Serap Doğansoy
25 Juillet 2026•Mise à jour: 25 Juillet 2026
L’incendie qui progresse en Gironde a parcouru 32.700 hectares et détruit environ 140 maisons, selon un bilan provisoire communiqué samedi par la préfète Sophie Brocas, qui a exclu tout retour des habitants évacués à ce stade.
« Aujourd’hui, l’événement reste sévère et nous maintenons notre souhait d’évacuation. Il ne faut pas que les gens retournent chez eux », a-t-elle déclaré lors d’un point presse.
Le bilan des surfaces brûlées a été révisé à la baisse après de nouvelles reconnaissances au sol. Une première estimation aérienne faisait état de 40.000 hectares.
Une accalmie a été constatée avec la baisse des températures et la hausse de l’humidité.
« La menace reste très sérieuse. Il ne faut pas relâcher la vigilance », a toutefois averti la préfète.
Le feu demeure puissant dans un massif confronté à une sécheresse exceptionnelle, tandis que les vents changeants peuvent réactiver certains foyers. « Nous ne sommes que fin juillet et nous avons déjà battu les records de sécheresse de 2022 ou de 1976 », a-t-elle souligné.
Les pluies observées localement samedi n’ont pas atteint la zone incendiée. « Il faut se méfier de ces épisodes de pluie dont on se dit :
“Nous voilà sauvés”, parce qu’il n’a pas plu sur le feu », a ajouté Sophie Brocas.
Des moyens presque doublés
Les effectifs engagés ont été portés de 750 à 1.400 pompiers, appuyés par 18 moyens aériens. Quelque 1.700 membres des forces de sécurité intérieure et 500 militaires sont également mobilisés, un nombre qui doit atteindre 1.000.
Des entreprises du BTP et le régiment du génie ont mené des travaux de terrassement afin de créer des pare-feux autour de plusieurs sites sensibles, notamment aux abords de la métropole bordelaise.
L’A400M de l’armée française a par ailleurs effectué samedi son premier largage opérationnel de produit retardant à Lacanau. « Ce sera une première ici », a relevé la préfète, présentant l’appareil comme « un moyen de lutte important ».
Capable de déverser 20.000 litres de retardant en quelques secondes, l’avion doit intervenir sur une ligne de feu toujours active afin de ralentir la progression des flammes.
Les agriculteurs souhaitant participer aux opérations avec leurs citernes sont invités à s’inscrire auprès de la chambre d’agriculture de la Gironde. « Ils sont les très bienvenus […] mais nous souhaitons que ce soit organisé », a insisté Sophie Brocas, mettant en garde contre les risques d’interventions non coordonnées.
Plus de 500 personnes fragiles à reloger
Environ 1.500 personnes fragiles ont été évacuées depuis le début de la crise, parmi lesquelles des résidents d’Ehpad, des personnes maintenues à domicile et des patients hospitalisés. La clinique d’Arès a notamment été évacuée, avec le transfert de 89 patients.
Plus de 500 personnes doivent encore être orientées vers des établissements adaptés. Vingt-quatre équipes d’ambulanciers du Service de santé des armées, accompagnées d’infirmiers, ont été déployées. Un avion reste également disponible pour une éventuelle évacuation sanitaire urgente.
Les autorités recensent des internats, le Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive (Creps) et d’autres bâtiments susceptibles d’accueillir durablement les personnes hébergées dans les centres d’urgence.
« On ne peut pas imaginer qu’elles restent plusieurs jours de suite à Bordeaux-Lac », a expliqué la préfète. « On ne rentrera pas chez soi tout de suite. On rentrera lorsque les sapeurs-pompiers nous diront que le feu est fixé », a-t-elle ajouté.
La fumée assimilée à une forte pollution
L’Agence régionale de santé (ARS) a indiqué que les fumées étaient comparables à un épisode important de pollution atmosphérique.
« Ce ne sont pas des nuages toxiques au sens de la création de pathologies directes par les fumées », a déclaré le directeur général de l’ARS, tout en recommandant de ne pas les inhaler pendant une période prolongée.
Les habitants doivent limiter leur exposition et garder portes et fenêtres fermées lorsque la fumée est présente. Le port d’un masque FFP2 est recommandé aux personnes fragiles, notamment celles souffrant de maladies respiratoires.
Quelque 2,5 millions de masques doivent être distribués aux pharmacies, aux professionnels de santé, aux hôpitaux et aux pompiers.