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Tunisie : Abdellatif Mekki affirme à Anadolu qu'"Ennahdha sera toujours là, si..."

- 131 démissions en bloc de dirigeants et de cadres du Mouvement Ennahdha, cela fait du bruit, beaucoup de bruit. Particulièrement, à un moment délicat où le parti est engagé dans une bataille contre le président de la République.

Ekip   | 28.09.2021
Tunisie : Abdellatif Mekki affirme à Anadolu qu'"Ennahdha sera toujours là, si..."

Tunisia

AA / Tunis / Slah Grichi


Il était considéré parmi les plus fidèles collaborateurs de Rached Ghannouchi, président d'Ennahdha et de l'Assemblée des représentants du peuple que Kais Saïed à suspendue, le 25 juillet dernier. L'un de ses "chefs de guerre" aussi. Point qu'il soit prompt à brandir épée et bouclier, mais parce que, au contraire, ce médecin sait étayer calmement ses arguments et qu'il jouit d'une popularité certaine, y compris auprès d'une partie des détracteurs d'Ennahdha. Ses trois passages à la tête du ministère de la Santé y ont, également, été pour quelque chose. Alors comment et pourquoi Abdellatif Mekki a-t-il décidé, avec 130 de compagnons de route, de quitter le Mouvement où il a milité dans ses différentes structures, depuis sa jeunesse et pour lequel il a souffert tracas et même prison?


-- Trop d'accumulations


"Il y a eu trop de différends au sein du Mouvement qui ont commencé dès 2011. J'espère, d'ailleurs qu'on consentira, un jour, à publier les procès-verbaux des différentes réunions qui révèlent qu'il y avait des voix qui se sont élevées contre de grandes options de la direction, qui ont appelé à procéder à des changements au niveau des structures et à celui des moyens d'action", explique de go Abdellatif Mekki. Et de répondre à notre demande de nous fournir des exemples : "beaucoup étaient contre l'alliance avec Nidaa Tounès, le soutien de Youssef Chahed (ancien Premier ministre, choisi par feu Béji Caïd Essebsi et qui s'est rebellé contre lui), au prix d'une brouille avec le président, la gestion des affaires du Parlement... En fait, la garde rapprochée de Ghannouchi rejetait, avec sa bénédiction, toute velléité de réforme, de changement".

Lui rappelant que d'autres démissions de barons, comme celles de Zied Laâdhari et Abdelhamid Jelassi, avaient précédé la leur, pour pratiquement les mêmes raisons, nous l'invitons à nous éclairer sur la raison de la "patience" des démissionnaires et si cela n'a pas été dicté par les mesures exceptionnelles, prises par le président de la République, le 25 juillet.

"Il est vrai que le coup d'État a précipité les choses. Mais la fronde existait déjà, même si nous espérions qu'avec ce qui se passait au Parlement, la crise et le blocage qui durcissaient, que le président du Parlement allait enfin entendre raison et entreprendre les changements réclamés par les réformistes. Mais voilà que lui et son entourage direct écartent complètement ces derniers du centre de décision. Il était clair que le point de non-retour était atteint", répond l'ancien ministre de la Santé.

Pourtant, lui-même faisait partie de cette garde rapprochée de Ghannouchi. "Je ne le nie pas, ni ne le renie. Mais j'étais de ceux qui donnaient franchement leur avis, qui n'hésitaient pas à aller à contre-courant de ce que voulait -ou attendait- Rached Ghannouchi et qui réclamaient des réformes pour briser l'isolement de notre mouvement. Il est vrai que je m'astreignais à la discipline du parti en ne rendant pas publiques ses affaires internes et en faisant, jusqu'à une certaine mesure, "miennes" les décisions de la direction, en souhaitant, chaque jour, que Rached Ghannouchi prenne conscience de l'ampleur de la crise et de notre implication, pour changer son fusil d'épaule", précise-t-il.

