Analyse

Quid de la sanguinaire attaque israélienne contre la mosquée Al-Aqsa ? (Analyse)

- Les observateurs considèrent que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, vise à travers cette escalade, à s’attirer les faveurs des colons pour des motifs politiques et électoraux

Qais Omar Darwesh Omar   | 13.05.2021
Quid de la sanguinaire attaque israélienne contre la mosquée Al-Aqsa ? (Analyse)

Ramallah


AA / Ramallah / Awadh Al-Rajoub
Des analystes politiques estiment que l’agression violente perpétrée par les forces de l’occupation israélienne dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa et à Jérusalem, lundi, vise à afficher « la souveraineté » israélienne sur la ville sainte.
Sous un autre angle, les observateurs considèrent que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, vise à travers cette escalade, à s’attirer les faveurs des colons pour des motifs politiques et électoraux.
Depuis près d’un mois, les affrontements entre les habitants palestiniens de Jérusalem et les forces de l’occupation israéliennes ne se sont pas arrêtées. De plus, durant les derniers jours du mois saint du Ramadan, une escalade notoire a été constatée dans le périmètre de la mosquée Al-Aqsa, où le son des balles et des bombes israéliennes a retenti faisant des centaines de blessés et de prisonniers.
Les analystes tiennent à souligner qu’il ne faut point considérer les actuels affrontements comme étant des évènements passagers mais plutôt comme s’inscrivant dans le cadre d’une âpre « bataille de souveraineté sur Jérusalem » sur fond d’un soutien israélien officiel aux colons extrémistes et d’une tentative du Premier ministre Netanyahu de fuir ses crises internes.
Au moment où Israël s'emploie à s'afficher comme étant le dépositaire de la souveraineté dans la ville, y compris à la mosquée Al-Aqsa, les Palestiniens ont réussi à refléter une autre image de Jérusalem, celle d'une ville soumise au joug de l'occupation et de la répression, estiment nombre d'observateurs.
Depuis le début du mois du Ramadan, la ville de Jérusalem a été le théâtre d'agressions perpétrées par les forces de la police israélienne et les colons, en particulier, dans la zone de « Bab el-Amoud » et dans le quartier de Sheikh Jarrah, lesquelles agressions se sont étendues par la suite jusqu’à la mosquée Al-Aqsa, faisant des centaines de blessés et d'arrestations dans les rangs des Palestiniens.
Lundi matin, les forces de l'occupation israéliennes ont pris d'assaut les esplanades de la mosquée Al-Aqsa, utilisant des balles en caoutchouc, des bombes à son et du gaz lacrymogène, et faisant 215 blessés avant de se retirer à la mi-journée.

Une bataille perpétuelle
L’analyste palestinien, Mohamed Abou Allan, estime qu’Israël « ne rate aucune occasion pour approfondir sa domination sur la ville de Jérusalem ».
Il a ajouté dans une déclaration à l’agence AA que « les évènements de Bab el-Amoud et « du quartier de Sheikh Jarrah ne représentent pas une nouveauté dans la politique israélienne mais plutôt une constante depuis les premières années de l’occupation ».
Il a ajouté que ce qui se déroule dans la ville occupée est une « bataille pour prendre le contrôle de la ville », relevant qu’une conviction qui existe en Israël en vertu de laquelle « exacerber les tensions s’inscrit dans le cadre de la prise de contrôle de la ville ».
Et Abou Allan de poursuivre : « Faire assumer à des parties israéliennes et à des factions palestiniennes la responsabilité des évènements s’inscrit dans le cadre de la tentative de jeter la balle loin du camp de l’occupation ».
Il a ajouté que « ce qui embarrasse le plus l’occupation, c’est que les évènements démontrent la précarité de sa souveraineté sur Jérusalem ».
Le blogueur palestinien aboutit à dire que « la présence de l’occupation en soi constitue une cause directe des évènements de Jérusalem, hier, aujourd’hui et demain ».


Les crises de Netanyahu et l'appel du pied aux extrémistes
De son côté, le journaliste palestinien, Nawaf el-Amer, relève une autre raison de l'escalade israélienne, en l'occurrence, « la tentative de l'actuel Chef du gouvernement intérimaire, Benyamin Netanyahu, de s'attirer les faveurs des colons en vue de préserver sa présence au sein du gouvernement et de ne pas offrir sa tête à la guillotine des procès et de la justice ».
Il a ajouté que Netanyahu « instrumentalise les extrémistes pour atteindre ses desseins et pour gagner davantage de voix afin de préserver sa présence au sein du gouvernement et de se montrer face à la droite comme étant le messie salvateur d’Israël ».
Netanyahu est actuellement jugé dans trois affaires de corruption et il est fort possible que la perte de son poste de Chef de gouvernement le mènerait à la case prison.
Al-Amer va jusqu’à dire que Netanyahu « tente de préserver la cohésion de son parti (le Likoud) à travers la prise d'assaut et l'escalade sur le terrain ».
« L'entité israélienne ne peut vivre sereinement sans tension et à chaque fois, les dirigeants d'Israël s'emploient à montrer à leur société qu'ils étaient ciblés, à travers la création d'un nouvel ennemi, mais ils échouent lamentablement dans leur entreprise ».
Le journaliste palestinien relève qu'un débat a émergé dans les médias israéliens au sujet de « l'enlisement de Netanyahu et de l'institution sécuritaire au cours des derniers jours, en particulier, à travers la provocation à l'égard des Palestiniens de l'intérieur ».
« Quant aux chances du retour au calme, a-t-il souligné, le coup est déjà parti et Netanyahu a lancé sa flèche. Le retrait des forces des rues de la ville ne mettra pas fin à la tension ».
L'analyse politique prévoit que « Netanyahu recevra, au cours des prochaines heures davantage de coups sévères, qui lui seront portés de l'intérieur même de sa formation politique, de l'étranger et probablement de Gaza ».

Vider Al-Aqsa et Jérusalem
A son tour, Hatem Abdelkader, membre du Conseil révolutionnaire du Mouvement Fatah, a souligné que l'escalade israélienne est liée à l'événement organisé, lundi, par les colons par dizaines de milliers à Jérusalem-est.
Abdelkader, qui réside dans la ville de Jérusalem, a ajouté que les autorités de l'occupation ont balisé la voie à cet événement et aux appels lancés par les colons à envahir l'enceinte de la mosquée en empêchant le plus grand nombre de Palestiniens de se trouver dans la vieille ville de Jérusalem ou dans la sainte mosquée.
Dans un message sanguinaire adressé aux Palestiniens selon Abdelkader, les autorités de l'occupation usent de tous les moyens répressifs à l’encontre de la population désarmée de Jérusalem.


Le Gouvernement des colons
De son côté, l'expert en affaires sécuritaires, Youcef Charkaoui, estime que « le gouvernement israélien est à la solde des injonctions des colons ».
Charkaoui a ajouté que « la droite israélienne, et à sa tête le Premier ministre Benyamin Netanyahu, ne peut, à l’aune du soulèvement à Jérusalem, aller à l’encontre de la volonté des colons en faveur des jeunes qui se sont soulevés ».
En contrepartie, il souligne que « ce qui se passe à Jérusalem redore le blason de la cause palestinienne, en particulier, en présence d'une génération qui préserve son identité et ne tolère pas que sa volonté soit brisée ».

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou

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