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Algérie : La machine économique peine à remonter la pente (Analyse)

- L’Algérie a entamé l’année 2022 avec une hausse vertigineuse des prix à la consommation qui a contraint, à la mi-février dernier, les autorités à suspendre l’application des taxes et impôts prévus par la loi de finances

Fatma Bendhaou   | 02.03.2022
Algérie : La machine économique peine à remonter la pente (Analyse)

Algeria


AA/Alger/Aksil Ouali

Cherté de la vie, impact de la fluctuation des marchés internationaux et difficulté à relancer la machine économique… L’Algérie a entamé l’année 2022 avec une hausse vertigineuse des prix à la consommation qui a contraint, à la mi-février dernier, les autorités à suspendre, « jusqu’à nouvelle ordre » l’application des taxes et impôts prévus par la loi de finances qui venait juste d’entrer en vigueur.

La décision, annoncée par le Président Abdelmadjid Tebboune, concerne « certains produits alimentaires, l’importation des téléphones portables et du matériel informatique à usage personnel ». De plus, le chef de l’Etat algérien a annoncé le versement, à partir du mois de mars en cours, d’une allocation chômage de 13 000 DA (90 dollars) destinée aux chômeurs (19-40 ans) pour, a-t-il affirmé, « préserver la dignité de cette catégorie de citoyens ».

Ces mesures sont annoncées dans un contexte marqué par une forte hausse des prix des produits de grande consommation qui ont pesé lourdement sur le budget des ménages. Anticipant, peut-être, sur une éventuelle grogne sociale, les autorités algériennes ont revu leurs cartes sur le plan économique. Mais en avançant, comme justificatif, « les fluctuations des marchés mondiaux et la flambée des prix de la matière première importée ». Est-elle l’unique cause ? Pourquoi l’économie algérienne peine-t-elle à démarrer ?

En décembre dernier, la Banque mondiale a relevé, dans un rapport contesté par le gouvernement algérien, « que l’indice des prix à la consommation avait augmenté de 9,2 % en glissement annuel, atteignant un sommet depuis 2012 », en dressant un constat alarmant sur la situation économique du pays.

« L’économie algérienne étant extravertie, la hausse des prix de nombreux produits de base importés ainsi que l’augmentation des tarifs du transport maritime constituent d’autres facteurs porteurs de risques inflationnistes. Enfin, la forte dépréciation du dinar par rapport au dollar et à l’euro a contribué à renchérir la plupart des biens importés », analyse pour sa part, Brahim Guendouzi, économiste et consultant dans une interview au quotidien algérien, Liberté.

- Des risques

Pour l’économiste, « il est clair qu’une hausse importante des prix permet d’acheter un nombre moindre de produits, d’où la perte du pouvoir d’achat aussi bien pour les ménages que pour les entreprises ». Il suggère, dans ce sens, la mise en place d’autres mesures « contre la spirale inflationniste ».

« Les mesures prises récemment par les pouvoirs publics concernant les revenus (baisse de l’IRG et révision de la valeur du point indiciaire pour les traitements de la fonction publique) s’inscrivent en quelque sorte dans une logique de rattrapage du pouvoir d’achat, qui est en chute libre. Ceci reste évidemment insuffisant si l’on se limite à ces actions, dès lors que l’inflation continue à progresser, surtout sur les marchés internationaux, particulièrement en cette conjoncture de crise militaire en Europe. D’où la nécessité d’adopter une batterie de mesures permettant de lutter contre l’inflation avant qu’elle ne prenne la forme d’une spirale incontrôlable », préconise-t-il.

Les effets de cette inflation sont fortement ressentis par les ménages algériens. La hausse des prix a touché pratiquement tous les produits et les majorations étaient de l’ordre de 40 à 60%. Elles ont touché aussi bien les produits frais (légumes, fruits et viandes) que les autres denrées de grande consommation comme les pâtes, les conserves …

« Depuis des mois, je ne peux plus acheter avec 1000 DA (7 dollars) la même quantité de produits que je me permettais avant. Mes dépenses quotidiennes dépassent les 2000 DA, sans pour autant remplir mon couffin », déclare à l'Agence Anadolu Hassan, un sexagénaire retraité de la fonction publique, rencontré à Alger-centre. Percevant une retraite de 30 000 DA (211 dollars) par mois, l’homme affirme « qu’il peinait pour boucler le mois, tellement la valeur de sa pension a beaucoup régressé ».

Ce constat sur l’érosion du pouvoir d’achat des Algériens est confirmé, dans une récente étude, par l’Association de protection des consommateurs et d’orientation du consommateur et son environnement (APOCE). Cette dernière plaide pour un « salaire minimum de 80 000 DA (560 dollars) pour garantir une vie digne aux travailleurs algériens ». Actuellement en Algérie, le salaire minimum garanti (Smig) est de 20 000 DA (134 dollars).

- Tebboune s'engage à "libérer l'initiative"

Pourquoi le pays patauge-t-il dans cette spirale ? Pourquoi son économie peine-t-elle à remonter la pente ? Depuis son arrivée au pouvoir, en décembre 2019, le Président Tebboune n’a cessé de critiquer la situation économique du pays, dépendante à 95% des exportations des hydrocarbures. Il promet alors « un changement ». Dans une déclaration au début du mois de janvier dernier, il affirme que « 2022 sera celle du décollage économique », en affichant « son engagement à libérer l’initiative » dans les différents segments de l’économie.

Cet optimisme n’est pas partagé par des partis politiques de l’opposition. « Sur le plan socio-économique, la situation ne cesse de se dégrader dangereusement, jetant des pans entiers de la population dans la misère et l’incertitude », estime le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) dans un communiqué rendu public, vendredi dernier.

Professeur en économie, Abderrahmane Mebtoul ne cesse d’alerter, à travers ses nombreuses contributions dans la presse locale, sur « la panne économique du pays ». « Concernant le solde éventuellement positif en 2021 de la balance commerciale, il a une signification limitée, avec le nombre de projets bloqués dont la réalisation aurait donné un déficit de la balance commerciale fin 2021 », indique le professeur.

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