Analyse, Afrique

Tunisie/Présidentielle : les candidats se surpassent en matière de politique étrangère (Analyse)

-Le conflit libyen, les relations avec les pays du Maghreb et les pays africains ainsi que les rapports de la Tunisie avec les pays de l’Union Européenne figurent parmi les principaux dossiers évoqués dans les programmes électoraux.

Mohammed Maher Ben Romdhane   | 13.09.2019
Tunisie/Présidentielle : les candidats se surpassent en matière de politique étrangère (Analyse)

Tunisia

AA/Tunis/Yosra Ouanes

Les programmes électoraux des candidats à l’élection présidentielle en Tunisie se recoupent au niveau de plusieurs questions se rapportant à la politique étrangère. Leurs campagnes ont été marquées par des approches contradictoires au niveau de la politique étrangère envisagée par chaque candidat.

Le conflit libyen, les relations avec les pays du Maghreb et les pays africains ainsi que les rapports de la Tunisie avec les pays de l’Union Européenne figurent parmi les principaux dossiers évoqués dans les programmes électoraux.

Les relations "classiques" de la Tunisie avec les pays européens, notamment la France constituent, en effet, l’une des questions fondamentales autour desquelles se sont articulés les programmes des différents candidats à la Présidentielle.

Le candidat du parti "Tahya Tounes", Youssef Chahed, a proposé dans son programme d’établir une politique étrangère plus audacieuse avec l’UE, premier partenaire économique de la Tunisie. Abdelkarim Zbidi, candidat indépendant, s’est engagé à prêter plus d’importance à la diaspora tunisienne, deuxième source de devise après le Tourisme.

Contrairement à plusieurs candidats qui ont exprimé leur volonté de renforcer les relations avec les pays de l’UE, le candidat Seifeddine Makhlouf, représentant la Coalition de la Dignité (indépendante à tendance révolutionnaire), a assuré qu’il réclamera à la France des excuses officielles pour la période coloniale (1881-1956).

***Pays voisins

Les relations avec les pays africains, notamment ceux qui ont des frontières communes avec la Tunisie, sont à la tête des priorités des candidats à la Présidentielle. Certains ont promis davantage d’ouverture sur les marchés africains, en vue de développer les relations économiques avec les pays africains.

Youssef Chahed s’est, pour sa part, engagé à faire renaître le projet de l’Union du Maghreb arabe (Tunisie, Libye, Algérie, Maroc et Mauritanie), à créer une zone de libre-échange avec l’Algérie et à participer activement à la résolution de la crise libyenne.

Il a insisté sur « la nécessité de préserver les bases de la diplomatie tunisienne en œuvrant à renforcer les relations internationales de la Tunisie, notamment avec les pays voisins, et ce, en résolvant la crise libyenne».

Abdelfattah Mourou, candidat du parti Ennahdha, a indiqué, dans son programme, qu’il réviserait les relations internationales et qu’il les orienterait vers l’intérêt économique de la Tunisie.
Il a ajouté qu’il souhaite "créer un marché commun avec les pays voisins, à partir d’accords de partenariat bilatéraux ou multilatéraux avec les pays du Maghreb, de manière à renforcer la coopération économique et sociale, notamment avec l’Algérie".

Mourou a également exprimé sa volonté de trouver des perspectives d’investissement en Afrique, ce qui nécessite selon lui "la contribution de compétences tunisiennes".

Pour sa part, Zbidi s’est engagé à consolider "la coopération tunisienne au niveau des marchés classiques tels que l’UE et les pays maghrébins". Il envisage également de s’orienter vers le renforcement des échanges avec les pays africains, à travers les représentations diplomatiques, la création de lignes aériennes et maritimes et l’appui apporté aux banques d’investissement.

Le candidat indépendant, Kais Saïed, s’est focalisé, pour sa part, sur l’importance de l’appartenance au monde arabe et musulman, au Maghreb arabe et à l’Afrique du nord car "il n’y a d’avenir qu’avec les pays voisins". Il a également appelé à établir des relations équilibrées avec les pays du nord de la Méditerranée (Europe) et à se focaliser davantage sur la Cause palestinienne.

Quant au candidat Mohamed Moncef Marzouki, ancien précédent (2011-2014), il a assuré que ses relations sont solides aussi bien avec les pays occidentaux qu’avec les pays africains et maghrébins.

Pour ce qui est de la Libye, Abdelfattah Mourou considère que la Tunisie est la mieux placée pour initier le processus de réconciliation entre les parties du conflit libyen. Marzouki a, quant à lui, indiqué qu’il "soutient le gouvernement d’entente nationale, reconnu par la communauté internationale".

