Afrique

Au Burundi la culture du coton ne séduit plus

Nadia Chahed   | 03.11.2017
Au Burundi la culture du coton ne séduit plus

Burundi

AA/Bujumbura/Yvan Rukundo

Privée de tout appui budgétaire et confrontée à un ensemble de contraintes dont la faible évolution des prix, le changement climatique et le rétrécissement des espaces d'exploitation, la culture du coton séduit de moins en moins au Burundi.

Beaucoup d'agriculteurs ont même décidé de se tourner vers d'autres cultures notamment vivrières, "plus porteuses et moins risquées".

"Vu le coût de production et ce que ça nous rapporte, nous préférons se tourner vers des cultures vivrières", confie à Anadolu Canésius Bukuru, un agriculteur de Cibitoke, dans l’Ouest du pays.

Il explique à ce propos que pour cultiver 1 hectare de coton, 400 dollars sont nécessaires pour une production d'environ 800 kg qui rapportent à la fin 228 dollars (un kilo de coton étant vendu à 0.28 dollars), ce qui équivaut à une perte de plus de 150 dollars.

Pour sa part, Onesphore Mutankana, responsable de la Confédération nationale des associations des producteurs de coton déplore le relâchement au niveau de l’encadrement et la rareté des produits phytosanitaires.

"Il y a quelques années, il y avait des encadreurs payés par l’Etat et un suivi rigoureux de cette culture. Aujourd’hui, apparemment nous sommes livrés à nous-
mêmes", explique-t- il, notant qu’en 2012, environ 50% de ses champs de coton ont été ravagés par des insectes faute de produits phytosanitaires.

Une situation inquiétante pour le gouvernement. Pierre Claver Nahimana, directeur de la Compagnie de gérance du coton du Burundi (Cogerco), évoque
d’abord la crise politique vécue par le pays depuis 1993 avec l’assassinat du président Melchior Ndadaye.

Cette crise "a provoqué un abandon progressif de cette plante", souligne-t-il, précisant que la production a chuté, de 8813 tonnes (1993) à 2020 tonnes en 2016.

Par ailleurs, déplore-t-il, ce secteur est privé de tout appui budgétaire extérieur contrairement aux autres cultures d’exportation comme le thé et le café.

Et la pression démographique, poursuit-il, a fait que les terres cotonnières qui dépassaient les 9.000 hectares de 1960 à 1971, se rétrécissent pour ne concerner que 2500 hectares actuellement.

Introduite en 1920 au Burundi, la culture de coton se concentre, essentiellement, dans la plaine de la Rusizi, dans l’Ouest du pays.

Des cultures existent également à Rugombo et à Buganda dans la province de Cibitoke ainsi qu'à Nyamitanga, Gihanga, Cabiza, dans la province de Bubanza et dans la région de Moso, dans l'Est du pays près de la Tanzanie.

Dans le but de promouvoir une seconde culture d’exportation du pays après le café, en 1925, la culture du coton fut obligatoire et chaque famille devait cultiver de 10 à 15 ares ( entre 1000 et 1500 mètres carré), une superficie qui sera portée à 40 ares en 1935 pour tout homme marié et 20 ares pour tout célibataire.

Aujourd'hui et en dépit des difficultés qui entravent le développement optimal de ce secteur, des projets sont initiés pour relancer cette culture, indique Nahimana.

"On s’oriente actuellement vers le développement de la filière agro-textile dans sa totalité à travers, notamment, la production d'une quantité suffisante de coton fibre pour alimenter l’industrie textile locale", explique-t-il.

Après la faillite, en 2006, du Complexe textile de Bujumbura (Cotebu), important marché de la Cogerco, l’usine privée Afritextile a pris la relève pour absorber la quasi-totalité de la production du coton du Burundi.

Au nom du gouvernement, le directeur général de la Cogerco évoque également le projet régional "Cotton Victoria" développé entre le Brésil et trois pays de la Communauté est-africaine à savoir le Burundi, le Kenya et la Tanzanie. Un projet qui vise également à re-dynamiser la filière, précise-t-il.

"Il prévoit, notamment, la mise en place d’un système de production de semences de qualité et de technologies agricoles cotonnières appropriées ainsi que le renforcement des capacités de production", explique-t-il.

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