Économie

Tunisie - Cession des parts de l’Etat dans le secteur bancaire ou la quadrature du cercle

Hatem Kattou   | 01.03.2017
Tunisie - Cession des parts de l’Etat dans le secteur bancaire ou la quadrature du cercle

Tunisia

AA / Afef Toumi / Tunis

L’annonce faite par le gouvernement tunisien quant à la possibilité de céder ses parts dans trois banques publiques, en l’occurrence, la Banque de l’Habitat (BH), la Banque Nationale Agricole (BNA) et la Société Tunisienne de Banque (STB) a suscité une large polémique auprès des syndicats et dans les rangs de l’opposition.

En effet, l’annonce faite dimanche par Lamia Zeribi, ministre des Finances, a provoqué des réactions multiples qui ont révélé la délicatesse « d’une décision qui n’a pas encore été prise ».
« Ces banques n’assurent plus leur rôle dans le financement de l’économie nationale »

Lamia Zeribi a expliqué, lors d’une déclaration médiatique accordée à l’une des radios tunisiennes mardi, que les trois banques publiques, BH, STB et BNA n’assurent plus leur rôle dans le financement de l’économie nationale. Elle a souligné, quant à la possibilité de privatiser ces banques, que le gouvernement est en train d’étudier la question en diagnostiquant leur état. « La décision finale n’a pas encore été prise », a-t-elle précisé.

La première argentière du pays a rappelé, dans ce contexte, que l’Etat avait versé des fonds pour consolider le capital des banques publiques, en 2015, à condition qu’elles mettent en œuvre une stratégie de restructuration.

« L’Etat a constaté une régression au niveau des indicateurs financiers de ces banques qu’elles subissent de grandes pertes parallèlement à l’augmentation de leurs créances accrochées, notamment celles de la STB, héritées de la crise du secteur touristique », a expliqué la ministre, en s’étalant sur les raisons motivant la privatisation.

Elle a ajouté que ces trois institutions sont dépourvues d’un système d’information fiable. «Une banque sans un système d’information, c’est une ’initiative vouée à l’échec », a-t-elle considéré.

La fusion des trois banques : une hypothèse rejetée

Parmi les hypothèses étudiées par le gouvernement d’union nationale au sujet des trois banques publiques, figure celle de les fusionner, ce qui ferait éviter leur cession. Cette hypothèse n’est pas plausible et est, a priori, rejetée, selon ce qu’a indiqué la ministre des Finances.

Elle a expliqué qu’étant donné le niveau décalé et des disparités séparant ces banques, en termes d’indicateurs financiers et de l’avancement du plan d’action de la restructuration, adopté par chacune, la fusion n’est point la meilleure stratégie à suivre.

Dans ce sens, Lamia Zeribi a rappelé deux autres hypothèses, qui selon elle, sont « plus logiques ». La première consiste à faire appel à un partenaire qui interviendrait dans le volet technique puis à se retirer une fois la cession faite à un partenaire stratégique de l’Etat. La deuxième consiste en la cession directe à un partenaire stratégique, comme a tenté d’expliquer la ministre.

Le fait d’avoir annoncé l’éventualité de la privatisation des banques publiques, même si la décision définitive n’a pas été prise, n’est pas passé inaperçu. Opposants et syndicats se sont mobilisés et réagi par le refus catégorique de cette idée, quelles que soient les raisons.

La sonnette d’alarme est tirée, la cession n’est pas la meilleure solution

La Fédération Générale des Banques et des Etablissements Financiers, relevant de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), a, en effet, publié un communiqué, le lundi 27 février 2017, soit au lendemain de la première annonce faite par la ministre.

La fédération appelle à la mobilisation contre toute tentative de privatisation des banques publiques « sousla pression du Fonds Monétaire International », considérant qu’il s’agit la de «dangereux dérapages et de tentatives de amettre à genoux le secteur bancaire ».

D’autre part, certains experts et économistes se sont exprimés quant à l’inefficacité de cette cession. En effet, l’expert Mohamed Sadok Jabnoun a considéré, dans une déclaration accordée à un média électronique local, que la cession des parts de l’Etat dans les trois plus grandes banques publiques ne sera pas forcément rentable ni efficace pour combler le déficit budgétaire.

Il a souligné que l’Etat est appelé à s’endetter à hauteur de 7% du PIB en 2017 pour couvrir le déficit du budget et que les revenus de la vente de ses parts dans ces trois banques seront insuffisants. Quant à leur fusion, Jabnoun a estimé que ce pas pourrait atteindre les résultats souhaités si l’on procède à cette opération avec sérieux et rigueur.

Pour sa part, Mongi Rahoui, président de la commission des Finances, de la Planification et du Développement au sein de l’Assemblée des Représentants des Peuple, a assuré que les «banques publiques sont la propriété du peuple et qu’il n’en est pas question de les privatiser ».

L’homme politique de gauche, et par ailleurs ancien président de la Fédération syndicale des Banques a martelé que ces établissements assurent un rôle « modérateur » dans le secteur public. Rahoui a fermement rappelé que la décision revient à l’ARP, qui s’opposera à cette orientation car la cession des banques publiques est une « ligne rouge » à ne pas franchir.

Le gouvernement d’union nationale, face à l’obligation de remédier au déficit budgétaire, tente d’opter pour les alternatives adéquates. La cession des parts de l’Etat dans les banques publiques en serait-ce une et le Rubicond sera-t-il allègrement franchi ? La décision finale dépendrait, entre autres, de la décision du FMI de verser ou pas la deuxième tranche du crédit à la Tunisie.


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