Sanaa Amir
02 Août 2026•Mise à jour: 02 Août 2026
Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui dirige l'administration régionale du Tigré, a accusé samedi le gouvernement fédéral éthiopien d'avoir engagé une offensive militaire dans l'ouest de la région, non loin de la frontière avec le Soudan. Selon un communiqué de l'administration tigréenne relayé par Africanews, les combats ont débuté tôt samedi matin en direction de Shererina, dans la zone occidentale du Tigré.
Les autorités affirment que les forces fédérales ont fait usage d'artillerie lourde contre leurs positions. Après des mois de blocus, de sièges, de frappes de drones et d'actions menées par des forces supplétives, le TPLF estime que le gouvernement central est désormais passé à une phase de confrontation directe, qualifiant la situation de guerre ouverte.
Un tournant redouté depuis des mois
Cette annonce intervient après plusieurs semaines de mises en garde mutuelles entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes. Depuis la signature, en novembre 2022, de l'accord de Pretoria censé mettre fin à la guerre du Tigré (2020-2022), les relations entre les deux camps n'ont cessé de se détériorer.
Selon le communiqué tigréen, le gouvernement fédéral aurait multiplié depuis 2022 les manœuvres visant à affaiblir la région : blocus économique, préparatifs militaires et pressions politiques. Les autorités régionales appellent la population, les forces de sécurité locales, la société civile et les institutions religieuses à se tenir prêtes face à ce qu'elles présentent comme une menace existentielle pour le Tigré.
Le communiqué exhorte également la communauté internationale à intervenir sans délai pour éviter une escalade qui rappellerait le conflit meurtrier des années 2020-2022, estimé par l'Union africaine à environ 600 000 morts.
Contactées, les autorités fédérales éthiopiennes n'ont pour l'heure pas réagi à ces accusations, précise Africanews. Ce silence intervient dans un contexte de fractures internes au sein même du TPLF, divisé depuis plusieurs mois en deux factions rivales, ce qui complique l'identification des interlocuteurs légitimes côté tigréen.
Une région sous tension depuis janvier
Ce nouvel épisode s'inscrit dans une spirale de tensions amorcée dès janvier 2026, lorsque de premiers affrontements avaient éclaté entre combattants tigréens et forces fédérales, appuyées par des milices amhara, dans le district de Tselemti, à l'ouest du Tigré. Depuis février, l'armée éthiopienne avait par ailleurs renforcé sa présence le long de la frontière régionale, déployant artillerie lourde et blindés.
Des tensions parallèles opposent également Addis-Abeba à l'Érythrée, accusée par le gouvernement éthiopien de soutenir une faction du TPLF dans le but de déstabiliser le pays. Asmara, de son côté, redoute des visées éthiopiennes sur ses ports d'Assab et de Massaoua, alors que le Premier ministre Abiy Ahmed a plusieurs fois exprimé sa volonté de doter l'Éthiopie d'un accès maritime.
Des analystes redoutent qu'un embrasement dans le nord de l'Éthiopie ne s'étende à l'ensemble de la Corne de l'Afrique, une région déjà fragilisée par les conflits en Somalie, au Soudan et au Soudan du Sud.