Analyse, Afrique

Burundi : La forêt sacrée de Kibira, un poumon de la capitale, au bord de l'asphyxie

Le défrichage pour des raisons agricoles, la coupe et le sciage illicites, l’orpaillage, la production de charbon guettent sérieusement sa survie et son écosystème.

Mohamed Hedi Abdellaoui   | 20.11.2015
Burundi : La forêt sacrée de Kibira, un poumon de la capitale, au bord de l'asphyxie

Bujumbura

AA/ Bujumbura/ Yvan Rukundo

Défrichage, coupe et sciage illicites, orpaillage, production de charbon... la forêt sacrée de Kibira, poumon de Bujumbura, est au bord de l'asphyxie. 

 Autrefois source de bouffées d’oxygène pour les habitants de Bujumbura,  cette forêt qui couvre plus 47 mille ha sur une superficie forestière globale de 100 mille hectares, donnant  sur  la Crête Congo-Nil, fait face à des menaces de taille qui mettent à mal sa survie et son écosystème. 

Ces dix dernières années, "près de 16 mille ha de la forêt ont été détruits", déplore ainsi Albert Mbonerane, président de la Fondation Mwezi Gisabo, une ONG locale militant pour la protection de ce patrimoine national, rencontré par Anadolu.

  Selon lui, "on y trouve aujourd’hui à la place de la forêt des champs de pomme de terre, de petits pois, des habitations, etc."

"Or, le rôle naturel de cette forêt consiste en  la séquestration des gaz à effets de serre et la préservation de l’écosystème", rappelle le militant.

     Le responsable regrette par la même occasion la conduite de ses semblables d’aujourd’hui "qui commettent ce que leurs prédécesseurs, pourtant illettrés, s’abstenaient de faire."

  Parmi les facteurs qui détruisent cette mythique forêt, "l’extension des cultures industrielles tel que le thé constitue un véritable danger", explique l’environnementaliste qui pointe notamment du doigt l’Office hémiole du Burundi (OTB) qui  ne cesse d’agrandir ses plantations.

" Les responsables disent que le thé protège l’environnement. Or, cette plante ne peut en aucun cas remplacer les arbres sauvages et naturels de la Kibira", argumente le même responsable.

Contacté par Anadolu,  Théophile Ndarufatiye, assistant au ministre de l'Eau, de l'Environnement, de l'Aménagement du territoire et de l'urbanisme, estime quant à lui, que "les plantations théicoles ne peuvent pas continuer à s'étendre démesurément dans la zone protégée de la Kibira."

Il a, par conséquent, insisté sur "le respect de l'environnement pour un véritable développement durable".

 Mais, le thé n’est pas l’unique coupable. La pression démographique y étant également pour beaucoup.  Selon les statistiques du ministère de l’Intérieur, la densité moyenne de la population est passée de 408 habitants/km 2 en 2014 à 500 habitants/km2 en 2015.

   Isidore, un octogénaire rencontré sur place, rattache la faiblesse de la pluviométrie, qui est passée de 1700 voire 2000 mm à 1200 mm/an actuellement, à la déforestation d’une partie de la Kibira. Il appelle, ainsi, les parties prenantes à agir pour préserver ce patrimoine national pour les générations futures.

 Cultivant une autre approche, Kamwenubusa, un autre habitant de Bugarama, province Muramvya, pense qu’une fois entretenue et protégée des tares humaines, la forêt pourrait devenir un site touristique par excellence, vu qu’elle abrite les tombeaux des rois qui se sont succédé au Burundi.

  D’autant plus qu’elle s’étend sur quatre provinces, à savoir, Bubanza, Cibitoke, Kayanza et Muramvya, accueillant des milliers d’espèces de faune et de flore très diversifiées : oiseaux, reptiles, grands mammifères, gorilles, chimpanzés, buffles, etc. L’Association burundaise pour la protection des oiseaux (ABO) y recense 245 espèces d’oiseaux, à titre d’exemple.

   Kibira, était autrefois dédié à la chasse sacrée des rois du Burundi, puis peu à peu, des "rebelles" ont profité de certains endroits du parc forestier pour se réfugier. Ainsi on rapporte qu'à la demande de ses conseillers de brûler la forêt pour chasser la rébellion qui s’y était retranchée en 1906, le roi du Burundi Mwezi Gisabo rétorqua: « Pas question de mettre du feu à ce patrimoine qui assure le lien entre le Ciel et la Terre», rappelle M.Mbonerane avec fierté.

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