Et d'ajouter, souriant, quand nous lui apprenons, justement, la toute fraîche démission de Mohamed Goumani de la Commission de gestion de la crise, désignée par le président d'Ennahdha : "Savez-vous que j'ai refusé de chapeauter cette commission? J'étais conscient qu'elle n'avait aucun pouvoir, ni latitude d'action et j'étais sûr que Goumani allait vite jeter l'éponge". Et de renchérir que c'est le nouveau Bureau exécutif qui décide "et vous voyez qu'il vient d'être rejeté en bloc par la Choura (Conseil des sages)".


-- Démission et après


A propos des projets des 131 démissionnaires et de ce qu'ils comptent entreprendre, Abdellatif Mekki nous révèle qu'il comptent s'organiser dans un cadre qui reste à définir (association, organisation, mouvement, parti...) pour proposer aux Tunisiens une vision et un projet sociaux, politiques et économiques qui répondent à leurs attentes. Serait-ce avec un référentiel religieux? "La Constitution apporte la réponse à votre questionnement, puisque point de référence religieuse aux partis. Non, mais ce que nous proposerons ne sera pas en opposition avec les valeurs partagées par la majorité des Tunisiens. Et puis, le culturel, le sociétal et le vivre ensemble ne se décident pas par des lois ou des décrets constitutionnels. Cela se fait par des débats et des dialogues horizontaux", affirme-t-il.

Quant à leur base et s'ils comptent puiser dans la "réserve" d'Ennahdha, il avance qu'ils pensent surtout à ceux qui s'en sont éloignés, ces dernières années et à l'ensemble des Tunisiens qui adhèreront à leur projet, "même si c'est de bonne guerre si nous sommes rejoints par les sympathisants insatisfaits d'Ennahdha. Après tout, l'assise de la Coalition Al Karama est composée de nahdhaouis et de partisans du Congrès pour la République, le feu parti de Moncef Marzouki", précise-t-il.

Et que répondrait-il aux sceptiques ou aux malintentionnés qui crient déjà à la manœuvre et au gros canular, à travers cette démission collective qui ne viserait qu'un retour d'Ennahdha, dans un nouvel habit et à travers des "colombes", à la place de ses "faucons"?

"Mais c'est justement ce que les réformistes demandaient, le changement des orientations en plus. Des changements dirigés vers l'intérêt public, la résolution des problèmes des Tunisiens, l'ouverture sur les composantes de la Société civile et les autres partis... Hélas, la direction et son entourage n'ont pas su écouter et agir, à temps. Cela dit, non ce n'est pas une manœuvre", assure Mekki.

Seulement, ce faisant, les démissionnaires n'ont-ils pas affaibli à jamais Ennahdha et Ghannouchi, signé leur éviction de la scène politique?

"De grands partis militants comme le MDS (mouvement des démocrates socialistes) ou le Parti communiste ont complètement disparu, sous l'effet de la dictature, mais ils se sont regénérés sous d'autres courants et appellations. Je ne crois pas que ce sera le cas d'Ennahdha qui, même avec une dimension et un poids moindres, pourra plus que survivre et être toujours là, si ses dirigeants se remettent en question et révisent leurs orientations, leurs priorités et leur vision générale. C'est ce que je lui souhaite, car je quitte ce parti, sans rancune aucune", répond-il.

Quant à Kais Saïed, Abdellatif Mekki considère que le "coup d'Etat" qu'il a mené et les mesures exceptionnelles qu'il a décidées, mènent le pays vers l'inconnu et qu'il faut que les députés, la Société cité et les organisations nationales réagissent "avant que la Tunisie n'aille définitivement à la dérive".

Et de conclure : "Il aurait été tellement plus simple pour lui d'agir et de rétablir les vicissitudes dans un cadre légal et constitutionnel, sans provoquer tout ce remous, ces suspicions et ces controverses, à l'échelle nationale et internationale, qui ne servent point la Tunisie".

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