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Macron n'est pas seul à élaborer les politiques françaises hostiles à la Turquie (Analyse)

-L'ancien président socialiste, François Hollande, a annoncé son soutien total à Macron et à son gouvernement dans leurs politiques hostiles à la Turquie

1 23   | 17.12.2020
Macron n'est pas seul à élaborer les politiques françaises hostiles à la Turquie (Analyse)

Istanbul

AA/Istanbul

Celui qui pense que le président français, Emmanuel Macron, est le seul à bord pour élaborer des politiques hostiles à la Turquie se trompe, dès lors que sur la même scène se trouvent d'autres acteurs qui jouent la même répartition sans pour autant être étonné que ce qu'ils présentent ne plaît pas, mais au contraire, créent un vacarme anachronique qui ne contente pas nombreux.

En effet, au début du Sommet de l'Union européenne (UE), le 10 décembre courant, l'ancien président français, le socialiste François Hollande, a affiché son «soutien total» à Macron et à son gouvernement dans leurs politiques hostiles initiées contre la Turquie.

Hollande avait déclaré alors à la télévision française publique « France 2 » que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a, à maintes reprises fait des déclarations contre Macron et que les activités turques en Syrie, en Arménie, en Libye et en Grèce sont « visibles à tous ».

« La Turquie est membre de l'OTAN et j'ai dit, plus d’une fois, quand j'occupais le poste de président de la France, que le président d'un membre de l'OTAN a humilié un chef d'Etat membre d'un autre pays et que partant, il faut remettre en place ce président. Aujourd'hui, il y a une réunion de dirigeants de l'UE et des sanctions seront annoncées contre la Turquie », a-t-il ajouté.

Il est indéniable que les déclarations faites par Macron montrent, si besoin est, l'esprit hostile qui prévaut en France contre la Turquie, cet esprit qui s'est reflété dans plusieurs dossiers et questions, en particulier ceux de la Grèce et de Chypre, ainsi que dans les développements en Libye, en Syrie et en Arménie.

Au cours de l'opération « Rameau d'Olivier » menée par l'armée turque contre les organisations terroristes dans le nord de la Syrie, le journal « Le Monde » avait écrit : « Quel genre d’alliée est la Turquie. Ankara cible nos alliés (l'organisation terroriste du YPG) dans le nord de la Syrie ».

Malgré cela, l’on ne peut dire qu'un pareil soutien ouvert en faveur des organisations terroristes, un soutien naïf au point d'être ridicule et qui se moque de l'intelligence humaine, constitue une approche classique dans la politique étrangère française.

Cependant, la politique française anti-Turquie est visible à tous. Lors du sommet de l'UE à Bruxelles, les 10 et 11 décembre courant, Paris a veillé à mettre en exergue cette politique faisant peu de cas des scissions que cela pourrait provoquer au sein de la « Maison Europe ».

Le journal français « Le Monde » a rapporté l'information portant approbation par les dirigeants de l'Union d'imposer des sanctions à Ankara sous le titre «Divisés, les Vingt-Sept adoptent des sanctions minimales contre la Turquie », relevant que des mesures plus importantes contre Ankara ont été reportées, à la demande de l'Allemagne.

Le journal a précisé que la Hongrie, la Bulgarie, l'Espagne, l'Italie et Malte ne souhaitaient pas mettre en danger leurs bonnes relations commerciales avec la Turquie, raison pour laquelle ces pays ont préféré adopter une approche « prudente » à l’instar de l'Allemagne.

Le journal a prétendu que la France est une « épine dans la gorge » d’Erdogan, relevant que Paris défend la souveraineté et la stabilité de Chypre, de la Grèce et que le rôle turc au Moyen-Orient, en Libye et dans le Haut Karabakh contribue à déstabiliser ces régions.

- Les incohérences de la position française

Le journal « Le Monde » a évoqué une série de questions empreintes d’incohérences et des dossiers politiques hostiles à la Turquie, qu’Ankara ne pouvait accepter en aucun cas.

La première incohérence consiste, sans aucun doute, en l'insistance de la France à apporter son soutien à la position de la Grèce et de Chypre du Sud et à jouer le rôle de défenderesse, de ce qu'elle qualifie de « droits souverains » de ces deux pays, au lieu d'épouser une position de médiateurs pour résoudre les problèmes turcs avec la Grèce.

Comme cela s'est produit au cours du dernier sommet européen, la France œuvre à engager, voire enliser l'UE dans les problèmes entre Ankara et Athènes, tel que cela avait été exactement réclamé par le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, qui s'enorgueillit d'avoir transformé un problème bilatéral en un problème entre l'Europe et la Turquie.

En dépit de cela, il faut reconnaître que cette politique n'a aucune chance d’aboutir, non pas seulement parce qu'elle génère des scissions au sein de l'UE, mais aussi parce que le problème de souveraineté réside dans les racines des problèmes turco-grecs.

La France, qui s'emploie à porter atteinte à l'image de la Turquie, sur fond de défense de cette dernière de ses droits souverains en Mer Egée et à Chypre, et à montrer comme si c'est le président Erdogan qui est à l'origine de ce problème, saisit que ce problème existe depuis des décennies.

