Mariem Njeh
25 Juillet 2026•Mise à jour: 25 Juillet 2026
Le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO, réuni à Busan (Corée du Sud) dans le cadre de sa 48e session, a inscrit samedi le « Village de Sidi Bou Saïd » sur la Liste du patrimoine mondial, au titre du critère (iii), à l'issue d'un vote sans amendement ni objection sur le projet de décision 48 COM 8B.15, adopté à l'unanimité.
Un village-sanctuaire né autour d'un mausolée soufi
Situé au sommet d'une colline surplombant la mer Méditerranée, dans le nord de la Tunisie, le village s'est développé comme sanctuaire à la suite d'un processus d'agrégation autour du mausolée du saint soufi Abou Saïd Khalaf Ibn Yahya El Tamimi El Beji, dont il porte le nom. Ce développement a été soutenu par des dynasties régnantes successives qui, dès le XVIe siècle, ont associé leur légitimité politique à la baraka (bénédiction) du saint. Les beys husseinites (XVIIIe-XXe siècle) ont consolidé cette dynamique en y construisant des résidences de villégiature, transformant le village en lieu de villégiature pour les élites.
Selon la déclaration de valeur universelle exceptionnelle adoptée par le Comité, le bien incarne la rencontre entre le pouvoir spirituel du saint et le pouvoir politique temporel, le village reflétant l'urbanisme traditionnel arabo-islamique autour d'une place centrale, enrichi par l'architecture résidentielle urbaine des notables des XIXe-XXe siècles.
Le Comité justifie l'inscription au titre du critère (iii) par le fait que le village constitue un témoignage exceptionnel de la tradition des fondations villageoises fondées sur une relation symbiotique entre l'autorité spirituelle d'un saint et le pouvoir temporel d'une dynastie régnante, un phénomène de « villages-sanctuaires » jugé fondamental pour l'histoire sociale et politique du Maghreb.
Le périmètre protégé et le changement de dénomination
Le bien inscrit couvre l'intégralité du village historique dans ses limites de 1915, à l'exclusion de quelques bâtiments plus récents rompant avec le style architectural traditionnel du lieu. Le Comité a par ailleurs décidé de modifier la dénomination du bien, désormais intitulé « Village de Sidi Bou Saïd », alors que la candidature avait été présentée sous le titre « Village de Sidi Bou Saïd : centre d'inspiration culturelle et spirituelle en Méditerranée ».
Des risques identifiés : glissements de terrain et sur tourisme
Le Comité relève que le site souffre d'une instabilité préoccupante liée à sa nature géologique et à des facteurs environnementaux, et que le tourisme excessif constitue une préoccupation majeure nécessitant une réorganisation stratégique, affectant négativement le caractère du bien. La construction d'une marina au pied sud du promontoire a par ailleurs modifié, dans une moindre mesure, le cadre paysager du site.
L'État partie tunisien devra soumettre un rapport sur la mise en œuvre de ces recommandations au Centre du patrimoine mondial d'ici le 1er décembre 2027, pour examen par le Comité lors de sa 50e session en 2028.
Dixième site tunisien classé
Avec cette inscription, la Tunisie porte à dix le nombre de ses sites classés au patrimoine mondial de l'UNESCO, aux côtés notamment de la Médina de Tunis et du site archéologique de Carthage, inscrits depuis 1979.