Afrique

Burundi: Des experts de l'ONU condamnent la condamnation de quatre journalistes à de la prison

-Ces déclarations interviennent 20 jours après le verdict rendu par le Tribunal de Grande Instance de Bubanza condamnant à deux ans et demi de prison quatre journalistes d'Iwacu.

Nadia Chahed   | 21.02.2020
Burundi: Des experts de l'ONU condamnent la condamnation de quatre journalistes à de la prison

Bujumbura

AA/Bujumbura/Yvan Rukundo

A l’approche des élections de 2020 au Burundi, des experts de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont vivement critiqué la condamnation de quatre journalistes burundais, rapporte l'ONU dans un communiqué publié sur son site.

"Après un procès entaché d'irrégularités, la condamnation de quatre journalistes à la prison pour avoir simplement exercé leur travail de collecte d’informations n'est pas acceptable", dénoncent-ils, rappelant que "les journalistes doivent pouvoir exercer leur travail de manière indépendante et doivent pouvoir accéder librement aux sources d’information".

Ces déclarations interviennent 20 jours après le verdict rendu par le Tribunal de Grande Instance de Bubanza condamnant à deux ans et demi de prison quatre journalistes d'Iwacu.

Accusés de "complicité à l’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat", les quatre reporters à savoir Agnès Ndirubusa (service politique), Christine Kamikazi (Web radio), Egide Harerimana (rédaction anglaise) et Térence Mpozenzi ( caméraman) et leur chauffeur Adolphe Manirakiza ont été arrêtés le 22 octobre, à Musigati dans la province de Bubanza alors qu'ils effectuaient un reportage sur une attaque d’un groupe armé dans cette localité.

Leur procès n’a duré que deux heures. L'infraction a été requalifiée en "tentative impossible d'atteinte à la sûreté de l'Etat", sans que les accusés n'en soient informés. Ils n'auraient donc pas eu la possibilité de se défendre contre cette nouvelle accusation, rapporte l'ONU.

Seul le chauffeur a été acquitté après leur comparution publique du 31 décembre 2019 et leur matériel (véhicule, téléphones, enregistreurs et une caméra et son chargeur) rendu à Iwacu.

Les experts onusiens estiment en outre que ces journalistes ont été détenus sans base légale durant plusieurs jours.

Pour eux, le "procès n’a pas respecté les garanties du droit à un procès équitable’". "Ces condamnations semblent directement liées à leurs activités de journalistes. A défaut de respecter ces garanties essentielles, les journalistes doivent être libérés", notent-ils soulignant que cette affaire s’inscrit dans un contexte où la liberté d’information est de plus en plus menacée, notamment à l’approche des élections présidentielles, parlementaires, communales et collinaires prévues entre mai et août 2020.

Les intimidations visant les journalistes sont courantes au Burundi, notamment depuis la crise politico-sécuritaire déclenché depuis l'annonce de Pierre Nkurunziza sa candidature à un troisième mandat en avril 2015.

Ainsi Blaise Kararumiye, correspondant de la radio Isanganiro ( privée) a été arrêté le 16 janvier puis relâché après 48 heures d’emprisonnement.

Les radios internationales BBC et VOA se sont vues suspendre leurs licences d’exploitation en 2019.

A moins de trois mois des élections, les Rapporteurs Spéciaux de l’ONU se disent très préoccupés par le rétrécissement de l’espace démocratique, et particulièrement de la liberté d’information.

Ils contestent également la décision du Conseil national de la communication (CNC) d’imposer un Code de bonne conduite des médias et des journalistes en période électorale pour 2020. Un code qui "interdit la publication de certaines informations d’intérêt public, telles que des sondages ou des informations sur de possibles contestations de résultats électoraux".


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