Amarana Malga
22 Juillet 2026•Mise à jour: 22 Juillet 2026
AA / Bamako / Amarana Maiga
La violence liée aux activités minières dans le Sahel central se concentre principalement autour des grands bassins miniers et des infrastructures qui soutiennent l'exploitation de l'or, plutôt que sur les sites d'extraction eux-mêmes, selon une analyse publiée par l'ONG spécialisée dans le suivi des conflits, ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project) autremendit Projet de données sur les lieux et les événements des conflits armés.
L'étude, qui couvre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, met en évidence une corrélation croissante entre l'expansion des activités minières, en particulier aurifères, et l'intensification des violences armées. Près de 90 % des incidents recensés à proximité des zones minières se produisent en dehors des concessions, essentiellement dans un rayon d'une dizaine de kilomètres, où se concentrent axes de transport, villages, sites d'exploitation artisanale et marchés.
Selon ACLED, l'or demeure le principal facteur structurant de cette dynamique régionale. La concentration des activités extractives autour de ce minerai façonne à la fois la géographie et l'intensité des affrontements, transformant les écosystèmes miniers en espaces où se croisent enjeux économiques, sécuritaires et politiques.
L'analyse souligne que le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, est le principal groupe armé impliqué dans les violences liées aux activités minières. La dynamique dominante reste l'affrontement entre les groupes armés et les forces progouvernementales, même si les zones minières connaissent également des violences communautaires, des actions de milices d'autodéfense et des troubles civils.
Les auteurs estiment que les groupes armés exploitent de plus en plus les économies minières pour financer leurs opérations, recruter de nouveaux combattants, contrôler les populations locales et affirmer leur influence territoriale. Dans certaines régions, des sites d'exploitation artisanale auraient été transformés en bases semi-permanentes permettant le stockage d'armes et le soutien logistique des combattants.
L'étude relève également que les gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont renforcé depuis 2023 leur contrôle sur les ressources minières à travers des réformes des codes miniers et des politiques de nationalisation, dans un contexte de compétition accrue pour l'accès aux ressources.
Selon les données d'ACLED, les conflits survenant à proximité des sites miniers représentent environ 5 % de l'ensemble des événements de violence politique enregistrés dans les trois pays depuis 2015. Le Burkina Faso concentre 75 % des incidents recensés entre janvier 2015 et juin 2026, devant le Mali (15 %) et le Niger (10 %). Toutefois, depuis 2024, cette violence s'étend progressivement à l'ensemble du Sahel central. En 2025, la part du Burkina Faso est tombée à 54 %, tandis que le Mali et le Niger représentaient respectivement 29 % et 18 % des incidents.
Pour les auteurs, cette évolution traduit moins un recul de l'insécurité au Burkina Faso qu'une régionalisation progressive des conflits liés aux activités minières.
L'analyse conclut que les zones minières ne constituent plus uniquement des espaces de production économique, mais deviennent des territoires de confrontation durable où groupes armés, forces étatiques, compagnies minières et communautés locales rivalisent pour le contrôle des ressources, des populations et des circuits économiques. Les chercheurs estiment enfin que la progression des groupes armés vers les États côtiers d'Afrique de l'Ouest pourrait favoriser l'apparition de dynamiques similaires dans de nouvelles régions minières.