La France sait pertinemment que l'approche adoptée pour traiter ce problème ne changera pas avec le changement du parti au pouvoir en Turquie. Tout simplement, parce que Ankara ne ménagera aucun effort pour défendre ses droits souverains face au bâton français ou celui de l'UE ou de leur coercition.

Il est indéniable que le traitement de la Turquie s’agissant de ses droits souverains ne changera point quand bien même Ankara fera face à des sanctions supplémentaires de la part de l'UE, qui coordonnent cette question avec la nouvelle Administration américaine, parallèlement à l'accélération du Sénat américain, vendredi, à infliger des sanctions contre Ankara sur la base de la loi « contrer les adversaires de l'Amérique à travers les sanctions » (Caatsa).

L'autre incohérence de la France consiste à ce que le rôle turc, dont Paris prétend qu'il est à l'origine de l'instabilité en Libye. Macron accuse la Turquie de «violer » la résolution des Nations unies portant sur l'embargo de vente d'armes vers ce pays.

Néanmoins, Paris fait semblant d'ignorer que le rôle turc en Libye s'articule autour de la protection du gouvernement d'Entente nationale, reconnu par les Nations unies.

A l'opposée, la France œuvre, constamment, à placer le gouvernement d'Entente nationale sur un pied d'égalité avec les forces du général putschiste, Khalifa Haftar, dans l'objectif affiché d'affaiblir le gouvernement légitime à Tripoli.

Mais pourquoi Paris fait-elle cela? La raison consiste à ce que le gouvernement d'Entente nationale a signé un mémorandum d'entente avec la Turquie portant délimitation des frontières maritimes entre les deux pays en Méditerranée orientale.

Un autre problème vient aggraver la crise des relations turco-françaises est celui du soutien ouvert offert par Paris à Washington concernant le projet d’aménagement d'une entité de l'organisation terroriste du PKK dans le nord de la Syrie, tout au long des frontières avec la Turquie, tout en ignorant les attaques lancées par cette organisation contre la Turquie et sa sécurité.

Macron avait affirmé, à maintes reprises, que le PKK est une organisation terroriste mais est-ce que les « Forces Démocratiques Syriennes » (FSD) soumises à la branche armée de cette organisation en Syrie, en l’occurrence, l'organisation terroriste du « PYD/YPG », sont des combattants pour la liberté?

La réalité consiste à ce que les milices des (FSD) soient considérées comme des alliées de la France tel quel est le cas avec les Etats-Unis.

La France qualifie les opérations turques menées contre l'organisation du PKK et les zones libérées et débarrassées de la présence de cette organisation, à travers des opérations dans le nord de la Syrie, « d’invasions turques du Nord de la Syrie », selon la terminologie utilisée par les médias de l’Hexagone et les autorités françaises officielles.

En résultat de cela, Macron estime que les mesures pouvant aboutir à l'instabilité en Syrie ne consistent pas en l'occupation des zones de l'est de ce pays, sous le parapluie américain, ce qui est de nature à violer l'intégrité territoriale de la Syrie, ni dans les mesures prises pour établir une entité autonome relevant de l'organisation du PKK.

Au même moment, Macron considère que les efforts entrepris par la Turquie pour préserver le statu quo actuel en Syrie, afin d'arrêter le flux des réfugiés vers son territoire, mène à l'instabilité de la région.

Par ailleurs, la dernière incohérence française consiste à ce que Paris considère le rôle turc, basé sur le droit international et fondé sur les résolutions des Nations unies, pour la résolution du conflit du Haut-Karabakh et des territoires azerbaidjanais occupés, comme étant la cause de l'instabilité du sud du Caucase, selon ce qu'avance Paris.

La position de Paris dans ce dossier, en particulier, en appuyant l'Arménie qui a occupé une partie du territoire d'un pays voisin, trois décennies durant, est dépourvue de toute empathie et cette position a été traitée de manière sarcastique après la défaite essuyée par l'Arménie et le départ de ces unités du territoire azerbaïdjanais.

En plus de cela, la déclaration signée par les cinq blocs politiques au Sénat français, qui accusent Macron et son gouvernement de ne pas intervenir en Haut-Karabakh, comme si le contraire de cela était possible, et qui condamnent l'Azerbaïdjan tout en appelant le gouvernement français à reconnaître l'indépendance du Haut-Karabakh, cette déclaration montre en réalité que Macron n'est pas seul à bord dans l'élaboration des politiques hostiles à la Turquie.

Il ressort de ce qui précède que les relations entre Ankara et Paris ne sont pas susceptibles de se rétablir actuellement, tant que la France ne se serait pas rétractée des mesures prises et qui mettent en danger la sécurité et le développement de la Turquie tout en portant atteinte à ses droits souverains.

Parallèlement à cela, le rétablissement complet des relations bilatérales n’est pas chose facile, tant que Paris ne se serait pas rétractée de ses politiques hostiles à l’endroit d’Ankara, d’autant plus que l’absence de confiance entre la Turquie et la France aboutira, malheureusement, à des conséquences négatives pouvant durer plusieurs générations.

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou

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