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Le marché des fétiches togolais, une pharmacie vaudou nourrie par des croyances populaires

"Cela n’a aucune base scientifique" (Kpakpo Pépévi, sociologue de l’Université de Lomé)

17.03.2015
Le marché des fétiches togolais, une pharmacie vaudou nourrie par des croyances populaires

AA/ Lomé/ Alphonse Logo

Le marché des fétiches de Lomé, où les crânes de chimpanzé sont exposés côte à côte avec des restes de reptiles, de chiens, ou de mangoustes, est une véritable pharmacie vaudou nourrie par des croyances populaires.

Cette tradition se trouve néanmoins menacée de déclin, en raison d'une réglementation gouvernementale en matière de braconnage, mais également, d'un détournement des Togolais de la tradition vaudou.

D'ailleurs, la sociologue Kpakpo Pépévi, enseignante à l'univeristé de Lomé admet que la pratique est dépourvue de toute base scientifique:"  Ces pratiques ont un effet psychosomatique. Vous allez consulter un charlatan ou un féticheur parce que vous avez un problème et que vous croyez que votre solution ou guérison est là", analyse-t-elle. 

Dans le marché des féticheurs, "charlatans, guérisseurs, marabouts, se relaient, de générations en générations, pour sauver des vies humaines",  s'enorgueillit Christian Guedénon, secrétaire général du marché des fétiches.

"Pourquoi on vient ici ? C'est bien simple ! Quand quelqu’un consulte un charlatan, celui-ci lui demande une tête de vipère, un morceau de peau de lion, d’hyène ou d’hippopotame, pour une cérémonie quelconque ou pour sauver la vie de sa femme ou de son enfant" détaille Guedénon, rencontré par Anadolu "La personne vient alors chercher ici-même la prescription, parce que, très souvent, elle n'a pas la possibilité d'aller abattre l’animal dans la forêt". 

Pourtant, après plusieurs décennies empruntes de de gloire et aux parfums de mystères, les descendants des pères fondateurs craignent la disparition de ce marché qui attise la curiosité des visiteurs et ceux qui cherchent encore "la vie".

"Ceci n’est pas un marché d’alimentation où il y a beaucoup d’affluence, mais comme une pharmacie où on ne vient que par nécessité. Il y a encore quelques années, les populations togolaises  - soit pour guérir une maladie ou pour faire prospérer une activité – venaient nous voir. Mais aujourd'hui, les choses ont changé", regrette Elias Kouamé, un des guides du marché, rencontré par Anadolu.

"Nous avons peur qu’un jour ce marché n’existe plus. L’affluence a baissé, il y a de moins en moins de produits sur les étalages. Le déclin n’est pas loin", renchérit Christian Guedénon.

Depuis que ce marché des fétiches existe, on y a toujours vendu des restes d’animaux sauvages et domestiques: des reptiles, des crânes et des squelettes, des restes d’oiseaux, de chiens, de chats, de mangoustes ou de caméléons. Des ossements d’hippopotames, d’éléphants, d’hyènes, etc.

sauf que la donne a aujourd'hui changé. " Le gouvernement togolais nous interdit d’exposer l’amoncellement de peaux de certains animaux", a déclaré, tout furieux, à Anadolu, un autre guide, ayant requis l'anonymat, de craite "d'être de nouveau emprisonné".

"Je viens d'y effectuer un séjour de plusieurs jours pour avoir mis en vente des peaux de lions et des pièces détachées d’éléphants et d’hippopotames", se rappelle ce guide qui tient aussi des étalages d'herbes guérissantes et de fétiches animaliers.

Les autorités togolaises étaientt fermes dans l'application des lois. "Il s’agit d'espèces protégées, la loi indique qu’elles sont en disparition et qu’il faut les protéger. C’est bien naturellement que les forces de sécurité engagées à ,appliquer ces textes mettent la main sur tous ceux qui sont en possession de restes de ces animaux. Au marché des fétiches, ils ne doivent plus vendre ces restes", indique à Anadolu, le ministre l’Environnement et des Ressources forestières, André Johnson.

Pour Christian Guedénon, secrétaire général du marché des fétiches, lui-même guide et Herboriste guérisseur, la problématique est d'un tout autre ordre: "Les restes d’animaux sauvages que nous exposons nous sont vendus par des gens qu’on ne connait même pas et qui les apportent de plusieurs autres pays d’Afrique", affirme t-il ajoutant que " des touristes et certaines personnes viennent mais repartent soit frustrés, soient déçus parce que les étalages ne sont plus aussi bien servis".

Le déclin du marché des fétches est, au demeurant, rattaché à un certain changement des mentalités, outre la main ferrée du gouvernement. A ce propos la sociologue note derechef qu'iI s'agissait autrefois d'une guérison basée sur la psychologie. C'est que l'on "faisait croire aux gens qu’il y a des forces occultes qui existent et qui frappent par des sorts. On y remédie par des sacrifices et des cérémonies. Ceux qui y croient sont soulagés.  Ceux qui continuent à y croire s'adonnent encore à ces pratiques et ceux qui se sont rendus compte de l'absence de toute base scientifique y ont renoncé", conclut l'universitaire.

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