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16 Décembre 2021•Mise à jour: 16 Décembre 2021
AA/Tunisie/Yosra Ouannès
La présidence du Parlement tunisien a exprimé, jeudi, son "rejet catégorique de la prolongation du gel de ses travaux pour une année supplémentaire", considérant qu'il s'agit là d'une "mesure anticonstitutionnelle et illégale".
Le président tunisien Kaïs Saïed a annoncé, lundi, la prolongation du gel des pouvoirs du Parlement jusqu'à la tenue d'élections législatives anticipées le 17 décembre 2022, outre la "présentation de projets de réforme de la Constitution" le 25 juillet (date de la proclamation de la République).
La présidence du Parlement a ajouté que "la sortie de la crise qui s'est aggravée dans le pays ne se fera pas sans la levée sans délai des mesures d'exception et l'engagement d'un dialogue national élargi pour tracer ensemble l'avenir du pays", selon un communiqué publié par la page officielle de Rached Ghannouchi (président du Parlement) sur "Facebook".
La Tunisie traverse une grave crise politique depuis le 25 juillet dernier, lorsque le président Saïed a instauré des mesures d'exception, notamment le gel des pouvoirs du Parlement, la levée de l'immunité de ses députés, la suppression de l'organe de contrôle de la constitutionnalité des lois et le recours aux décrets présidentiels pour légiférer. Il a également assumé la responsabilité du ministère public, démis le chef du gouvernement et assumé le pouvoir exécutif, en s'appuyant sur un gouvernement dont la présidence a été confiée à l’universitaire Najla Bouden.
La présidence du Parlement a exprimé son "rejet des procès ciblés de députés et sa condamnation de la politique d'extorsion, de chantage et de restrictions, qui est devenue un comportement quotidien et une pratique politique de fait".
Elle a par ailleurs considéré que "tout amendement de la Constitution doit se faire selon les procédures constitutionnelles", soulignant qu'elle "rejette toute remise en cause de ce processus défini par la Constitution de 2014."
Lors de sa rencontre avec trois professeurs de droit constitutionnel le 9 décembre, Saïed a affirmé que la crise de la Tunisie est liée à la constitution de 2014, qui n'est plus valable et n'a aucune légitimité, selon un communiqué de la présidence.
La présidence du parlement a réaffirmé "le droit des représentants du peuple à militer pacifiquement pour défendre la démocratie et le parlement élu par la libre volonté populaire."
Nombre de forces politiques et sociales en Tunisie ont annoncé leur rejet des décisions annoncées par Saïed, lundi, les considérant comme un "une consolidation de l’autocratie", tandis que d'autres forces les ont soutenues, y voyant l'expression des aspirations du peuple tunisien.
Kaïs Saïed - qui a entamé en 2019 un mandat présidentiel de 5 ans - a déclaré que ses mesures d'exception ne relevaient pas d'un coup d'État, mais étaient des mesures prises dans le cadre de la Constitution pour "prémunir l'État contre un danger imminent".
*Traduit de l’Arabe par Mourad Belhaj