Lassaad Ben Ahmed
26 Juin 2019•Mise à jour: 27 Juin 2019
AA / Kinshasa/ Uvira / Pascal Mulegwa
Les autorités congolaises, les députés, la société civile et des organisations non gouvernementales participent actuellement à un dialogue communautaire dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) pour régler un conflit sanglant qui oppose deux grandes communautés dans la province du Sud-Kivu.
Le dialogue se déroule du 25 au 28 juin, pour régler les différends entre les communautés Banyamulenge (rwandophone) et Bafuliru (se revendiquant autochtone). Il est organisé par trois ONG, dont Alert International, avec l'appui des autorités provinciales.
Les travaux qui réunissent autour d'une table dix délégués de chaque communauté, les députés provinciaux et nationaux membres de ces communautés, les autorités de l'armée et de la police, se tiennent dans un hôtel de la ville d'Uvira au cœur de hauts plateaux ensanglantés par ce conflit.
"Ce n’est pas le premier dialogue auquel on assiste mais nous voudrions que ce dialogue soit sincère et qu’il porte les résultats", a déclaré le gouverneur du Sud-Kivu, Theo Kasai, lors de l'ouverture du dialogue, censé prendre fin vendredi.
Le même responsable a invité les communautés à "saisir cette occasion unique pour jeter les bases de la reconstruction et du développement (...) en vue d’offrir des possibilités aux bailleurs des fonds de financer des projets susceptibles de stabiliser les territoires d’Uvira, de Fizi et de Mwenga".
"Nous avons besoin du développement et non de la guerre", a- t- il insisté, affirmant que ces travaux doivent dégager un "consensus sur lequel les communautés vont fonder leur réconciliation.".
Rwandophone, la communauté Banyamulenge dénonce la marginalisation par d'autres communautés qui traite ses membres "d'étrangers" ou de "Rwandais".
"Nombreux de ses membres n'ont pas accès aux terres, car pourchassés par des groupes armés instrumentalisés par d'autres communautés", a déclaré à Anadolu, Enock Sebineza, un responsable Nyamulenge.
"Des dizaines de personnes ont été tuées dans ce conflit depuis février dernier, des milliers de têtes de bétails ont été razziées par des groupes armés et plus de 25 villages ont été incendiés", selon le président de la société civile du Sud-Kivu, Patient Bashombe.
Des milliers de personnes se sont déplacées depuis février après l'incendie de leurs villages, selon le bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) en RDC.
"Chaque tribu dispose de son groupe armé. Et ce sont ces groupes armés qui orchestrent les violences", a affirmé à Anadolu, Charles Sadiki, maire de la commune de Minembwe, épicentre d'affrontements entre les deux communautés.
Malgré plusieurs tentative d'accalmie, cette année, les affrontements se sont poursuivis dans les territoires de Fizi , Uvira et Mwenga au Sud-Kivu.
Plusieurs groupes armés nationaux et étrangers sont actifs dans cette province depuis plus de 20 ans, comme dans toutes les provinces de l'est de la RDC.
Une lueur d'espoir est apparue après l'investiture du nouveau président Félix Tshisekedi, en janvier dernier, avec dans les faits, la reddition de plusieurs chefs rebelles et la redynamisation de certaines opérations militaires.