire, des écoles et des activités sportives et culturelles ».


- Définitivement dans le paysage français

Tant par sa taille que par ses activités, la nouvelle mosquée a énormément suscité de polémiques en France notamment lorsque l’association gestionnaire avait sollicité une subvention de 2,5 millions d’euros à la mairie de Strasbourg.

Le ministre de l’Intérieur avait alors saisi le tribunal pour empêcher l’attribution des fonds. Dans le but d’apaiser les tensions, la mosquée avait donc retiré sa demande de subvention.

Pourtant, face aux tollés suscités par l’attitude du gouvernement, la mosquée Eyyub Sultan avait reçu beaucoup plus de dons qu’habituellement permettant ainsi la reprise du chantier.

Aujourd’hui, les deux minarets sont visibles et les gros œuvres sont presque terminés. Après la Grande mosquée de Strasbourg inaugurée par Manuel Valls en 2012, la mosquée Eyyup Sultan permettra aussi l’installation définitive des mosquées dans le paysage français.


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