Afrique

Kenya: précarité et déscolarisation, le quotidien des enfants des mines

A l'occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, l’OIT rappelle qu’au Kenya quelque 1,9 million d'enfants âgés de 5 à 17 ans continuent de travailler et demeurent déscolarisés.

1 23   | 12.06.2019
Kenya: précarité et déscolarisation, le quotidien des enfants des mines

France

AA/Nairobi/Andrew Wasike

Dans le comté de Migori, situé à l'ouest du Kenya, le commerce de l'or attire les jeunes vers une ville minière animée où le travail des enfants est courant, des mineurs âgés d'à peine huit ans travaillant sous terre à la recherche du métal précieux.

Alors que le monde célèbre mercredi la Journée mondiale contre le travail des enfants, ceux de la ville de Migori s’enfoncent dans des centaines de tunnels dépourvus de lumière et d’air. Les murs y sont humides et moisis, couverts de mousse et assombris par des années de détérioration. Seuls leurs pas résonnent contre les parois du tunnel.

Armés de pioches, ces enfants mineurs remontent du sable et des roches depuis les mines dans l'espoir de trouver de précieux flocons et pépites d'or. Certaines charges de minerai sont très lourdes, ce qui oblige les enfants à les broyer le long du sol du tunnel de terre dans de petites ouvertures afin de commencer le processus de tri.

En regardant d'en haut, on peut distinguer des douzaines d'enfants qui ajoutent de l'eau dans leurs batées à la recherche d'or. Ces enfants voient rarement l'intérieur d'une salle de classe, car ils passent la plupart de leurs journées dans ces mines, un travail difficile et pourtant encouragé par leurs parents, leurs tuteurs et l'ensemble de la communauté.


Pauvres, fatigués et déscolarisés


"Nous sommes très pauvres, nous avons besoin d'argent et le cherchons là où nous pouvons l'obtenir", a déclaré Mary Nseme, qui vit dans le village voisin de Nyatika, à l’Agence Anadolou (AA) .

"Nous savons que les enfants ne sont pas censés travailler, mais sans eux, nous ne pouvons pas manger, car la plupart d'entre nous sommes trop vieux pour travailler."

Alors que le 12 juin marque la Journée mondiale contre le travail des enfants, l'Organisation internationale du Travail (OIT) et l'Union européenne affirment que plus de 1,9 million d'enfants au Kenya - l'une des cinq premières économies d'Afrique subsaharienne - travaillent. De nombreux rapports montrent que le nombre d'enfants kenyans augmente à mesure que les taux de pauvreté augmentent, en particulier dans les ménages ruraux et urbains démunis.

A travers un récent communiqué, l'OIT déplore que des millions d'enfants âgés de 5 à 17 ans travaillent au Kenya: "Seulement 3,2 % de ces enfants ont fait des études secondaires et 12,7 % n'ont aucune éducation formelle."

S'exprimant en swahili, Diana Anyango a déclaré à l'Agence Anadolu : "J'ai commencé à faire ce travail quand j'avais 8 ans, maintenant j'ai 14 ans. J'adorerais aller à l'école, mais ma famille dit que je dois travailler. Je suis toujours dans les mines et jamais à l'école."

"Quand nous quittons cet endroit... pour moi, mes articulations me font mal et je suis extrêmement fatiguée," explique Milka Atieno, âgée de seulement 13 ans. "Quand il pleut, j'attrape le paludisme car il y a des moustiques partout“.

Expliquant à quel point sa famille dépend de son travail à la mine, elle a ajouté : "Quand j'ai des paillettes d'or, ma famille est très heureuse et je ne travaille pas pendant quelques jours. On mange aussi du poulet à la maison, ce qui me rend heureuse."

Ces enfants sont les victimes de l'une des pires formes de travail qu’il soit, néanmoins les autorités locales font encore peu pour remédier à cette situation.

Elekiah Agola, directrice de l'école primaire Macalder, a déclaré à l'Agence Anadolu que chaque fois qu'elle visite les mines, elle voit certains de ses occasionnels et meilleurs élèves.

"Ils ne viennent pas à l'école, mais ils choisissent de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille ", a-t-elle expliqué.

Les tentatives de contacter les autorités locales afin d’obtenir leurs déclarations sont restées sans réponse. Néanmoins l’ancien député de Nyatike, Edick Anyanga qui s’était adressé au média locaux, avait annoncé que des mesures seraient prises par le gouvernement national et le ministère de l'Éducation afin d’aider ces enfants et leurs familles et ainsi enrayer la déscolarisation qui sévit sur le territoire.

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