Hafawa Rebhi
17 Septembre 2017•Mise à jour: 17 Septembre 2017
AA / Tunisie / Karim Bouali
Des centaines de Tunisiens ont protesté samedi dans la capitale tunisienne Tunis, pour dénoncer une loi visant à amnistier 1.500 agents de la fonction publique soupçonnés de «corruption financière» et «de détournement de fonds publics».
Un important dispositif sécuritaire a été déployé à l’avenue Habib Bourguiba, où s’est déroulée la manifestation, à laquelle ont appelé la coalition des partis du Front Populaire (une coalition de gauche détenant 15 sièges parmi les 217 sièges du Parlement), le Courant Démocratique (3 députés), le parti Tounes Harak al-Irada (4 sièges au Parlement) et la campagne populaire « Manich Msameh » [Je ne pardonne pas, ndlr].
Les manifestants ont sillonné l’avenue Habib Bouguiba, artère principale de la capitale, scandant des slogans incriminant « la corruption » et célébrant « les martyrs tombés durant la révolution de janvier 2011 ». Dans les pancartes qu’ils ont brandies avec les drapeaux de la Tunisie et la bannière de « Manich Msameh », les manifestants ont dénoncé le « règne des mafias » et « l’impunité des corrompus » et ont insisté sur « l’illégitimité de la loi de réconciliation administrative ».
« Cette marche de protestation est une première étape, et la deuxième sera légale ; il s’agit de contester la constitutionnalité de la loi qui vise à contourner, voire terminer la trajectoire de la révolution tunisienne », a déclaré à Anadolu Zied Lakhdher, un député du Front Populaire.
Zouheir Maghzaoui, le Secrétaire général du Mouvement du Peuple a fait part à Anadolu de son opposition catégorique à la loi en question. « La loi nuit à l’image de la Tunisie à l'étranger ; de nombreuses organisations internationales (non mentionnées) ont estimé que l’adoption de la loi représentait une menace pour la démocratie et un blanchiment de la corruption et qu’elle ne contribuerait pas à attirer les investisseurs étrangers », a-t-il asséné.
La Présidence tunisienne, qui a proposé la loi de réconciliation administrative, estime pour sa part que cette loi permettrait la reprise de l’économie qui s’est détériorée durant les dernières années.
Les députés de l'opposition au Parlement tunisien ont recueilli plus de 35 signatures pour contester la constitutionnalité de la «loi de réconciliation administrative ».
Mercredi dernier, le parlement tunisien avait approuvé un projet de loi sur la réconciliation administrative avec 1.500 suspects de «corruption financière» et de « détournement de fonds publics».
La loi présentée par le président de la République Béji Caid Essebsi en 2015 avait été vivement critiquée par les organisations de la société civile en Tunisie.