Mohamed Hedi Abidellaoui
07 Avril 2017•Mise à jour: 07 Avril 2017
AA/ Kinshasa/ Joseph Tsongo
« Lucha », « audace » et « philanthropie », ces trois mots résument parfaitement son parcours. Elle a juste 20 ans. Pourtant, les bons échos de ses œuvres et réalisations ont franchi les frontières de la RD.Congo.
Il s’agit bien d’elle. Elle qui porte le nombre de ses années de militantisme comme un médaillon honorifique sur sa poitrine.
La jeune Rebbeca Kavugho, militante du Mouvement citoyen de la lutte pour le changement (LUCHA) vient de remporter le prix « International Women of Courage », décerné par le gouvernement américain.
Elle est la plus jeune femme à recevoir ce prix, depuis son institution en 2008.
Native de l’est congolais et toujours vêtue d’un T-shirt portant la marque « Lucha », son engagement citoyen ne date pas d’aujourd’hui.
- De la lumière au bout du tunnel
« Plusieurs fois emprisonnée, j’avoue que le courage dans la lutte pacifique paie et c’est avec humilité que je reçois ce prix que je dédie à mon tour à la femme congolaise», dit Rbecca dans un entretien avec Anadolu. Sa réussite ? Elle la doit à la persévérance et au soutien sans faille de ses acolytes. Un soutien qui l’a toujours aidé à supporter des appels répétitifs à l’abandon de sa cause.
« Quand nous organisions des marches pacifiques et bien d’autres manifestations publiques pour dénoncer ce qui va mal et que j’étais chaque fois emprisonnée pour ça, les gens s’étonnaient et surtout les hommes se demandaient si j’étais, réellement, femme. Car en RDC la femme est généralement réduite un être de second degré au service de l’homme », témoigne-t-elle.
Pacifique, elle a toujours refusé de courber l’échine devant une « machine infernale ». Même les menaces de mort ou d’emprisonnement ne l’ont jamais effrayée. « J’ai plusieurs fois été emprisonnée, depuis que j’ai commencé, âgée seulement de 19 ans. Ma devise étant : ne jamais baisser les bras», Rbecca.
Les habitants de la ville qui la repéraient sur la première ligne lors des marches de protestation, assez souvent réprimées à coups de balles ou de gaz lacrymogène par la police, admiraient, bien que surpris, son audace. « Chaque fois qu’il y avait ce qui n’allait pas dans le pays, cette fille a toujours été aux côtés des hommes qui marchaient pour manifester leur mécontentement. C’est exceptionnel, car chez-nous les femmes ne parlent même pas politique, ça m’étonne qu’elle, une jeune fille, accepte de se faire tirer dessus par des policiers enivrés qui répriment ce genre de manifestations ! », s’exclame cette dame quinquagénaire interrogée par le correspondant d’Anadolu.
- Elle rêve d’un « Congo nouveau »
Etudiante en psychologie à l’université libre des pays des grands-lacs (ULPGL) en sigle, Rebecca Kabugho raconte qu’elle a eu l’idée d’oser la lutte non-violente à l’âge de 19 ans. Elle avait alors la conviction que rien n’avançait dans son pays.
« Personne ne m’a encouragé d’y aller, y compris mes parents qui craignaient aussi pour moi. Dans un pays sans eau ni électricité, sans infrastructures sanitaires ou scolaires…mais où les politiciens mangent sur le dos du peuple, en organisant des guerres dans lesquelles les femmes sont tuées et violées…c’est bien ce mal qui m’a fortifiée et je me suis engagée dans la lutte pour le changement», égrène-t-elle. Ses parents n’avaient, cependant, pas tort en craignant pour sa vie et son devenir. Car Rebecca a été plusieurs fois emprisonné avec les hommes.
« Ma famille et les voisins me disaient que j’allais mourir et que la lutte est réservée aux hommes. Selon eux, aucune femme ne peut combiner la lutte avec d’autres responsabilités familiales, ce qui est aussi faux», rattrape la jeune fille, assurant qu’elle n’abandonnera jamais la lutte pacifique, même quand elle sera mère de famille.
Après un long chemin vers la liberté et la dignité, elle affirme avoir eu le bon couronnement, celui dont sa famille est amplement fière aujourd’hui. Sa famille qui a, en effet, fini par comprendre la noblesse de son combat. « Un combat pour la vie, un combat pour la dignité et la liberté », jubile-t-elle.
Toujours au devant de la scène, Rebecca, infatigablement enthousiaste, déterminée et débordante d’énergie, milite encore pour le bien de son pays et de ses concitoyens. Elle rêve aujourd’hui d’un "Congo nouveau, véritablement indépendant et démocratique, uni, paisible et prospère".