AA / Istanbul / Mariem Njeh
L'épidémie de maladie à virus Bundibugyo (MVB), une forme de la maladie à virus Ebola, s'intensifie en République démocratique du Congo (RDC) et constitue désormais "la plus grande épidémie d'Ebola jamais signalée" dans le pays, a annoncé samedi l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans son dernier bulletin épidémiologique.
Selon l'OMS, l'épidémie, initialement confinée à la zone de santé de Mongbwalu, dans la province de l'Ituri, s'est étendue au cours des deux derniers mois à cinq provinces : Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uélé et Tshopo, touchant désormais 49 zones de santé.
Au 30 juillet 2026, 3.605 cas confirmés, dont 1.587 décès, ont été recensés en RDC, précise l'Organisation. Ce bilan dépasse celui de la précédente plus grande épidémie du pays, survenue entre 2018 et 2020, qui avait totalisé 3.317 cas confirmés.
L'OMS souligne que la semaine épidémiologique 30 (dernière semaine complète de déclaration) a enregistré le nombre hebdomadaire de cas (567) et de décès (296) le plus élevé depuis le début de l'épidémie, "soulignant le rythme exceptionnel de la transmission".
L'Organisation attribue en partie l'augmentation des cas au renforcement de la surveillance et des capacités de dépistage, mais indique que "la majeure partie de cette hausse reflète l'expansion réelle de l'épidémie".
Bilan mondial cumulé
Selon l'OMS, 3.626 cas confirmés ont été rapportés au niveau mondial depuis le début de l'épidémie : 3.605 en RDC ( dont deux cas diagnostiqués dans le pays puis soignés en Allemagne), 20 en Ouganda et un en France. Au total, 1.589 décès ont été enregistrés, dont deux en Ouganda. Au 30 juillet, au moins 651 personnes se sont rétablies en RDC et 18 en Ouganda.- Répartition géographique en RDC
L'Ituri demeure la province la plus touchée, avec 88% des cas confirmés (3.176/3.605) et 82,6% des décès (1.311/1.587) enregistrés à l'échelle nationale, selon l'OMS. Au sein de la province, les zones de santé les plus affectées sont Bunia (880 cas), Rwampara (627), Mongbwalu (541), Nizi (377), Lita (131) et Nyankunde (114).
L'Organisation précise que l'épidémie reste active dans 33 des 49 zones de santé touchées, où des cas ont été confirmés au cours des sept derniers jours - soit 641 cas et 282 décès sur cette période.
Une zone supplémentaire, Wanie-Rukula (Tshopo), est en attente d'harmonisation des données au niveau provincial, selon l'OMS.
Les contaminations parmi le personnel de santé se poursuivent, avec 151 cas confirmés, dont 44 décès (taux de létalité de 29%) et 68 guérisons, relève l'OMS, qui évoque des "défis persistants" dans la mise en œuvre des mesures de prévention et de contrôle des infections dans les établissements de santé.
Un contexte sécuritaire complexe
L'OMS indique que l'épidémie se déroule dans un contexte humanitaire et sécuritaire complexe, marqué par des déplacements de population, une forte mobilité et un accès limité aux services essentiels (santé, eau potable, nourriture, abri et protection), des conditions qui accroissent le risque de transmission, notamment dans les sites surpeuplés de déplacés internes.
L'insécurité et les attaques visant des structures de santé ont entravé les opérations de riposte dans les provinces touchées, en restreignant l'accès des équipes et en augmentant le risque de transmission non détectée, selon l'Organisation, qui insiste sur l'importance d'une riposte "centrée sur les communautés", conduite par les autorités locales et les leaders communautaires.
Fin de l'épidémie en Ouganda
Le ministère de la Santé de l'Ouganda a déclaré, le 28 juillet, la fin de l'épidémie de MVB sur son territoire, après 42 jours sans nouveau cas confirmé de transmission locale, le dernier patient ayant quitté les soins le 16 juin 2026, rapporte l'OMS. Le cas importé le plus récent a été déclaré guéri le 16 juillet, après deux résultats de tests négatifs.
Conformément aux directives internationales, l'OMS indique qu'elle continuera de surveiller la situation pendant 42 jours à compter de cette date afin de s'assurer qu'aucune chaîne de transmission n'a été manquée. L'Organisation souligne que l'Ouganda "reste exposé au risque de cas importés et de réintroduction" du virus, en raison de la transmission en cours dans la RDC voisine.
L'OMS "réitère la nécessité de maintenir une surveillance et des mesures de préparation et de contrôle renforcées", notamment au regard des mouvements de population persistants et du risque de transmission transfrontalière.