Des milliers de Marocains sont retournés à Fnideq, une ville du nord du Maroc, après avoir participé à une vague sans précédent de migrations irrégulières vers l'enclave espagnole de Ceuta entre le 29 et le 31 juillet, marquant la plus importante tentative de franchissement de frontière de l'histoire du territoire.
Cette arrivée massive a été déclenchée par une décision de la Cour suprême espagnole estimant que les migrants entrant sur le territoire espagnol par la mer ne pouvaient pas être expulsés immédiatement sans un examen individuel de leur situation juridique.
Située à l'extrême nord du Maroc, Ceuta est une petite ville côtière fortifiée administrée par l'Espagne, tandis que Rabat revendique sa souveraineté sur ce territoire.
Dans des témoignages recueillis par Anadolu, plusieurs migrants de retour ont raconté les difficultés rencontrées après leur arrivée à Ceuta, notamment la faim, le manque de nourriture et d'eau, ainsi que des violences qu'ils affirment avoir subies sur place.
Certains ont toutefois assuré que cette expérience difficile n'avait pas éteint leur volonté de rejoindre l'Europe, alors que les conséquences sécuritaires et diplomatiques de cette crise continuent de peser sur les relations entre Rabat et Madrid.
Plusieurs migrants ont décrit leur séjour à Ceuta comme une épreuve particulièrement éprouvante, évoquant notamment la fermeture de commerces et de restaurants ainsi que les agressions dont certains auraient été victimes.
Lundi, des responsables locaux ont estimé qu'entre 3.000 et 5.000 migrants se trouvaient encore à Ceuta, après le retour au Maroc de plus de 69.000 personnes à la suite de cette vague massive de franchissements de frontière.
Des conditions difficiles
Younes, originaire de la ville de Larache, dans le nord du Maroc, a raconté avoir vécu trois jours d'épreuves à Ceuta avant de retourner à Fnideq.
Dans un témoignage recueilli par Anadolu, il a indiqué que de nombreux migrants étaient restés sans nourriture pendant leur séjour dans l'enclave espagnole.
Il a expliqué qu'il était difficile de se procurer de la nourriture, certains devant se contenter de restes provenant des restaurants. Même les personnes disposant d'argent rencontraient des difficultés pour acheter de quoi manger.
Malgré les épreuves vécues à Ceuta, Younes a affirmé qu'il tenterait à nouveau de migrer.
Mohamed Badidi, un habitant de Fnideq, a également déclaré que beaucoup de migrants ayant réussi à entrer à Ceuta n'avaient pas trouvé les conditions auxquelles ils s'attendaient.
« Beaucoup de ceux qui sont entrés à Ceuta n'ont même pas pu obtenir de l'eau et du pain. Le prix d'une miche de pain y est monté jusqu'à 5 euros et une bouteille d'eau à 3 euros », a-t-il expliqué.
Selon lui, de nombreux migrants ont finalement été contraints de retourner au Maroc, faute de pouvoir satisfaire leurs besoins essentiels.
Barrière de séparation
Dimanche, le ministère marocain de l'Intérieur a annoncé qu'environ 40.000 personnes s'étaient dirigées vers Ceuta, précisant que ces événements avaient entraîné la mort de 11 personnes.
Le ministère a ajouté que les autorités marocaines, en coordination avec leurs homologues espagnoles, poursuivaient les vérifications concernant les informations sur les décès, ainsi que le nombre réel de personnes impliquées, leurs identités et leurs nationalités.
Selon les médias espagnols, le nombre de corps repêchés en mer au large de Ceuta a atteint 88.
Samedi, des sources sécuritaires espagnoles ont indiqué qu'environ 69.500 migrants étaient retournés au Maroc après être entrés dans l'enclave espagnole ces derniers jours.
Dimanche, les autorités espagnoles ont achevé l'installation d'une barrière flottante de sécurité de 500 mètres de long au niveau du poste-frontière de Tarajal, afin de limiter les tentatives de franchissement irrégulier depuis le côté marocain.
Les rêves de migration persistent
Malgré les expériences difficiles vécues par de nombreux migrants, certains jeunes continuent de nourrir l'espoir de rejoindre l'Europe.
Ismail Ishaq a expliqué être venu à Fnideq depuis Tanger après avoir vu des amis et des connaissances réussir leur migration, trouver un emploi et améliorer leurs conditions de vie.
Dans un entretien accordé à Anadolu, il a déclaré vouloir aider sa mère en réalisant son projet migratoire, raison pour laquelle il tente à son tour de partir.
Les explications du Maroc
Lundi, un responsable marocain a affirmé qu'un juge espagnol ne pouvait pas affaiblir le dispositif de lutte contre la migration irrégulière tout en demandant au Maroc d'en assumer les conséquences.
L'agence de presse officielle marocaine a rapporté les propos d'un responsable non identifié, qui a attribué les événements de Ceuta à « une décision judiciaire espagnole », tout en soulignant que « le Maroc n'a jamais manqué à ses obligations ni à ses responsabilités ».
Selon ce responsable, un juge espagnol aurait décidé le 8 juillet que l'arrivée de migrants irréguliers par voie maritime empêchait leur retour automatique, une mesure qu'il considère comme un élément central du système de dissuasion.
Il a estimé qu'aux yeux des réseaux de passeurs et des candidats à la migration irrégulière, cette décision constituait une forme de protection contre les expulsions immédiates après une entrée maritime.
Le responsable marocain a regretté « l'effondrement de l'élément dissuasif du système » et la disparition de cette barrière en raison de cette décision judiciaire, et non sous la pression des réseaux criminels.
Il a affirmé que les autorités espagnoles connaissaient les conséquences potentielles de cette décision et s'est interrogé sur l'absence de coordination avec Rabat : « Quelqu'un a-t-il informé le Maroc pour qu'il puisse se préparer ? Non. Quelqu'un a-t-il anticipé les conséquences, pourtant prévisibles ? Non. »
Dans ce contexte, il a estimé qu'il n'était « pas surprenant » que les réseaux de migration irrégulière aient exploité cette opportunité.
*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir