Mariem Njeh
03 Août 2026•Mise à jour: 03 Août 2026
La France n'a pas rejoint la lettre initiée par l'Italie et signée par 22 États membres de l'Union européenne appelant à des mesures d'urgence sur la crise migratoire à Ceuta, a indiqué une source diplomatique française à Anadolu (AA).
Selon cette source, la lettre n'apporterait « aucune solidarité concrète » à l'Espagne et viserait avant tout à instrumentaliser la poussée migratoire dans l'enclave espagnole contre le gouvernement de Madrid, plutôt qu'à résoudre la situation en coopération avec les autorités marocaines.
« La France n’a pas rejoint la lettre de 22 États membres initiée par l’Italie car elle n’apportait aucune solidarité concrète à l’Espagne et visait avant tout à instrumentaliser la poussée migratoire à Ceuta contre le gouvernement espagnol, pas à régler la situation en coopération avec les autorités marocaines », affirme la source proche du dossier à Anadolu.
La même source affirme que la lettre ignorerait délibérément deux éléments : d'une part, que Ceuta ne bénéficie pas de la libre circulation de l'espace Schengen vers le reste de l'Union européenne ; d'autre part, qu'aucun migrant n'aurait quitté l'enclave pour rejoindre le reste du territoire européen.
« Elle ignore délibérément que Ceuta ne bénéficie pas de la libre circulation de l’espace Schengen vers l’Union et qu’aucun migrant n’a quitté Ceuta pour le reste de l’Union », précise la source.
Aux côtés de la France, l'Espagne, l'Irlande, le Luxembourg et le Portugal n'ont pas non plus signé cette lettre.
Une lettre commune de 22 dirigeants européens
Le ministre irlandais de la Justice, des Affaires intérieures et de la Migration, Jim O'Callaghan, a annoncé la convocation, mardi, d'une réunion du Conseil Justice et Affaires intérieures (JAI) de l'UE consacrée à la crise de Ceuta, l'Irlande assurant actuellement la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne. Cette réunion fait suite à l'appel lancé samedi par 22 chefs d'État et de gouvernement européens, dans une lettre commune initiée par l'Italie et le Danemark, en faveur d'une réunion d'urgence des ministres de l'Intérieur de l'UE sur ce dossier.
La lettre commune, initiée par l'Italie et le Danemark, a été adressée au président du Conseil européen Antonio Costa, à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, ainsi qu'au Taoiseach (Premier ministre) irlandais Micheál Martin, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l'UE.
« Nous ne pouvons permettre que des traversées massives incontrôlées, l'instrumentalisation de la migration ou d'autres menaces hybrides créent la perception selon laquelle une entrée illégale dans l'Union européenne est possible », indique la lettre.
Les dirigeants ont averti qu'une telle perception encouragerait de nouvelles tentatives d'entrée irrégulière dans le bloc, saperait la confiance dans la politique migratoire commune de l'UE et aurait des répercussions pour tous les États membres.
Rappel
Selon un premier bilan communiqué dimanche par le ministère marocain de l'Intérieur, une première réaction officielle de Rabat sur ces événements, environ 40 000 personnes avaient tenté de rejoindre Ceuta et 1 135 autres Melilla, faisant 11 morts. Le porte-parole du ministère, Rachid El Khalfi, avait précisé que toutes les personnes ayant atteint Melilla avaient été immédiatement reconduites.
Un bilan plus récent, attribué par l'agence espagnole EFE à des sources sécuritaires et cité par le quotidien El País, fait état d'un bilan de 72 morts, et estime qu'environ 73 500 migrants irréguliers seraient retournés au Maroc depuis le 30 juillet, ce chiffre pouvant toutefois inclure des personnes entrées dans la ville avant cette date.