Ben Amed Azize Zougmore
20 Juillet 2026•Mise à jour: 20 Juillet 2026
La Guinée a officiellement demandé à la France la restitution de plusieurs manuscrits et objets historiques emportés lors des guerres coloniales, rapporte lundi le quotidien français Le Monde.
Une délégation guinéenne se serait rendue à la mi-juin au Musée de l’Armée, à Paris, pour examiner un manuscrit attribué à Samory Touré, l’une des principales figures de la résistance à la colonisation française en Afrique de l’Ouest.
Conservé dans les réserves du musée depuis une cinquantaine d’années, le document, couramment présenté comme le Coran de Samory Touré, contient plusieurs commentaires coraniques rédigés en arabe. Son bonnet, son chasse-mouche et une tunique de guerre figurent également parmi les objets saisis après sa capture par l’armée française en 1898, avant son exil au Gabon, où il est décédé en 1900.
Selon Le Monde, le ministère guinéen de la Culture a engagé, au même moment, une procédure officielle auprès de son homologue français pour obtenir la restitution du patrimoine écrit du pays.
Cette démarche est la première de cette ampleur depuis la requête formulée en 1968 par le premier président guinéen, Ahmed Sékou Touré. Celui-ci avait alors demandé le retour du Coran, du sabre et du boubou de l’empereur du Wassoulou.
La demande guinéenne intervient après l’adoption, en mai 2026, d’une loi française facilitant la restitution de biens culturels aux États étrangers par décret, sans qu’une loi particulière doive être votée pour chaque objet concerné.
Les autorités guinéennes souhaitent notamment récupérer des manuscrits conservés dans plusieurs villes françaises, dont Paris, Caen, La Rochelle, Bordeaux et Le Havre. Des chercheurs mandatés par Conakry travaillent à leur identification et à leur catalogage.
Certains documents auraient été incorrectement répertoriés comme des exemplaires du Coran, alors qu’il s’agirait de commentaires religieux, de biographies du prophète Mahomet ou de textes rédigés en arabe et en ajami, notamment en langues pulaar et maninka utilisant l’alphabet arabe.
La Guinée cherche également à retrouver des œuvres provenant de centres intellectuels précoloniaux comme Timbo, Kankan et Dinguirayé. Ces documents témoigneraient de l’intégration du territoire guinéen dans les réseaux intellectuels et religieux reliant l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb et le Levant.
La conservation de ces manuscrits constitue toutefois un obstacle. D’après le quotidien français, la Guinée ne dispose pas encore d’installations répondant aux normes internationales de température et d’humidité. Le Musée national est en rénovation depuis 2022, tandis qu’un Musée du livre prévu à Conakry ne devrait être achevé qu’en 2030.