Pour sa part, Mohamed Abbou, candidat du Courant démocrate, estime que la solution radicale à la crise libyenne est d’ordre diplomatique et que la Tunisie peut y contribuer dans l’intérêt des deux pays.

***Polémique autour de la Syrie

En ce qui concerne le dossier syrien, vecteur de polémique et de profondes divergences en Tunisie depuis la révolution, les candidats ont opté pour deux approches bien distinctes.
Certains opteraient pour le rétablissement des relations avec Damas, d’autres opteraient pour la situation actuelle et la rupture des liens diplomatiques qui se poursuit depuis 2012.

Le candidat d’Ennahdha, Mourou, estime, en ce sens, que le rétablissement des relations avec la Syrie est une décision qui devrait être examinée dans le cadre de la Ligue des Etats arabes. Il a mis l’accent sur l’importance de préserver le sentiment d’appartenance et l’unité des Etats arabes à travers la Ligue.

L’ancien président Marzouki campe sur ces positions à l’encontre du Régime syrien. Il considère que "l’affaire syrienne est une question de principe. Lorsque le peuple syrien obtiendra ses droits et bénéficiera d’un régime démocratique, je n’aurai pas d’opposition au rétablissement des relations", a-t-il indiqué.

La candidate du parti Destourien libre, Abir Moussi, a indiqué que dans le cas où elle serait élue, elle "corrigera les démarches erronées entreprises contre Damas et rétablira les relations avec la Syrie".

Plusieurs des candidats à l’élection présidentielle anticipée en Tunisie se sont engagés à œuvrer pour la mise en place de nouvelles perspectives en matière de politique étrangère.
Safi Saïd, candidat indépendant, s’est engagé à s’orienter vers de nouveaux partenaires en vue d’attirer de grands investissements pour la Tunisie. Saïd a indiqué qu’il opterait pour l’extrême orient et établirait des relations avec des pays riches tels que la Russie et la Chine. Il a ajouté que sa première visite serait programmée en Libye et qu’il se dirigerait, en deuxième lieu, vers la Chine.

***L es principes de base de la Diplomatie tunisienne

L’ancien diplomate, Abdallah Abidi, a souligné que "la politique étrangère de tout pays est la résultante d’une interaction avec les développements qui ont lieu et est fixée en fonction des intérêts ou des idéologies".

Abidi a ajouté, dans une déclaration à Anadolu, que "toute politique étrangère est fondée sur un minimum de principes de base, mais, nous vivons dans une région où tous les principes ont été renversés".

Et d’ajouter: "actuellement, il existe des parties ayant l’intention de transformer la Tunisie en une base cachée de certains pays et d’y imposer des gouvernements partisans pour aboutir à leurs fins".

"Théoriquement, on peut définir la meilleure diplomatie étrangère, mais, la question se pose sur la manière de l’appliquer sur terrain, surtout que la plupart des partis souffrent de tensions à l’intérieur", a précisé Abidi.

Il a considéré que "l’absence d’harmonie à l’intérieur des partis reflète le manque de clarté au niveau des politiques proposées par leurs candidats".

L’ancien diplomate a souligné, dans le même ordre d’idées, que la majorité des candidats n’a pas proposé une politique opérationnelle et qu’il s’agit juste de prévisions car aucun candidat ne peut dépasser les principes de base de la diplomatie tunisienne.

Abidi a poursuivi que "celui qui veut établir une politique pour l’avenir et une feuille de route claire devrait tenir compte de l’intérêt public, mais, nous constatons que chaque candidat tend vers un pays bien défini suivant ses propres intérêts".

Il a indiqué que "ce sont les intérêts qui définissent les relations et non pas les idéologies, notre position géographique, notre histoire, la source des menaces et les capacités qu’on a sont les seuls facteurs qui tracent la politique étrangère".

Abdallah Abidi considère, dans ce contexte, qu’aucun candidat ne peut définir cette politique tant qu’il n’existe pas de terrain solide et que la scène régionale et internationale se reconstituent.

Concernant la question syrienne, Abidi a indiqué que "la Tunisie n’a pas de problème avec la Syrie, certaines parties poussent la Tunisie vers le rétablissement des relations et d’autres l’incitent à maintenir la rupture, comme Washington".

Pour ce qui est du dossier libyen, il considère que "la Tunisie ne possède pas suffisamment de force pour résoudre un conflit aussi compliqué, exploité par les forces mondiales comme étant un outil pour atteindre leurs buts".

Abidi a également indiqué que "les relations étrangères sont dictées à la Tunisie en fonction de l’équilibre des forces. Le volume des échanges commerciaux de la Tunisie avec l’Europe est estimé à 80% et la majorité des tunisiens résidents à l’étranger sont en Europe. La Tunisie a également des intérêts avec les Etats-Unis, nous ne pouvons pas donc décider de ces relations".

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