Serap Dogansoy
24 Juillet 2026•Mise à jour: 24 Juillet 2026
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Les États-Unis ont imposé ce vendredi de nouvelles surtaxes douanières sur certains produits provenant d’une soixantaine d’économies, dont l’Union européenne, la Chine et le Japon, une mesure officiellement motivée par la lutte contre le travail forcé mais contestée par plusieurs partenaires de Washington.
Entrés en vigueur à 00H01 (04H01 GMT), ces droits de douane s’élèvent à 10% ou 12,5% selon les pays et remplacent la surtaxe temporaire de 10% instaurée en février pour 150 jours. Les marchandises déjà en cours d’acheminement seront exemptées si elles arrivent aux États-Unis avant mardi à 00H01.
Les produits issus des pays dont la législation est jugée insuffisante par Washington, parmi lesquels ceux de l’UE, le Royaume-Uni, le Mexique et le Canada, sont soumis à une surtaxe de 10%.
Une quarantaine d’autres économies, dont la Chine, le Japon, la Suisse, la Corée du Sud et les Philippines, se voient appliquer un taux de 12,5%. L’énergie et les matières premières qui ne sont pas produites aux États-Unis devraient être exclues du dispositif.
Une mesure liée au travail forcé
Ces surtaxes découlent d’une enquête ouverte à la mi-mars par le représentant américain au Commerce (USTR), Jamieson Greer, afin d’évaluer les mécanismes mis en place par les partenaires des États-Unis pour éliminer les produits issus du travail forcé de leurs chaînes d’approvisionnement.
L’administration américaine affirme vouloir lutter contre une concurrence jugée déloyale et pousser ses partenaires commerciaux à renforcer leurs contrôles.
Pour sécuriser juridiquement ces nouvelles barrières, l’USTR s’est appuyé sur la législation déjà utilisée pour imposer des droits sectoriels, notamment sur l’acier et l’aluminium. Ces mesures n’avaient pas été invalidées par la Cour suprême, contrairement à la majorité des surtaxes instaurées depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Des partenaires contestent la décision
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a rejeté les accusations visant l’UE, mettant en avant la législation sociale européenne et estimant que Washington ne respectait pas ses engagements commerciaux.
L’Australie a qualifié les surtaxes de « complètement injustifiées », tandis que le Japon les a regrettées et que la Nouvelle-Zélande les a jugées « extrêmement décevantes ».
Aux Philippines, la Chambre de commerce et d’industrie s’est dite « très préoccupée » par le taux de 12,5%, qui pourrait, selon elle, réduire la compétitivité des entreprises. La ministre du Commerce, Cristina Roque, a assuré que son pays disposait d’une politique stricte contre le travail forcé, conforme aux conventions de l’Organisation internationale du travail, et annoncé la poursuite du dialogue avec Washington.
Le Brésil a de son côté dénoncé une instrumentalisation de la question du travail forcé à des fins protectionnistes. Déjà visé depuis mercredi par des droits de 25% sur près de la moitié de ses exportations, il a annoncé l’activation de sa loi de réciprocité et un recours devant l’Organisation mondiale du commerce.
Le Canada avait pour sa part été visé lundi par une surtaxe supplémentaire de 50%, dont l’entrée en vigueur est prévue dans un mois.