Sanaa Ou Amir Ahamada
22 Juillet 2026•Mise à jour: 22 Juillet 2026
En visite d'État à Paris, le président gabonais Brice Oligui Nguema a plaidé pour un changement de paradigme dans les rapports entre l'Afrique et les pays industrialisés, jugés seuls responsables de la pollution mondiale.
« Il faut préserver les forêts. Mais à quel prix ? Il faut qu'on nous paye, parce que c'est vous qui polluez. Ce ne sont pas les Africains qui polluent. »
La formule, lancée par Brice Oligui Nguema dans un entretien accordé au Figaro à l'occasion de sa récente visite d'État en France, résume à elle seule la ligne diplomatique que le président gabonais défend désormais sans détour face à ses interlocuteurs occidentaux.
Le chef de l'État plaide pour une nouvelle approche des relations entre l'Afrique et les pays industrialisés : les nations qui préservent les grandes forêts tropicales, estime-t-il, doivent être rémunérées pour leur contribution à la lutte contre le changement climatique.
Un équilibre à trouver entre conservation et développement
Le président gabonais tient toutefois à ne pas être perçu comme opposé à toute forme de croissance économique.
« Nous, on préserve les forêts, mais on ne va pas les préserver au détriment de notre développement. On a aussi besoin de se développer. À un moment donné, il faut trouver le juste milieu entre l'Europe et l'Afrique dans la préservation des forêts », a-t-il ajouté.
Rappelant que le Gabon abrite l'un des plus importants puits de carbone de la planète, Brice Oligui Nguema affirme que la protection de cet écosystème ne peut se faire au détriment du développement économique du pays. Il appelle à un « changement de paradigme » fondé sur une rémunération équitable des services environnementaux rendus par l'Afrique à l'ensemble de l'humanité.
Un discours réitéré depuis plusieurs mois
Ce message n'est pas nouveau dans la bouche du président gabonais. Il l'avait déjà tenu en novembre 2025 face à Emmanuel Macron, à Libreville, dénonçant le fait que le Gabon assume seul, sans compensation réelle, le coût de la préservation de sa forêt depuis plus de cinquante ans. À la tribune de l'ONU, il avait également plaidé pour un partenariat mondial équitable, garantissant une juste rémunération des services écologiques rendus par les forêts gabonaises et africaines.
Un partenariat, pas la charité
« Nous ne demandons pas la charité, nous exigeons un partenariat juste, équilibré et à la hauteur des sacrifices que notre nation consent depuis cinq décennies pour le bien de la planète », avait-il déclaré à Libreville.
Un mécanisme financier existe déjà sur le papier : un engagement de 2,5 milliards d'euros a été pris lors de la visite de Macron au Gabon en novembre 2025, dans le cadre de « l'Appel de Belém pour les Forêts du Bassin du Congo ». Le Gabon porte également le projet du Fonds Bleu du Bassin du Congo, qui vise à mobiliser plus de 5 milliards de dollars pour des projets structurants.
Le contexte d'une relation redéfinie
Cette sortie médiatique intervient dans le cadre de la première visite d'État de Brice Oligui Nguema en France, du 20 au 22 juillet 2026, à l'invitation d'Emmanuel Macron. Les deux chefs d'État ont évoqué ensemble la protection de la forêt du Bassin du Congo parmi les dossiers prioritaires de cette rencontre, aux côtés du manganèse, du Transgabonais et de la coopération sécuritaire.