Mohamed Hedi Abdellaoui
04 Décembre 2015•Mise à jour: 07 Décembre 2015
AA/ Korhogo (Côte d’Ivoire) / Issiaka N’Guessan
L’Afrique, continent le moins pollueur de la planète, paye pourtant les frais des changements climatiques, objet de la conférence de Paris du 30 novembre au 11 décembre courant. La Côte d’Ivoire en est une parfaite illustration.
Ce pays s’ajoute à la liste des pays africains les plus affectés par ce fléau environnemental des temps qui courent, étant touchée au niveau d’un secteur vital de son économie national : le coton ou l’or blanc comme aiment à dire certains Ivoiriens du fait de son importante contribution à l'économie nationale.
Les effets néfastes des changements climatiques sur la Côte d’Ivoire s'expliquent par la baisse de la production, laquelle semble loin d’atteindre l’objectif fixé pour 2015-2016 : 480 mille tonnes de coton, soit 30 mille tonnes supplémentaires par rapport à la production de la campagne dernière, 2014-2015, estimée à 450.000 Tonnes, selon des données officielles.
Revenant sur les raisons d'une telle stagnation, voire, un éventuel recul, Coulibaly Adama, directeur général adjoint du Conseil coton-anacarde affirme, dans une déclaration à Anadolu : « cette année, du fait des changements climatiques provoquant une rareté des pluies au moment des semis, la Côte d’Ivoire, nous le reconnaissons, n’atteindra pas sa production attendue ».
Dans la même perspective, Bakary Soro, Conseiller technique au sein de la Direction générale, en charge de la production agricole, explique que la campagne sera difficile, pointant une grande sécheresse au cours du mois de juin, période des semis, donc une faible quantité de pluies.
« Pour la campagne 2015-2016, la compagnie ivoirienne de coton (Coic) avait prévu 145.000 ha pour au final semer uniquement 125.104 ha, en raison de la sécheresse qui a frappé une grande partie de la supreficie destinée à la culture de ce produit. D’ailleurs, uniquement cinq zones sur dix de nos principales zones de production (situées dans le Nord qui représente deux tiers de la superficie totale du pays : 326.462 km2, ndlr) ont enregistré une pluviométrie de100 mm (qui constitue le niveau de pluie requis pour cette culture), alors qu’en 2014-2015, neuf zones ont pu réaliser une moyenne de 100 mm, ce qui a, alors, poussé les autorités de tutelle à augmenter la superficie prévue de 125 mille ha à 137 mille ha », détaille-t-il.
Pour pallier les difficultés dont souffre le coton ivoirien, notamment celles dues aux changements climatiques, Simplice Koffi, géographe et vice-doyen à l’Université Péléforo Gon Coulibaly de Korhogo, préconise « une étroite collaboration entre le monde rural et le monde scientifique capable de donner des remèdes à ce fléau naturel», soulignant par la même occasion que « l’écart demeure de taille entre les agriculteurs ou producteurs et les chercheurs ».
Le coton joue un rôle important dans l’économie agricole de la Côte d’Ivoire. Il représente suivant les années entre 5 et 10% des exportations du pays et génère annuellement de l’ordre de 120 Mrds FCFA (193,6 millions USD) de chiffre d’affaires dont 70-80% en devises, selon le ministère de l’Agriculture.
Ce produit phare représente, ainsi, le poumon de l’économie des zones du nord de la Côte d’Ivoire, qui couvrent les deux tiers du territoire. Il constitue la principale source de revenus des populations du nord (3,5 millions de personnes vivent directement ou indirectement de cette culture), d’après la même source. Chaque année, environ 80 % de la production de coton fibre est exporté vers l’Europe et l’Asie. Le reste, soit 20 %, représentant 20 à 25 000 tonnes, est vendu aux deux entreprises de filature/tissage que sont COTIVO (Société Cotonnière de Côte d’Ivoire) et FTG (Filature et Tissage Gonfreville), informe le site du ministère de l'Agriculture.